CHAPITRE DLXI
Dubois enfin cardinal. —Sa conduite en cette occaiion. — Gon- , duite réciproque entre lui et moi. — - Il sort à merreille de ses audiences. — Croix pectorale. — Embarras de M. de Fréjus* — Imprudence de madame de Torcy. — Dubois, informé de mon ambassade, me rapproche par Bellisle pour me nuire. — Liaison de Bellisle avec le Blanc. — Leur servitude sous Dubois. — Maladie du roi. — Audace pestilentielle de la duchesse de la Ferté. -** Conduite étrange du maréchal de Yilleroy. — Affectation de Te Deum sans fin. — Instruction abominable du maréchal de Yilleroy au roi. — Excellente conduite de M. le duc d'Orléans et des siens dans la maladie du roi. — Mort de Trudaine, du duc de Bouillon , de Tbury et du père le Long. — Survivances accordées à Armenonville et à Saumery pour leurs fils, et à la duchesse de Ventadour pour madame de Soubise^ femme de son petit-fils.
A mesure que le temps s'écoulait depuis Texaltation du pape, et qu^il était vivement pressé de tenir à Tabbé Dubois la parole qu'il lui avait donnée par écrit au cas qu'il fût élu pape, Fimpatience de Dubois croissait avec ses espérances, et ne lui laissait plus de repos. Tl se XXXV. t
s MÉMOIRES
trouva bien étourdi quand il apprit que le pape avait fait cardinal tout seul, le 'l 6 juin, son frère, évêque de Terracine depuis dix ans, moine bénédictin du mont Cassin. Dubois s'attendait qu'il ne se ferait point de promotion sans qu'il en fût, et jeta feU'Ct flammes. Son attente né fut pas longue : un mois après, le 16 Juillet, le pape le fit cardinal avec don Alexandre Albani, neveu du feu pape et frère du cardinal camerlingue. Il en reçut la nouvelle et les compliments avec une joie extrême, mais qu'il sut contenir dans quelque décence, et en donner tout l'honneur à la protection de M. le duc d'Orléans, qui, -comme on l'a vti, y eut peu ou point de part. Mais il ne se put empêcher de débiter à tout le monde que ce qui l'honorait plus que la pourpre romaine était le vœu unanime, et l'empressement de touteà les puissances à la lui procurer, à en presser le pape, et à désirer que sa promotion fût avancée sans attendre leurs nominations et la promotion des couronnes. Il s'éventait là-dessus, et ne pouvait finir sur ce chapitre qu'il recommençait à tout moment, et dont personne ne fut la dupe.
Quoique nous fussions au point où on l'a vu ici, je crus devoir mettre M. le duc d'Orléans à son aise entre Dubois et moi, avec lequel j'allais avoir un commerce nécessaire et forcé dans mon ambassade. J'allai donc chez lui, où il me combla de respects, de compliments, de protestations, de reconnaissance de l'honneur que je lui faisais, sans parler du passé. Quoiqu'à la façon dont nous étions ensemble, et à l'occasion qui m'amenait chez lui , la visite fût de cérémonie, et qu'il y eût un monde infini, il en usa avec sa calotte rouge qu'il venait de recevoir des mains du roi, comme si elle eût été encore noire, me fit litière de la main, de termes de res» pect, de conduite jusqu'au bout de son appartement, et
à la petite cour où il aboutissait. M. le duc d'Orléans roe témoigna beaucoup de gré de cette démarche de ma part, et je ne rencontrai plus le nouveau cardinal chez ce prince qu'il ne vînt à moi, se reculât aux portes et ne me fît merveilles, auxquelles je n'avais garde de me fier. En recevant sa calotte des mains du roi, il détacha de son col sa croix épiscopale, la présenta à Tévéque de Fréjus, lui dit qu'elle portait bonheur, et que c'était pour cela quMl le priait de la porter pour l'amour de lui. Fréjus rougît et la reçut avec beaucoup d'embarras. Cette croix, quoique faite comme toutes les autres, avilit pourtant une façon très-remarquable, et qui la faisait parfaitement distinguer. Fréjus, exposé à rencontrer très-fréquemment le cardinal nouveau chez le roi, n'osa ne pas porter cette croix assez souvent.
Dinant dans ces premiers jours, ayant cette croix à son col chez la duchesse du Lude, avec M. et madame de Torcy et bonne compagnie, madame de Torcy, qui n'aimait pas Dubois, et qui fort Arnaud était fort mé* contente de l'ardente conduite de Fréjus sur la Constitution, et contre ce qu'on taxait de jansénisme, et accoutumée à Tavoir vu si longtemps commensal et complaisant de sa maison, l'entreprit sur cette croix à table avec beaucoup d'esprit, de licence et d'aigreur, tombant sur tous les deux avec une finesse aiguë et mit Fréjus dans un tel désordre qu'il ne savait plus où il en était, sans que la compagnie qui s'en aperçut et qui souffrait de cette scène en pleine table, pût rompre les chiens de cette chasse qui dura fort longtemps, et que Fréjus n'a jamais pardonnée à madame de Torcy, ni même à son mari, quoiqu'il n'y eût rien mis du sien. Il était trop sage et trop mesuré pour n'en avoir pas été très-embarrassé lui-même, et à la vérité ce fut une pande imprudence à madame de Torcy.
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L^abbé Passarini, camérier d'honneur du pape, étant arrivé avec le bonnet, le nouveau cardinal le reçut des mains du roi, et fit ses visites au sang royal avec les cérémonies accoutumées. It avait eu près de deux mois à s'y préparer, et il faut avouer qu'il en profita bien. Il avait un compliment à faire à Madame et à M. le Doc et madame la duchesse d*0rléans, dans l'audience de cérémonie qu'il en eut; car pour les visites aux princes et princesses du sang, ce ne sont que visites et,c6mpliments en cérémonie, mais ce ne sont pas des audiences avec un compliment en forme qui est une petite harangue. Il devait bien s'attendre à ce que Madame souffrirait de le recevoir en cérémonie, de le saluer et de lui donner un tabouret, et madame la duchesse d'Orléans, de lui donner un siège à dos, après l'avoir vu si longuement si petit compagnon, et Madame qui ne lui avait jamais pardonné le mariage de son fils, qui l'avait traité toujours avec le plus grand mépris, parlé de lui sans mesure, et demandé comme on l'a vu pour toute grâce à M. le duc d'Orléans, le Jour de sa régence de n'employer à rien ce petit fripon-là qui le vendrait et le déshonorerait. Le cardinal Dubois se composa, parut devant Madame pénétré de respect et d*embarras. Il se prosterna comme elle s'avança pour le saluer, s'assit au milieu du cercle, se couvrit un instant de son bonnet rouge qu'il 6ta aussitôt, et fit son compliment. Il commença par sa propre surprise de se trouver en cet état devant Madame, paria de la bassesse de sa naissance et de ses premiers emplois, les employa avec beaucoup d'esprit et en termes fort choisis à relever d'autant plus la bonté, le cœur et la puissance de M. le duc d'Orléans, qui de si i)as l'avait élevé où il se voyait^ se fit une leçon de n'oublier jamais ce qu'il avait été, pour sentir toujours plus vivement ce qu'il devait à ce prince^
et employer tout ce qui pouvait être en lui , sans se louer ni s'applaudir le moins du monde, pour le servir, car la modestie surnagea toujours dans ses discours d'audiences, donna un encens délicat à Madame, enfin se confondit en respects les plus profonds et en reconnaissance. Il parla si judicieusement et si bien que quelque indignation qu'on eût contre sa personne et sa fortune, tous ceux qui l'entendirent en furent charmés, et Madame elle-même ne put s'empêcher, après qu'il fut sorti, de louer son discours et sa contenance, tout en ajoutant qu'elle enrageait de le voir où il était. '
Ses audiences de M. le duc d'Orléans et de madame la duchesse d'Orléans se passèrent avec le même succès; ce fut le même fonds en d'autres termes. Je me suis étendu sur celle de Madame comme la plus difficile et la plus curieuse , et j*ai voulu rapporter tout de suite ce qui regarde cette réception du cardinalat.
Il ne fut pas longtemps sans que M. le duc d'Orléans lui apprit qu'il m'avait promis l'ambassade d'Espagne et de me protéger pour une grandesse pour mon second fils. A chose faite point de remède. Le cardinal Dubois le comprit bien, il en fut outré et résolut bien de me faire du pis qu'il pourrait en tous genres. Pour cela il fallut couvrir son jeu, ne point montrer de mécontentement à Ma le duc d'Orléans, et me combler de gentillesses pour me mieux tromper. 11 n'était pas encore cardinal lorsque cela arriva , mais il le fut tôt après. Il avait fait de le Blanc comme son secrétaire, pour ne |$as dire comme son valet, l'avait rendu assidu auprès de lui jusqu*à l'esclavage, tout secrétaire d'état de la guerre qu'il était, et s'en servait à toutes mains, surtout depuis l'affaire de M. et de madame du Maine, dont il eut seul tout le secret, parce qu'il fut l'instrument dont il se servit uniquement.
Beliisle était ami de le Blanc. Le commerce des. femmes et leur attacliement commun au char de madame de Pleinœuf les avaient liés. Le Blanc était un esprit doux , fort inférieur à celui de Beliisle, qui s'attacha déplus en plus à lui pour le gouverner et en tirer^dès qu'ii \3 vit en place, et qui en serra les liens à mesure qu'ii le vit dans tout ce qu'il était en Dubois de donner de confiance. Par le Blanc, il s'approcha de Dubois, et si bien que Dubois ne les regarda plus que comme ne faisant qu'un, et qu'il eut part à la même confiance, jusque-là que tous les soirs ils entraient tous deux seuls chez Dubois, et que, entre eux trois, il se disait et se passait bien des choses. Dubois , qui n'ignorait rien en matière de commerce et de liaisons, connaissait les miennes avec madame de Lévi et le duc de Gharost^ conséquemment av^c Beliisle , tellement que ce fut de lui qu'il se servit pour me rapprocher.
Je ne savais poiut encore que M. le duc d'Orléans eut parlé de mon ambassade à Dubois, et je n'en avais moimême ouvert la bouche à qui que ce soit, lorsque je vis entrer Beliisle chez moi, qui, après un court préambule , me parla de mon ambassade en homme qui n'en ignorait rien. Ma surprise fut grande, elle ne m'empêcha pas de demeurer ignorant et boutonné. Alors Beliisle me dit que je pouvais lui en parler franchement, parce qu'il savait tout par l'abbé Dubois, à qui M. le duc d'Orléans l'avait dit , et tout de suite me demanda comment j'entendais me conduire là-dessus avec l'abbé Dubois, qui avait seul les affaires étrangères, qui n'attendait que le moment de sa promotion, dont je ne pouvais me dissimuler le crédit et l'ascendant entier sur M. le duc d'Orléans, qui, après mon départ, demeurerait sans contrepoids le maître de son maitre , et qui me pouvait servir ou nuire infiniment; qu'au demeurant il ne me
dissimulerait pas qu'il m'apportait le choix de la paix ou de la guerre; que Dubois était infiniment ulcéré de tout ce que j'avais dit tant-de fois à M. le duc d'Orléans contre lui ; que , malgré cela , il ne s'éloignerait pas de revenir à moi et de se raccommoder , d'y vivre sur l'ancien pied , mais à de certaines conditions, et de me servir utilement et franchement dans le cours de mon ambassade , et pour l'objet qui me l'avait fait désirer. L'exhortation amicale suivit , et cependant je faisais mes réflexions.
Je connaissais trop le terrain pour ne pas sentir que Bellisle disait vrai en tout, excepté sur la sincérité d'une âme si double et offensée ; mais que ne me pas prêter à un raccommodement offert donnerait beau jeu à Dubois auprès de M. le duc d'Orléans, qui serait également embarrassé et importuné de ce contraste, et qui surtout en mon absence , je veux dire Dubois , en saurait bien profiter; de plus, comment éviter le commerce réglé de lettres avec l'homme chargé seul des affaires étrangères, et comment le soutenir avec un homme avec qui on est brouillé et avec qui on n'a pas voulu se raccommoder? Ces considérations si évidentes ployèrent ma roideur ; mais je voulus savoir ce que c'était que les conditions dont il m'avait parlé. Beilisle me dit qu'elles n'étaient pas difficiles, d'oublier départ et d'autre tout ce qui s'était passé , ne nous en jamais parler, promesse de ne plus rien dire en public contre lui ni en particulier à M. le duc d'Orléans, nous revoir et traiter ensemble à Tavenir avec ouverture et liberté, et que je verrais que Dubois, ravi de n'avoir plus à me compter au nombre de ses ennemis, irait au-devant de tout ce qui me pourrait plaire. Bellisle, tout de suite, sans me laisser le temps de parler, me fit l'analyse de ces conditions telle que je la sentais moi-même : la nécessité
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du raccommodement avec un homme qui me l'offrait , avec qui il fallait concerter tout ce qui pouvait regarder mon ambassade, et avoir avec lui un commerce de lettres réglé toutes les semaines, tant qu'elle durerait, sans possibilité de le faire passer par un autre; le raccommodement fait, l'indécence de parlçr mal en public d*un homme avec qui on s'est raccommodé, enfin d'en parler mal à H. le duc d'Orléans en particulier ; l'expérience de l'inutilité , même du danger, me devait convaincre là-dessus, et la raison me démontrer qu'il était déjà le maître des affaires, des grâces de tout l'intérieur; combien plus l'allait-il devenir quand il serait élevé à la pourpre, qui peut-être était déjà en chemin par un courrier ! A l'égard de la bonne foi, quelque difficulté que je pusse avoir d'y prendre confiance, je lui liais les bras par ce raccommodement, quitte à marcher avec les précautions raisonnables, et à voir de jour à autre comment il se conduirait avec moi , parti sage en tous ses points, dont je ne pourrais jamais me faire de reproche dans ma position présente, et bien différent d'une brouillerle ouverte dans la situation où je me trouvais.
Ces mêmes raisons m'avaientdéjà sauté aux yeux , de sorte que je renvoyai Bellisle content de sa négociation, qui, deux jours après, me vint dire merveilles de la part de Dubois. Là-dessus sa calotte arriva. Je fus le voir, comme je l'ai dit, et le surlendemain il vint chez moi. Sa barette arrivée, il ne tarda pas à y revenir encore en habit long et rouge. On peut juger quelle put être notre confiance réciproque : aussi n'eûmes-nous pas sitêt entamé les propos de l'ambassade , et ils le furent dès lors» que je vis clairement son venin et sa duplicité. Aussi me crus-je dispensé à son égard de tout ce que la prudence me pouvait permettre. Pour ne point interrompre ce qui se passa sur mon ambassade.
avant mon départ, je le remettrai tout de suite au temps de mon départ même, quoique les propos et la tyrannie en aient commencé dès ce |£mps-ci , presque aussitôt . que nous nous fûmes vus. Passons à un événement qui fut court , maïs qui effraya beaucoup.
Le dernier juillet, le roi, jusqu'alors dans une santé parfaite, se réveilla avec mal à la tête et à la gorge; un frisson survint, et sur l'après-midi le mal de tête et de gorge ayant augmenté, il se mit au lit. J'allai le lendemain, sur le midi, savoir de ses nouvelles. Je trouvai que la nuit avait été mauvaise et qu'il y avait depuis deux heures un redoublement assez fort. Je vis partout une grande consternation. J'avais les grandes entrées, ainsi j'entrai dans sa chambre. Je la trouvai fort vide, M. le duc d'Orléans, assis au coin de la cheminée, fort esseulé et fort triste. Je m'approchai de lui un moment, puis j*allai au lit du roi. Dans ce moment Boulduc, un de ses apothicaires, lui présentait quelque chose à prendre. La duchesse de la Ferté, qui, par la duchesse de Ventadour sa sœur, avait toutes les entrées comme marraine du roi, était sur les épaules de Boulduc, et s'étant tournée pour voir qui approchait, elle me vit, et tout aussitôt me dit entre haut et bas : « II est empoisonné, il est empoisonné. — Taisez-vous donc, madame, lui répondis-je, cela est horrible! r> Elle redoubla et si bien et si haut, que j'eus peur que le roi l'entendit. Boulduc et moi nous nous regardâmes, et je me retirai aussitôt d'auprès du lit et de cette enragée avec qui je n'avais nul commerce. Pendant cette maladie, qui ne dura que cinq jours, mais dont les trois premiers furent violents, j'étais fort fâché et fort en peine; mais en même temps si aise d'avoir opiniâtrement refusé d'être gouverneur du roi, et si agité en me représentant l'être, et en quel état je serais^ que je m'en réveillais la nuit
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en sarsaat, et œs réveils étaient pour moi de la joie la plus sensible de ne Tétre pas. La maladie ne fut pas longue et la, convalescence fut prompte, qui rendit la tranquillité et la joie, et causa un débordement de Te Deum et de réjouissances. Helvétius en eut tout l'honneur, les médecins avaient perdu la tète; il conserva seul la sienne, il opiniâtra une saignée au pied dans une consultation où M. le duc d'Orléans fut présent ; il l'emporta : le mieux très-marqué suivit incontinent et la guérison bientôt après.
Le maréchal de Yilleroy ne manqua pas cette occasion de signaler tout son venin et sa bassesse; il n'oublia rien pour afficher des soupçons, des soins, des inquiétudes extrêmes, et pour faire sa cour à la robe. Il ne vint point si petit magistrat aux Tuileries qu'il ne se fit avertir pour lui aller dire lui-même des nouvelles du roi et le caresser, tandis qu'il était inaccessible aux premiers seigneurs. Les magistrats plus considérables, j'entends toujours du parlement, ou les chefs des autres compagnies, ou leurs gens du parquet, il les faisait entrer à toute heure dans la chambre du roi et tout auprès de son lit pour qu'ils le vissent, tandis qu'à peine ceux qui avaient les grandes entrées jouissaient de la même privance. Il en usa de même dans la première convalescence, qu'il prolongea le plus qu'il put pour donner la même distinction aux magistrats à quelque heure qu'il en vint, et privativement aux plus grands de la cour et aux ambassadeurs; il se croyait tribun du peuple et aspirait à leur faveur et à leur dangereuse puissance. De là il se tourna à une autre affectation, qui avait le même but contre M. leduc d'Orléans. Il multiplia les TeDeum^ qu'il incita les divers états des petits officiers du roi de faire chanter en différents jours et en différentes églises, assista à tous, y mena tout ce qu'il put, et courut en-
DE SAIMT-SmON. If
core plus de six semaines les Te Deum qui se cliantèrent dans toutes les églises de Paris. Il ne parlait d'autre chose, et sur sa joie véritable de la guérisou, il en entait une fausse qui puait le parti et le dessein à ne s*y pouvoir méprendre .'.Il ût faire force fêtes à Lyon et à son fils rarchevéque, dont il eut soin de faire répandre les relations.
Le roi alla en cérémonie remercier Dieu à Notre* Dame et à Sainte-Geneviève. Ces momeries, ainsi allon* gées, gagnèrent la fin du mois d'août et la Saint-Louis. Il y a tous les ans ce jour-là un concert le soir dans le jardin. Le maréchal de Yiileroy prit soin que ce concert devint une manière de fête, à laquelle il fit ajouter un feu d'artifice. Il n'en faut pas tant pour attirer la foule; elle fut telle, qu'une épingle ne serait pas tombée à terre dans tout le parteirre. Les fenêtres des Tuileries étaient parées et remplies, et tous les toits du Carrousel pleins de tout ce qui put y tenir, ainsi que la place. Le maréchal de Yiileroy se baignait dans cette affluence^ qui importunait le roi qui se cachait dans des coins à tout moment; le maréchal l'en tirait par le bras et le menait tantôt aux fenêtres d*où il voyait la cour et la place du Carrousel toute pleine, et tous les toits jonches de monde; tantôt à celles qui donnaient sur le jardin, et sur cette innombrable foule qui attendait la fête. Tout cela criait vive le roi à mesure qu'il en était aperçu, et le maréchal retenant le roi qui se voulait toujours aller cacher : «Voyez donc, mon maître, tout ce monde et tout ce peuple, tout cela est à vous, tout cela vous appartient, vousen êtes le maître; regardez-les donc un peu pour les contenter, car ils sont tous à vous; vous êtes maître de tout cela. » Belle leçon pour un gouverneur, qu'il ne se lassait point de lui inculquer à chaque fois qu'il le menait aux fenêtres, tant il avait peur qu'il Toubliât ! Aussi l'a-t-il très-
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pleinement retenue. Je ne sais sHI en reçut d'autres de ceux qui ont eu la charge de son éducation. Enfin le maréchal le mena sur sa terrasse, où dessous un dais II entendit la fin du concert et vit après le feu d'artifice. La leçon du maréchal de Yilleroy si souvent et si publiquement répétée, fit grand bruit et à lui peu d'honneur. Lui-même a éprouvé le premier effet de ses belles instructions.
M. le duc d'Orléans se conduisit d'une manière si simple et si sage qu'il y gagna beaucoup. Des soins et une inquiétude raisonnable mais mesurée, une grande réserve dans ses discours, une attention exacte et soutenue en propos et en contenance, qui laissât rien échapper qui sentit le moins du monde qu'il était le successeur, surtout à ne Jamais montrer croire le roi trop bien ni trop mal, et laisser aucun lieu qu'il le craignît trop bien et qu'il le souhaitât mal. Il ne pouvait douter qu'une conjoncture si critique pour lui ne fixât sur lui les regards les plus perçants et l'attention de tout le monde, et comme dans la vérité il ne souhaita jamais la couronne, quelque peu vraisemblable que cela paraisse, il n'eut besoin que de s'observer et point du tout de se contraindre; aussi n'eut-il besoin d'aucun conseil làdessus, et son intérieur le plus libre et le plus familier, moi, par exemple, le vit toujours là-dessus tel que le public le vit. Gela fut aussi fort remarqué, et la cabale opposée fut entièrement réduite au silence, qui se préparait bien à faire valoir jusqu'aux riens qu'elle aurait aperçus. Il fut heureux que ceux qui lui étaient le plus particulièrement attachés et qui auraient pu se flatter le plus d'un événement sinistre aient tous gardé toute la même conduite que lui, sans qu'aucun d'eux, jusqu'aux valets, et c^est une merveille, aient laissé échapper de quoi faire naître le plus léger soupçon.
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Tradaiae« conseiller d'état, à qui M. le duc d'Orléans avait fort mal à propos ôté la prévôté des marchands, dont il a été parlé ici en son lieu, mourut à soixantedeux ans. Ce n'était pas un aigle, mais un très-honnéle homme, intègre, désintéressé, vertueux.
Le duc de Bouillon mourut en même temps, à quatrevingt-deux ans, s'étant démis, depuis la régence, de sa charge de grand chambellan et de son gouvernement d'Auvergne en faveur du duc d'Albret, son fils aîné, qui prit le nom de duc de Bouillon, à qui le feu roi ne les aurait Jamais laissé passer, et qui, comme on Ta vu ici en son temps, avait eu de grands procès contre son père et avait été fort mal avec lui. Le père était fort bon homme, prince tant quMI pouvait, du reste fort valet, mais du roi seulement , et d'une assiduité qui, jointe avec un esprit extrêmement court, lui avait entièrement gagné le roi, quoique des aventures de sa femme et du cardinal son frère l'eussent fait éloigner plus d'une fois de la cour. On a vu ici en son lieu que beaucoup d'art, quelque chose de pis de la part du procureur général Daguesseau, depuis chancelier, l'habitude et l'affection du roi, sauvèrent sa prétendue principauté, à l'évasion du cardinal de Bouillon du royaume.
Thury mourut aussi à soixante-deux ans, sans avoir été marié, ayant donné ou plutôt trafiqué tout ce qu'il avait avec le maréchal d'Harcourt. Ils étaient fils des deux frères, mais totalement différents. Thury était noir, méchant, cynique, atrabilaire, avec beaucoup d'esprit, insolent et dangereux ; et quoique avec méchante réputation à la guerre et dans le monde, reçu en de bonnes compagnies. Il est pourtant vrai qu'un soufflet que le duc d'Elbœuf lui appliqua à table, avec une épaule de mouton, dont il ne fut autre chose, était resté imprimé sur sa mauvaise phybionomie.
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Ils furent suivis du père le Long, prêtre de l'Oratoire, bibliothécaire de leur maison de Saint-Honoré, à Paris, où il mourut, à cinquante-six ans, regretté de tous les gens de bien, des savants et des hommes de lettres. Il avait donné sous le nom de Bibliothèque historique, contenant avec une grande exactitude, une liste, en différentes classes, de tous les ouvrages qui ont rapport à l'histoire de France , sacrée ou profane , et une autre sous le titre latin de Bibliotheca sacra^ où il a donné le catalogue des manuscrits et des éditions des textes originaux de la Bible et des versions, en toutes sortes de langues, et des auteurs qui ont écrit sur la Bible.
Armenonville obtint pour son fils Morviite la survivance de sa charge de secrétaire d'état, et madame de Yentadour celle de sa charge de gouvernante des enfants de France , pour madame de Soubise , femme de son petit-ûis, quoique très-jeune, mais très-sage et très-convenable à cette place.
Saumery, Tun des sous-gouverneurs du roi, dont il a été parlé ici en plus d'un endroit, comblé déjà de grâces, avec tout ce qu'il fallait pour n'en obtenir aucune en aucun temps, et qui en celui-ci était lié avec toute la cabale opposée à M. le duc d'Orléans, en obtint de lui une sans exemple : ce fut la survivance de sa place de sous-gouverneur du roi pour son fils aine, qui valait en tout mieux que lui, car il était fort honnête homme, avec du sens, avait bien servi et été envoyé du roi quelque temps à Munich. C'était grossièrement lui faire passer les entrées et les appointements de sous-gouverneur, parce que le père était de santé à n*y avoir pas besoin d'aide, et à achever, et bien au delà, comme il fit, le temps que le roi avait à être sous des gouverneurs.
DE SAINT-SIlIO^. tS