CHAPITRE DLXn
Mort, caractère, vie et conduite de madame la grande- duchesse.
— La conduite de Tabbé Dubois m'affranchit des conditions de notre raccommodement. — Familiarité, liberté, con6ance conservées entre M. le duc d^Orléans et moi depuis le lit de. justice des Tuileries. — Conversation importante et très-curieuse entre M. le Duc et moi. — Mort, caractère, conduite du cardinal de Mailly. — Faveur qu^ii obtient pour son neveu. — Il ne va point à Rome. ^-Pourquoi. — Rrflexions. ^-Rheims perse véramment offert à Fréjus, et obstinément refusé. — Motifs de l'un et de l'autre. — Sa conduite à Tégard du roi, du régent, du maréchal de Villeroy, du monde. — Raison à moi particulière pour désirer que Fréjus acceptât Rbeims.
— Il accepte à grand^peine l'abbaye de Saint-bltienne de Caen. • — Fréjus point avide de biens. — Son ingratitude empêche que Rheims soit donné à Gastries, archevêque d'Alby. — L'abbé de Guéméné archevêque de llheims. — Retraite et caractère du duc de Brancas. — Mort de Pabbé de Camps, de Tévêque duc de Laon Clermont- Chattes. — Ses deux premiers successeurs. — Mort de l'archevêque de Rouen Besons, du duc de Fitz-James, de mademoiselle de la Rochefoucauld, de madame de Polignac, mère du cardinal, et de Prior à Londres.
Madame la graude-duchesse mourut à soixante-dixsept ans, après plusieurs apoplexies, et fut enterrée, comme elle Tavait ordonné, parmi les religieuses de Picpus, dans leur cloître. Elle était fille ainée du second mariage de Gaston , frère de Louis XIII , avec la sœur
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de Charles IV, duc de Lorraine. Madame la grandeduehesse avait été fort belle, et très-bien faite et grande: on le voyait bien encore ; bonne et peu d'esprit, mais arrêtée en son sens sans pouvoir être persuadée. Elfe épousa, en 1661, Côme de Médicis, grand-duc de Toscane, avec un esprit de retour que rien ne put amortir. Elle vécut fort mal avec le grand-duc, dont la patience et les soins pour la ramener furent continuels; plus mal encore avec la grande-duchesse sa belle-mère, qui était la Rovère-Urbin, morte en 1694, à soixante-douze ans. Elle voulait vivre en liberté, à la française et se moquait de toutes les manières italiennes. Elle eut assez promptement trois enfants ; Tainé qui mourut longtemps avant son père, sans enfants de la sœur de madame la dauphine de Bavière; J. Gaston, marié à une fille du dernier duc de Saxe-Lawenbourg, et dernière elle-même de cette grande et si ancienne maison, avec qui il se brouilla, n'en eut point d'enfants, succéda au grand-duc son père, mort à quatre-vingt-deux ans, en 1723, mourut sans postérité en ...., et finit les Médicis, grandsducs de Toscane, après avoir vu souvent et diversement disposer, pour après lui, de ses états, de son vivant; enfin l'électrlce Palatine, veuve sans enfants, et depuis son veuvage retirée à Florence.
Après avoir eu ces enfants, la grande-duchesse redoubla d'humeur exprès, et de conduite étrange en Italie, avec tant d'éclat que le roi y mit la main , par ses envoyés, diverses fois, et par les cardinaux d'Estrées et Bouzi, allant et revenant de Rome, sans pouvoir lui rien persuader. Elle en fit tant que le grand-duc consentit enfin à son retour en France, mais sous des conditions qui lui donnèrent plus de contrainte qu'elle n'en aurait eue à Florence en vivant bien avec son mari et sa belle-mère, et que le roi lui fit scrupuleusement ob-
server toujours, parce qu'il était informé de sa conduite et très-content de celle que le grand-duc avait eue avec elle. Il lui assigna une pension telle qu'il plut au roi , voulut qu'elle fût dans un couvent hors de Paris, qu'elle ne couchât jamais à Paris et qu'elle y vint rarement, qu'elle n'allât jamais à la cour que mandée ou pour quelque devoir très-nécessaire de famille, dont à chaque fois le roi déciderait, et sans y coucher, à moins que cela ne fût indispensable, au jugement du roi, et encore pour une seule nuit. Elle revint donc de la sorte, vers 1669, fort peu accueillie, confinée au couvent de Picpus, où elle vit très-peu de monde. Après bien des années, elle se mit à venir souvent à Paris, chez qui elle pouvait passer quelques heures, ou à quelques dévotions, sans crédit et avec peu ou point de considération.
Sur la un de la vie de Monsieur, qui en avait pitié -, elle obtint la liberté de passer à Saint-Gloud le temps qu'il y était. Madame, M. le duc et madame la duchesse d'Orléans lui tirent toujours fort bien. Mademoiselle, sa sœur de père , la méprisa toujours parfaitement, et madame de Guise, sa sœur de père et de mère, n'en fit jamais grand cas ; elle jouit de son rang de petite-fille de France et de tous les honneurs qui y sont attachés. Sur les fins , elle quitta Picpus pour le couvent de Saint-Mandé , et après la mort du roi , le grand-duc son mari accorda à M. le duc d'Orléans qu'elle pût loger à Paris. Elle y loua en très-simple particulière une maison à la place Royale, où elle mourut dans une grande dévotion à sa manière , depuis longtemps , et quoique avare , fort appliquée aux bonnes œuvres : elle était fort polie et bonne à tout le monde.
J'étais alors aux prises avec le cardinal Dubois sur ce qui regardait mon ambassade, et je voyais en plein ses bonnes intentions qui n'allaient à rien moins qu'à me
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ruiner et me perdre , en me suscitant des embarras en Espagne les pius ridicules, les plus fous et les plus difficiles à m'en tirer. Je ne dis que ce mot à cause de ce qui va suivre, pour en raconter le détail de suite lors de mon départ, et ne plus interrompre la matière de l'ambassade. Le cardinal , depuis fort peu après que nous nous fûmes revus , comme je l'ai dit plus haut , me montra à découvert ce que j*en devais attendre , et me délivra ainsi des conditions de notre raccommodement , sur quoi néanmoins il fallut me conduire avec la prudence que demandait la nécessité de passer sans cesse par lui, jusqu'à mon départ, et dans le cours de mon ambassade, et Tincroyable ascendant dont il était en pleine possession sur M. le duc d'Orléans. Depuis le commerce étroit et plein de confiance que l'affaire du lit de justice des Tuileries m'avait procuré avec M. le Duc, il avait toujours duré le même. M. le duc d'Orléans et M. leDuc l'avaient tous deux désiré, et j'étais souvent entre eux deux pour conserver leur union nécessaire.
Un jour que je causais fort librement avec M. le Duc, il me parla fort librement aussi de beaucoup de choses de sa famille. Nous avions souvent traité ensemble le fameux chapitre de l'enfant de treize mois , dans les temps que la duchesse du Maine ne se faisait faute d'en parler dans ses grands éclats du procès de la succession de M. le Prince et des disputes sur la qualité de prince du sang que la maison de Gondé fit rayer au duc du Maine, et lorsque les bâtards perdirent leur prétendue habilité de succéder à la couronne, que le duc du Maine et madame de Maintenon avaient arrachée à la mourante faiblesse du feu roi. M. le Duc, à la mort de madame sa femme, arrivée dans les premiers mois de Tannée précédente , avait retenu des actions et force pierreries de sa succession, malgré les plaintes de ma*
demoiselle de la Roche-sur- Yon , sa belle-sœur , qui avaient fait et faisaient encore grand bruit dans le monde, et qu'il lui rendit longtemps après quand il commença à songer à sa manière sérieusement à son salut. Ce chapitre avait été effleuré entre lui et moi , et j'étais peiné qu'il se fît tort dans le monde. Je lui proposai donc la nécessité de se remarier pour avoir des * enfants, puisque MM. ses frères n'y voulaient point entendre, et , pour couper court à toute cette affaire de la succession de madame sa femme, d'épouser mademoiselle de la Boche-sur- Yon. Il se mit à sourire , et me répondit que pour des Gonti , il en avait sa suffisance^ et me parla de la conduite de feu mndame la Duchesse , qui en effet ne s'était pas contrainte sur les mesures, et qu'il avait soufferte avec une patience qu'on- n aurait pas attendue de lui , et qu'il n'étendit pas depuis à celle de sa seconde femme. De propos en propos il me fit des plaintes du peu de conflance de M. le duc d'Orléans, qui d'ordinaire ne lui disait les choses que lorsqu'elles ne se pouvaient plus cacher. J'excusai cela comme je pus , tant qu'enfin acculé par les faits qu'il m'allégua, je me mis à sourire, et lui dis que s'il me promettait de ne le point trouver mauvais , je lui en dirais bien la raison , et le moyen d'établir la plus entière confiance. Après quelques propos généraux et réciproques là-dessus, et qu'il m'eut fort pressé de lui parler en ami et avec une franchise dont il n'aurait garde de se déplaire , je lui dis que s'il voulait en user comme faisait M. le' duc d'Orléans , ils seraient bientôt contents l'un de l'autre. Après l'avoir un peu tenu làdessus , je lui dis qu'il avait une maîtresse la plus parfaitement choisie pour les charmes du corps et de l'es* prit; qu'à cela je n'avais rien à lui dire, que c'était 1-affaire de son confesseur; mais que M. le duc d'Or-
léaos était persuadé qu'il n'avait point de secret pour elle ; que cela faisait qu'il en avait pour lui; que, s'il pouvait être comme M. le duc d'Orléans, qui s'amusait avec ses maltresses, avec qui il ne lui échappait jamais rien de sérieux , je lui répondais qu'il serait content de la confiance de ce prince. II se défendit de ce soupçon du régent assez mal, et, avec un air peiné, dit que c'était excuse et prétexte, en sorte que je lui dis que si Je m'étais expliqué si ouvertement avec lui , ce n'était que par le désir que j'avais de voir leur union parfaite, si utile au bien de l'état , mais qui au fond lui était bien plus nécessaire qu'à M. le duc d'Orléans. On verra dans la suite qu'il rapporta ce point jaloux de notre conversation à madame de Prie , sa maltresse , qui ne me le pardonna pas. Revenu bien à lui de ce petit nuage, il Jeta tout ce défaut de confiance sur le cardinal Dubois, qui tant qu'il pouvait n'en permettait que pour soi à son maître, et se mit à déplorer l'aveuglement et la faiblesse de M. le duc d'Orléans pour ce valet indigne',jqui en abusait sans cesse si énormément. Ces propos me firent naître la pensée de revenir par un autre biais à ce que Torcy avait pensé , et que la sottise du maréchal de Villeroy avait fait manquer, comme je l'ai expliqué il n'y a pas longtemps.
Il paraissait dans ce temps-là que le roi aimait M. le Duc. Je lui en parlai comme en étant fort aise, et tout de suite je lui dis qu'il devrait bien profiter de cette affection du roi pour le bonheur de l'état et de M. le duc d'Orléans lui-même, en faisant bien connaître au roi le danger de cette autorité que le cardinal Dubois avait usurpée ; la facilité que sa majesté avait de montrer de l'aversion pour lui, et d'engager M . le duc d'Orléans, qui avait si grandement fait pourlui^de renvoyeràCarobrai avec sa calotte rouge, et gorgé d'abbayes, pour -ne
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plas revenir à la cour et n'avoir plus aucune part aux affaires. M. le Due se mit à rire à cette proposition. «Je suis bien aise, me dit-il, qu*on croie que le roi a de Tamitié poar moiet de la confiance, et en effet il m*en témoigne autant qu'il en est capable. Mais tout cela roule sur des riens, et je le connais bien , sans se soucier de moi que par i'iiabitude de me voir et de me parler, et je puis vous répondre que si je venais à mourir aujourd'iiui, il ne s'en soucierait non plus que de madame la grandeduchesse dont nous portons le deuil , et ne parlerait que des causes de mort qu*on m'aurait trouvées avec la même indifférence qu'il s'entretint de Touverture de cette princesse qu'à peine avait-il vue. » Tout de suite Il me parla de ce qu'il remarquait du roi que son assiduité lui faisait sentir, quelque peu d'esprit qu'il eût, ce qui n'est pas matière de ces Mémoires. Mais le résultat delà conversation fut la parfaite et très- certaine inutilité, peut-être même le danger de cette tentative à laquelle le roi était radicalement incapable de prendre, quoiqu'on vit bien qu'il avait une sorte d'éloignement du cardinal Dubois.
Le cardinal de Mailly était mort quatre jours avant madame la grande-duchesse dans l'abbaye de Saint- Thierry unie à l'archevêché de Bheiras, à soixante-trois aus. Cette mort était bien propre à faire faire de grandes réflexions. J*ai parlé plus d'une fois de ce prélat, de ma liaison étroite avec lui, de ses causes et de ses suites , quoique lui et moi pensassions bien différemment sur l'affaire de la Constitution, du peu de vocation à son état, de son ambition et de sa passion démesurée pour le cardinalat dès ses premiers commencements , de ses démarches hardies et continuelles pour y parvenir ; de sa haine jusqu'à la fureur pour le cardinal de Noailles, et de ses faibles et injustes causes; de son déchaînement for-
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eeoé pour la Constitution, par toutes ces raisons, et uniquement de son aveu à moi par ces raisons, jusqu'à m'avoir dit, dans ses plus grands emportements sur cette affaire, que si le cardinal de Noailles avait été pour la Constitution, lui Mallly aurait été contre avec la même rage qu'il était pour cette bulle. Un léger abrégé suffira donc sur ce qui le regarde , puisqu'on a vu en son lieu comment d'aumônier du roi, et vieux pour cet emploi, avec une abbaye fort mince , il dévient tout d'un coup archevêque d'Arles, puis de Rbeims, par quels étranges chemins cardinal, puis reconnu tel en France, enfin abbé de Saint-Etiennèjde Caen. Il eut Arles en ^697; Rheims en -17-10 ; le chapeau ^9 novembre -1 74 9 , reconnu cardinal plusieurs mois après par le régent et le roi avec grande peine. Quoique d'une santé ferme et que je n'ai vue altérée en rien jusqu'à l'événement dont je vais parler, il vivait depuis qu'il fut cardinal dans le plus exact régime, et sur ses heures , et sur le choix et la mesure de son manger et sur mille sortes de bagatelles, tant il désiraitjouir longtemps de sa fortune. Il voyait le sacre instant et un conclave peu éloigné. Ces cérémonies et la figure qu'il y allait faire le transportaient. Il ne songea qu'à partir brusquement dès qu'on eut la nouvelle de la mort du pape; mais il eut l'avisement de profiter de la circonstance. En prenant congé du régent, il lui repré* senta que le sacre était fort proche , qu'il aurait l'honneur de le faire, et de conférer le lendemain l'ordre du Saint-Esprit au roi qui ne l'avait pas encore reçu; que le roi choisissait toujours un seigneur pour porter ce jour-là , et le lendemain qu'il faisait des chevaliers , la queue de son grand manteau de l'ordre, ce qui lui donnait droit, quelque âge qu'il eût, d'être compris dans la promotion suivante, comme il était arrivé à M. de Fievers en 4661 , à la première fleur de son âge , et là-
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dessus demanda et obtint que ison neveu le marquis' de Neelle fût choisi pour cette fonction. La promesse en fut si publique que ^ quoique le cardinal de Mailly Mt mort lorsque le roi fut sacré, la parole fut tenue , et le marquis de Neelle fut chevalier de l'ordre à la promotion de 1724} si nombreuse et si peu choisie, quelques années avant Tâge.
Je passai avec le cardinal de Mailly toute la soirée de la veille qu'il devait partir pour Rome; je ne vis Jamais un homme si content. Je le quittai tard, se portant très-bien. Le lendemain sur le midi , je fus bien étonné d'apprendre par un homme qu'il m'envoya qu'il s'était trouvé si mal la nuit, que, dès le grand matin, il avait envoyé chercher du secours, qu'on lui avait trouvé la fistule, et si pressé à y travailler que sans autre préparation l'opération lui avait été faite fort heureusement, qu'il était aussi bien qu'il était possible, et qu'il me priait de l'aller voir. Je le trouvai en effet fort bien pour son état, mais bien touché de n'aller point à Rome. Le sacre prochain le consolait et l'espérance de voir un autre conclave. Je ne m'étais jamais aperçu qu'il fût attaqué d'aucun mal, et lui-même n'en avait jamais parlé; il croyait de temps en temps avoir des hémorroïdes à ce qu'il dit depuis, et n'en faisait point de cas. Je ne sais comment cette opération fut faite; mais on apprit depuis sa mort qu'il lui était demeuré un écoulement qu'on lui avait bien recommandé d'entretenir. Il vit bientôt le monde, tant sa guérison s'avança sans aucun accident, et en peu de temps reprit sa vie accoutumée. Cinq mois se passèrent de la sorte. Il s'en alla àBheims où il n'était pas à son aise, et qu'il avait accablé de lettres de cachet. Il se retira bientôt après à Saint-Thierry qui n'en est qu'à quelques lieues, qui lui servait de maison de campagne, ne respirant que feu et sang contre
les opposante a la Constitution, et sa vengeance particulière de ceux qui osaient encore lai résister, lorsque tout à coup cet écoulement s'arrêta, et fit une révolution à la tète, où il sentit des douleurs à crier les hauts cris. A peine ce tourment eut-il duré quatorze ou quinze heures, malgré les saignées et tout ce qu'on put employer, qu'il perdit la connaissance et la parole, et mourut dix ou douze heures après, sans avoir eu un moment à penser à sa conscience. Quelle fin de vie dans un prêtre et dans un évéque, toute d'ambition et persécuteur effréné par ambition et par haine I II passionna les honneurs, H goûta seulement des plus grands comme pour s'y attacher davantage. Ce qu'ils avaient pour lui de plus flatteur lui fut montré et porté pour ainsi dire jusqu'au bord de ses lèvres. La coupe lui en fut subitement retirée sans qu'il y pût toucher au moment d'y mettre la bouche et d'en i>oire à longs traits. Livré à des douleurs cruelles, puis à un état de mort, et paraître devant Dieu tout vivant de la vie du monde, sans avoir eu un moment à penser qu'il l'ai lait quitter et paraître devant son juge : voilà le monde, son tourbillon, ses faveurs, sa tromperie et sa fin I
Fréjus tout appliqué au futur, mais au futur de ce monde, ne songeait qu'à s'attacher le roi et y faisait les plus grands progrès et les plus visibles. Quoique au fond très-contraire au régent, il se conduisait à son égard avec une grande circonspection ; et en cultivant le parti opposé, il le faisait avec une grande mesure. Le maréchal de Villeroy en était le coryphée. Il était l'objet de la plus jalouse attention de Fréjus; il ne voulait pas sa grandeur, qu'il regardait comme ruineuse à ses projets de s'emparer du roi avec une autorité sans partage; il sentait toute la disproportion et le poids du maréchal d'avec lui, et personnellement empêtré de tout
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ce qa'il ial devait d'attachement et de roeonnaissanee, parée que personne n'en ignorait les raisons. Il n'éta&t pas temps de sortir de ces limis, mais If n'ayait garde de travailler à les augmenter, en servant et encourageant contre le gouvernement et la personne de M. le dac d'Orléans, un parti timide au fond, et mal organisé pour les exécutions, abattu de celles qu'il avait essuyées, mais plein de la plus ardente volonté, *et qui, pouvant compter sur le roi par Fréjus, aurait bientôt repris force et courage, mais dont le fruit principal serait recueilli par le maréchal de Villeroy, et par sa place auprès du roi, et parce qu'il était à la tète de ce parti, ce qui était fort éloigné de Tintérèt et de la volonté de Fréjus, qui travaillait de loin à se rendre le maître, et qui se serait vu asservi sous le maréchal, dont il regardait la ruine dans Tesprit du roi comme essentielle à la grandeur qu'il méditait dès lors pour soi-même.
Ses progrès auprès du roi étaient si visibles qu'ils corn* mençaient à faire de lui un personnage que chacun voulait ménager de loin. S'il sentait, toute la supériorité d'état que le maréchal de Yilleroy avait sur lui, à plus forte raison sentait-il celle de M. le duc d'Orléans, le poids de sa naissance, de sa place, de ses talents, de son âge, qui devait naturellement perpétuer son autorité encore plus de trente ans après la fin de sa régence, et qui, ayant ôté M. le duc du Maine d'auprès du roi, pou* vait quand il voudrait Ten chasser lui-même, sans craindre d'exciter aucun mouvement dans l'état, comme il y avait eu lieu de l'appréhender sur M. du Maine, et de renverser par là ses espérances et ses projets pour tou* jours. C'est ce qui le contenait à l'égard du régent dans de si exactes mesures; c'est ce qui l'engageait à me cultiver avee tant de soin et tant d'écorce de confiance , parce que j'étais le seul dans Tintime confiance du té-