CHAPITRE DLXXVII
DitUiieUon de traits et d'attelages. — Femmes et belles-filles atnées de grands seules et diversement assises. -— Séance à la comédie et an bal, — Grands, leurs femmes , fils atnés et belles-filles atnées expressément et seuls invités à toute fête, plaisir et cérémonie, et à quelques-unes les ambassadeurs.
— Séance et cérémonie de tenir cbapelle en Espagne , et son plan. — Cérémonie de la Chandeleur et celle des Cendres. — Baoqaillo du capitaine des gardes en quartier. — Raison pour« quoi les capitaines des gardes sont toujours grands. — Places distinguées à toutes fêtes et cérémonies pour les grands, leurs femmes, fils atnés et belles-filles aînées. — Parasol des grands ans processions en dehors où le roi assiste avec la reine. — Corlès ou états généraux. — Traitement par écrit et dans les églises, hors de Madrid.— Baptême de Tinfant don Philippe. -^ Honneurs civils et militaires partout. — Honneurs à Rome.
— Rangs étrangers inconnus en Espagne. — Egalité chez tous les souverains non rois. — Supériorité de M. le Prince sur don Juan aux Pays-Bas et son respect pour le roi fugitif d'Angleterre , Charles II. — Bâtards des rois d'Espagne.
Il faut maintenant venir aux autres âisttnctions et prérogatives du rang des grands d'Espagne. Je n'y en- XXXVI. I
s MEMOIRES
tamerai* rien d'étranger qu'autant qu*il sera nécessaire pour les mieux expliquer.
Madrid est une belle et grande ville, dont la situation inégale et souvent en pentes fort roidea, a peut-être donné lien aux sortes de dlstinetioils dont je vais parler.
J'ai déjà dit que personne, sans exception, hors le roi, la reine, les infants et le grand écuyer dans les équipages du roi, ne peut aller à plus de quatre mules dans la ville, mules ou chevaux c'est de même; mais presque personne ne s'y sert de chevaux pour les carrosses. Si on va ou si on vient de la eampagûe, on envoie à la porte de la ville deux ou quatre mules attendre, qu oq y prend et qu'on y laissé de' même lorsqu'on y renfre. Le commun et peu ah-dessûs n'y peut aller qu'à deux mules, l'étage d^au-dessus à quatre mules, mais sans postillon. Les iitolados et plusieurs sortes d'emplois ont un postillon ; mais rien n*est plus réglé que ces manières d'aller, que personne ne peut empiéter au delà de ce qui lui appartient. Ce grand nombra de personnes qui ont des postillons a peut-être été cause d'une autre sorte de distinction : c'est d'avoir des traits de corde très-vilains pour toutes conditions , mais qui sont courte ^pour ks moindres de ceux qui ont un postillon; longs pour l'étage supérieur, et très-longs pour les grands, les caitlinaux et les ambassadeurs, et fort peu d'autres, comme les conseillers d'état, les chefs des conseils, et, je crois, les chevaliers de la Toison, etc., encore ne les ont-ils pas si longs que les grands. C'est uniquement à la qualité de l'attelage qu'on reconnaît la qualité des persounes que l'on rencontre dans les rues, et cela s'aperçoit très-distinctement, et les cochers ont une adresse qui me surprenait toujours à tourner court et dans les lieux les plus étroits, sans jamais empêtrer ni embarrasser leurs traits les plus longs. Je n'ai point vu que les co-
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chera dès grande l«s menassent tête nue, sinon en eérémottle, comme à nne couverture, ou quelque autre semblable; bien l'ai-je remarqué de ceux des femmes des grands^ et du porteur de chaise de devant des grands, de leurs femmes et de leurs belles-fflles aînées.
Chez la reine, les femmes des grands ont un carreau de velours, et leurs belles-filles aînées un de damas ou de satin y sans or ni argent. Elles s'asseyent dessus. Toutes les autres, de quelque distinction qu^elles soient, sont debout ou S'asseyent nûment par terre. Mais en Espagne on ne voit Jamais de plancher nulle part; tous sont couverts de belles nattes de Joncs qui y sont particulières; le feu n'y prend point, elles soni fort fines, souvent ouvragées de paysages en noir et en jaune, et d'autres choses faites exprès pour les lieux ; elles durent toutes une infinité d'années , et il y en a de fort chères ; on les balaye, quelquefois onlesôte pour les secouer; rien n'est plus propre ni plus commode. Les pièces intérieures ont en tout temps des tapis par dessus. Ceux du palais sont de la plus grande beauté, et c'est sur ces tapis que les dames qui n'ont point de carreau s'asseyent et s'en relèvent avec une souplesse, une grâce et uhe promptitude, jusque dans les plus vieilles et sans aucun appui, qui me surprenait toujours.
La coutume de s'asseoir ainsi, même dans les maisons particulières, avait commencé fort à céder à l'usage de nos sièges du temps de mon ambassade. Â la comédie, jen*ai vu que des carreaux et les dames qui en ont droit assises dessus, et les autres tout de suite par terre sur le tapis après elles. Elles sont comme à Versailles des deux eôtés, et le roi, la reine et les infants sur une ligne vis-à-vis du théâtre, tous dans des fauteuils, le roi à la droite de tous, puis la reine, après les infants de suite par rang, le majordome major du roi, sur un ployant,
joignant le roi à sa droite; la camarera major joignant le dernier infant, à sa gauche, sur un carreau. Derrière les fauteuils , le capitaine des gardes du corps en quartier, le majordome major de la reine, legouverneor du prince des Asturies, la gouvernante des infants, assis sur des tabourets. Pas un autre siège, et tous les hommes debout, grands et autres, quoique les comédies soient fort longues. A la droite du roi il y a une niche dans la muraille, ferméepar une jalousie, où on entrepar derrière. Il n'y a là que les ambassadeurs qui y sont assis, et le nonce du pape, en rochet et camail, à côté duquel J'ai assisté plus d'une fois à ces comédies, lui Jamais vêtu autrement. Au bal , qui est rangé comme les nôtres à la cour, et qui sont là fort beaux , les fauteuils et les tabourets derrière sont comme à la cornédie; le majordome major et la camarera major sur sob carreau de même, mais il n'y a point d'autres carreaux, ce sont des tabourets rangés sur une ligne de chaque côté. Les femmes des grands et leurs belles-filles aînées sont assises dessus. Après elles et sans mélange toutes les autres dames; les grandes dames entre elles, cosome elles arrivent les premières, puis les senora$ de konor^ enfin les caméristes, mais toutes assises par terre, le dos appuyé contre les tabourets vides derrière elles. Les vieilles de tout âge sont là, comme à la comédie, au premier rang ; il n'y en point de second, et on y danse hommes et femmes à tout âge , excepté la véritable vieillesse. Les hommes sont derrière les tabourets et en face des fauteuils; pas un n'est assis, ni grands ol danseurs. On ménage quelque embrasure de fenêtre, hors de la vue du roi et de la reine, où il y a des tabourets pour les ambassadeurs, et, autant qu'on peut, personne ne se tient entre eux et la vue du bal. La reine ne danse qu'avec le roi et les infants ni danse
réglée ni contredanse; la princesse des Asturies de même. li est vrai qu'aux contredanses elles dansent avec tous, mais celui qui est leur danseur, qui les mène, et avec qui principalement elles figurent, est le roi ou un infant. De bal en masques, je n'en ai vu aucun.
Iln'y apointdebal public chezieroi, etily en avaitsouvent;pointdecomédiesau palais, et elles n'y sontpasordinaires comme dans notre cour; point d'audience publique à des ministres étrangers, d'audiences publiques aux sujets, et il y en a deux fois la semaine, c'est comme nos placets, excepté que chacun parle au roi, je les expliquerai ailleurs ; point de fêtes publiques, soit au palais ou ailleurs auxquelles le roi assiste, point de cérémonie ou de fonctions quelle qu'elle soit, que le roi fasse ou à laquelle il se trouve, que les grands, leurs fils aînés, et leurs femmes n'y soient à chacune expressément conviés. Si c'est une occasion où on se couvre, les fils aines ne le sont pas, ni aux chapelles, parce qu'ils n'y ont pas de place. L'invitation est si fréquente, et en tant de lieux par Madrid, parce que nul de ceux qui doivent être invités n'est omis, même su malade, que cela se fait assez peu décemment. Le majordome de semaine fait les billets d'avertissement, datés sans les signer, et les envoie porter par les hallebardiers de la garde qui eu sont chargés. Ils se partagent par quartiers. Il n'y a que la chose en deux mots, sans compliment ni cachet, et le dessus mis pour chacun. Lorsqu'il y a quelque cérémonie purement de grandesse hors du palais, où le roi ne se trouve point, ce qui est fort rare, quoique J'en aie vu une depuis que je fus grand, l'avertissement se porte de même en la même forme et par les mêmes ordres. Je l'étais toujours ainsi comme duc de France, avant que je fusse grand, même de celles où le roi me faisait lui-même l'honneur de me commander de me
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trouver, et de celles encore où je devais assister par fnon caractère et en place d'ambassadeur, hors d'avec les grands, comme aux chapelles; et depuis que mon second fils eut fait sa couverture^ lui et moi fûmes toujours invités, et nous nous sommes tnrovés ensemble parmi les grands, comme grands : de cela il résulte ^e tes grands sont Taccompagnement du roi partout, et son plus naturel comme son plus illustre cortège. Personne autre n'est jamais invité, si ce n'est les ambassadeurs en beaucoup d'occasions, comme les fêtes et les chapelles, et de celle-ci, le plan en expliquera mieux tout.
DE SAWT-SJMQN.
Assiette et séames krsqw k roi d'E^pagm tient
chapelle.