‹ Mémoires complets et authentiques sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 28 sur 61 · III I · texte numérisé non relu

III I

Place pour ajouter un antre

banc pour les grands ,

$"\\ 9n est besoin.

Porte d'entrée du roi et de

tout le monde dans la

chapelle.

32 55 IQ 38 |3t|

Tribune d« pluin-pied t U chapelle et

à rjipparteinent de la reine, qui

•Y iolnl par l*lntérléttr.

a MaioniES

4 Sanctoaire fort mag;iiifi<jae derrière Fautel.

2 L'autelf •«• marches, son. tapis, an-dessoiis» et le» trois marcbei

du choHir.

6 Fortes du sanctuaire.

4 Table pour le service de l'autel.

5 Bsncs nus pour les célébrants.

6 Banc avec un petit tapis pour les évèqaes.

7 Fauteuil du cardinal patriarche des Indes. 0 Son aumônier.

8 Son petit banc ras de terre avec son tapis et son carreau.

9 Porte de la sacristie.

10 Sommelier de courtine en semaine » debout, c'est-à-dire au- ^ manier.

14 Fauteuil du roi.

1 2 Son prie-dieu avec son drap de pied et ses deux carreau povr

les coudes et pour les genoux.

45 Fauteuil du prince des Asturies.

44 Son prie-dieu idem, mais qui n'a point de carreau pour les

coudes.

45 Grandtapis commun sous les fauteuils et les prie-diea. 4 6 Grand dais avec sa queue qui les couvre.

47 Banc avec son tapis du capitaine des gardes en quartier.

4 8 Ployant de velours avec de Tor pour le majordome msjor dn

roi.

49 Banc des grands avec son tapis.

20 Gardes soas les armes.

24 Deux grands chandelierf d'argent qui brûlent jour et naît. 22 Deux autres pareils qu'on ajoute lorsque le saint-sacremeot est

exposé.

25 Deux, quatre ou six pages du roi, suivant la solennité, qai

viennent au SantliM, et s'en vont après la communion du pcétre avec de grands flambeaux allumés de cire blanche*

24 Espèce de croisée de la chapelle.

25 Les quatre majordomes du roi debout.

26 Banc des ambassadeurs.

27 Leur petit banc ras de terre et le tapis de l'un et de l'autre.

28 La chaire du prédicateur et son petit degré.

29 Banc nu pour les ecclésiastiques et les religieux du premier

ordre.

50 Banc idem pour ceux du deuxième ordre.

5 1 Vide pour les ecclésiastiques et les religieux du commun debout.

52 Glaces qui servent de fenâtrcs à la tribune à voir dans la cba-

pelle.

35 Petite porte par où la reine sort de la tribune lorsqu'elle w

aux processions et y rentre.

34 Antre porte de communication pour le prêtre qui vient dire la

messe a la tribune.

35 Place dans la chapelle pour le majordome de la reine, en se-

maine, debout.

36 Autel de la tribune.

37 Place de la reine sur un prie-dieu entre deux balustrades.

38 Place des infants.

59 Vide pour les courtisans et le commun debout, avec des gardes sons les armes, et leurs officiers d^espace en espace.

Lorsque le roi dTspagne tient chapelle, ce qui arrive très-fréquemment, dont je parierai ailleurs, sa cour Tattend à la porte de son appartement secret. Il passe environ deux pièces, puis se couvre. Les grands qui marchent sans ordre devant et autour de lui, le prince des Asturies qui le suit, le capitaine des gardes en quartier qui est toujours grand, et le patriarche des Indes, sMI est cardinal, qui marche à côté du capitaine des gardes, se couvrent tous. On fait un long chemin par de grands et magnifiques appartements, et on arrive ainsi à la chapelle, où chacun fait la révérence à la reine qui est dans la tribune ; puis s'avançant, on la fait à Tautel ; celle-là est toujours à l'espagnole, c'est-àdire comme sont les révérences de nos chevaliers du Saint-Esprit et à toutes nos cérémonies. Les ambassadeurs seuls la font à l'ordinaire; le roi la fait à l'espagnole vis-à-vis de sa place, et chacun prend la sienne. Le patriarche, s*il est cardinal, vis-à-vis du roi, laquelle place j'expliquerai ailleurs, sinon sur le banc des évèques où il n'y en a presque jamais, parce que tous résident très-exactement, et que la difiiculté de la croix, que la chapelle ne veut pas souffrir, empêche Tarehe-

fO MtMOIAIS

yèqae de Tolède de $'y trouver. De mon tempi c'était le cardinal Borgia qui était patriarclie des Indes. Tandis que le célébrant commeiiee la messe au bas de Tautel, le cardinal sort de sa place où il n*a qu'an aumônier près de lui, debout à sa droite en surplis, et suivi des quatre majordomes du roi, de front derrière lui, va au milieu de l'autel sans monter aucune marche, le salue, puis le roi et le prince des Asturies de suite, se retourne le dos à. l'autel, salue la reine, puis les ambassadeurs qui se lèvent et s'inclinent à lui, en dernier lieu les grands qui en font de même, et pour ne le plus répéter, toutes les fois qu'il sort de sa place et qu'il revient, il fait les mêmes saints en se baissant, comme font nos évêques, et les majordomes derrière lui à l'espagnole dnns le même temps. Il va au prie-dieu du roi qui est debout, dire V Introït k voix médiocre, puis revient. Il lui porte l'évangile à baiser, et au prince ; il va les en* censer sans en être salué, et il lui porte la paix, puisa la reine. Lorsqu'il y va et en revient, et c'est toute la longueur de la chapelle, les ambassadeurs et les grands sont debout. En sortant de la chapelle, le roi se couvre et les grands, et retournent comme ils sont venus. Les pages qui portent les flambeaux au sanctus^ font en arrivant à leur place la révérence à l'autel, au roi, et au prince en même temps, à la reine, au cardinal, aux ambassadeurs en même temps, enfin aux grands. C'est à Tespagnole, en baissant leurs flambeaux tous en même temps, et comme en cadence : c'est un vrai exercice. Il y a toujours sermon en espagnol. Le prédicateur sort de la sacristie, et vient recevoir à genoux la bénédiction du cardinal, puis fait les révérences susdites, et monte en chaire, en s'en retournant de même.

Lorsqu'il y a procession comme à la Chandeleur, il n'y a point d'ambassadeurs, parce qu'ils ne pourraient

DE $4I^T-Sl^0N. Il

marcher que devant te roi ou après le roi, coipme ii$ font en suite du capitaine des gardes quand on ya et revient des chapelles ordinaires. En avant n'est donc point leur place. En arrière ils couperaient la reine ou au moins les dames de sa suite, tellement que ces jours-là ils ne sont point avertis, et ne s'y trouvent jamais. La bénédiction deà cierges finie par le cardinal, le roi, suivi du prince et de son capitaine des gardes, va au milieu de Tautel où le cardinal est dans un fauteuil sur la plus basse marche, en sorte que le roi n*en monte aucune. Le majordome major marche seul ^ sa droite, suivi d'un b^s officier. Il trouve un majordome vers où est le cardinal qui lui présente un carreau. Le majordonie m^'pr le met devant le roi qui reçoit à genoux le cierge du cardinal, le prince ensuite, puis le majordome major ôte le carreau, et le rend au majordome, se met à genoux, reçoit le cierge, après lui le capitaine des gardes, et retournant en leurs places, le roi étant déjà en la sienne, tous les grands ensuite, suivant qu'ils se trouvent placés sur leur bapc, vont prendre le cierge à genoux, et tout de suite Je clergé, à qui il en a été dis-tribué avant le roi, sort de dessus ses bancs, et sort processionnel Icment, puis le clergé qyi est à Tautel et le cardinal, puis les grands deux à deux, enfin le roi ayant presque de front le majordome major à sa droite, le prince derrière à côté du capitaine des gardes; tout cela trouve la reine à la porte de sa tribune en dedans, à qui le cardinal en passant a donné un cierge, et à tout ce qui est dans la tribune. Les grands saluent la reine profondén^ent^ Le roi la salue aussi; elle laisse un court intervalle entre elle et le prince, et suit la procession entre son majordome major et son grand écuyer, suivie des infants. Après eux marche seule la camarera major, leç dames de la reine deux à deux, puis

celles des infants. Le roi et les grands se couvrent hors de la chapelle. Les seigneurs et les gens de qualité côtoient, les uns les grands les plus près du roi, la plus grande partie des dames ; puis le commun suit. Il y a des officiers des gardes du corps des deux côtés du roi, et celui qui sert auprès de la feine lui porte la queue. On fait le tour des corridors dû palais, ce que j'expliquerai ailleurs. En toutes les processions c'est le même ordre de marche. A celle-là mon fils et moi étions sur le banc des grands, plusieurs entre nous deux, et c'est là où j'ai dit que le hasard fit qu'il me précéda. Le roi et tous baisent l'anneau du cardinal après avoir reçu le cierge.

Le jour des Gendres, les ambassadeurs y sont. La bénédiction faite, le cardinal , suivi du nonce et des majordomes, va au milieu de l'autel , comme ci-dessus, où tous deux prennent une étole d'un des assistants à Tautel ; le célébrant donne des cendres au cardinal seulement incliné, qui lui en donne ensuite, mais le célébrante genoux , puis au nonce incliné qui revient à sa place, après à tout le clergé. Le roi vient accompagné comme à la distribution des cierges , et le carreau lui est présenté de même. Lui et le prince en ayant reçu, et le carreau été comme lors des cierges , les ambassadeurs viennent recevoir les cendres, puis le majordome major qui était resté là ; ensuite le capitaine des gardes, puis tous les grands , après quoi le cardinal en va portera la reine , aux infants et à tout ce qui est dans la tribune. Elle n'assiste jamais ailleurs à aucune chapelle ; les jours ordinaires, c'est là où elle et le roi entendent la messe , et où ils communient à leurs jours marqués, et personne n*y entre que leurs grands officiers Intérieurs et les dames de la reine et des infants. Au-dessus est une grande tribune pour la musique qui est excel-

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lente et nombreuse , et, au-dessus de œlle-là, une autre pour les duègnes et les criadas du palais, où nut homme n'entre. Les caméristes sont à l'entrée et au fond de la tribune de la reine.

Il faut remarquer que les ambassadeurs ni les grands n'ont point de carreaux à la chapelle; le tapis de leur banc et de celui des évéques , et du petit banc ras de terre devant les ambassadeurs, sont jusqu'à terre et d'assez vilaine tapisserie, la même pour tous. Le petit luinc ras de terre qui est devant le cardinal est de velours rouge , et n'est pas plus étendu que les autres. Son fauteuil est de bois uni avec les bras tout droits; le siège et le dossier, qui ne lui appuie que les épaules, est de velours rouge avec un galon d*or et d'argent usé autour , de forme carrée , avec de larges clous dorés dessus d'espace en espace , environné de petits, comme ces anciens fauteuils de château ; son carreau est de velours rouge à ses pieds \ les fauteuils , carreaux et drap de pied du prie-dieu du roi et du prince sont de velours avec beaucoup d'or ou d'argent , ou d'étoffe magnifique. Ils changent souvent, mais ceux du roi sont toujours beaucoup plus riches que ceux du prince, et tournés en biais vers l'autel.

La place du capitaine des gardes du corps fit une grande difficulté. Philippe Y est le premier qui ait eu des gardes du corps et des capitaines des gardes, sur le modèle de la France. Ses prédécesseurs n'avaient que des hallebardiers , tels qu'il les a conservés , mais dont le capitaine n'a point de place nulle part comme tel , et des lanciers en petit nombre et fort misérables , dont le capitaine n*était rien. Les grands, qui sont les seuls laïques assis aux chapelles, ne voulurent pas souffrir que le capitaine des gardes en quartier le fût , ou s'il ^tiût grand , le fut hors de leur banc. Cette difficulté fdt

réglée par ne jamais prendre de capitaine des gardei»

que parmi les grands. Mais cela ne les satisfit pasi ils voulaient que celui de quartier fût indifféremment assis avec eux sur leur banc, et le roi d'Espagne , qui s'en faisait servir sur le modèle de notre cour, prétendit ravoir assis derrière sou fauteuil. Eutiu , par composition, après beaucoup de bruit, il fut convenu qu'il aurait un banquillo, c'est-à-dire un petit banc à une seule place, couvert comme celui des grands, adossé en biais à la muraille, à la place où il est marqué dans le plan. A vêpres c'est la même séance , et au Retiro comme au palais, où en quelque lieu que le roi tienne chapelle, il n'y a que la tribune de la reine qui ne peut être partout placée, ni de piain-pied ni au bout de Téglise; mais elle est toujours dans une tribune^ et ce changement de sa place n'en apporte aucun autre. J*ai grossièrement expliqué la chapelle par rapport seulement aux grands; je la détaillerai plus curieusement ailleurs. Lorsque le roi va en pompe à Notre-Dame d'Atocha, qui est à un dernier bout de Madrid, il est censé n*y être accompagné que de ses grands officiers, qui le précèdent ou le suivent dans ses carrosses , et la reine de même de ses dames. Les grands n'y sont point invités et n'y ont point de places.

Les fêtes dans la place Major, qui est fort grande et qui a cinq étages égaux, tous à balcons à toutes les fenêtres, sont assez rares. J'y en ai vu plusieurs à cause des deux mariages, et toutes admirables. J'en parlerai en leur temps. Il sufût ici de dire qu'il y a au milieu une maison distinguée pour le roi et sa cour; vis-à-vis la largeur de la place , entre deux, sont les ambassadeurs, et ce même étage , qui est le premier, est distribué tout autour de la place aux grands et à leurs femmes, à tous séparément, de façon qu'un grand a du

0E SAir<T*SmON. Xi

moins quatre balcons de suite, à quatre ou cinq pjaces chacun, c'est-à-dire quatre au large et cinq assez aisément , car ils y sont tous égaux et sortent en dehors trois pieds. Si un grand a une ou plusieurs charges qui lui donnent droit de places , on les ajoute de suite à ses balcons comme grand ; mais cela est assez rare. Le deoxièoie, et s'il le faut le troisième étage, sont distribués de même. C'est le majordome major qui en donne les ordres et les balcons désignés dans les billets , en sorte que chacun sait où aller sans se méprendre. Ce qui reste après de places jusqu'au cinquième étage est à la disposition du corrégidor de Madrid, tellement que ceux qui n'ont point de places par grandesses, ou, ce qui est fort rare, par charges, n'en ont qu'après tous les grands et les charges, ce qui fait qu'ils en ont de médiocres ou de mauvaises , et même difficilement à cause du peu qui en reste pour toute la cour et la ville, de manière que la plupart des personnes de qualité, hommes et femmes, en demandent aux grands de leurs amis sur leurs balcons. Les ministres étrangers en ont avant les seigneurs qui ne sont pas grands par le majordome major. Gela se passe de la sorte dès que la fête est hors du palais. Quand elle se fait dans la place du palais, où j'en ai vu aussi d'admirables , les fenêtres se donnent par places aux mêmes , mais avec moins d'ordre et de commodité, et toujours par les majordomes, sous les ordres du majordome-major. Aux unes et aux autres la règle y est telle, qu'il n'y a jamais la plus légère dispute , et qu'on y arrive et qu'on en sort avec une grande facilité , quoique la foule n'y soit pas moindre que celle qui fait toujours repentir de la curiosité des spectacles et des fêtes en France.

Les grands sont invités aux cérémonies avec la même exactitude. Comme il est des fêtes où on n'en invite point

d^autres, encore que toute la cour s'y trouve, ainsi que je l'ai vu arriver aux bals et aux comédies du mariage, excepté les ambassadeurs qui le furent, aussi est-il des cérémonies où on n'invite qu'eux ou presque qu'eux. J'appelle inviter d'autres, leur faire dire de s'y trouver; car , pour l'avertissement eu forme , il ne s'adresse jamais qu'à eux. lis l'eurent pour la cérémonie de la signature du contrat de mariage du roi et de l'infante , que Je décrirai en son lieu. Il n'y entra qu'eux et les seigneurs les plus distingués, et les gens de qualité en foule virent entrer et sortir le roi et les grands du lieu où elle se fit, et le très-petit nombre de charges ou de places indispensables , outre les grands qui y furent admis hors du rang des grands, et bien plus éloigné pour eux de la table et du roi. Il en fut de même au mariage du prince des Asturies, quoique célébré à Lerma près de Burgos. Le roi n'y voulut d'abord que sa suite ordinaire, parce qu'il y alla chasser six semaines auparavant. Mais, pour le mariage, tous les grands y furent invités ; eux, leurs femmes, fils aînés et bellesfilles, eurent tous des logements marqués, et furent le plus près de la cérémonie; les femmes et les bellesfilles des grands sur leurs carreaux. Je décrirai en son lieu cette cérémonie. On y verra aussi , en son temps , les audiences publiques aux sujets et aux ministres étrangers, où les grands sont invités et couverts. Aux processions qui se font en dehors, où le roi assiste, et où ils sont aussi invités, ils ont Vombrello , c'est-à-dire le parasol.

Ils sont toujours aussi invités aux cortes^ c'est ce que nous appelons en Fiance les états généraux ; mais ceux d'Espagne ne font guère que prêter des reconnaissances, des hommages et des serments, et n'ont pas même les prétentions de ceux de France. Ainsi, y assister n'est

pas se mêler d'affaires, encore moiDs prêter du poids et de l'autorité. En ces assemblées, qui d'ordinaire se font dans la belle église des Hiéronimites du Buen-Retiro a Madrid, qui sert de chapelle à ce palais, les grands précèdent tous les députés dans la séance et dans tout le reste.

Le roi, écrivant à un grand, le traite de cousin, et son fils atné» de parent ; de même à leurs femmes.

Bans toutes les villes et lieux où le roi n'est pas, les grands ont à Tégiise un tapis à leur place, la première du chœur, un carreau pour les genoux, et un pour les coudes; les fils aînés des grands un carreau. J'en eus ainsi un, et mon deuxième fils, dans la cathédrale de Tolède, à la grand'messe et au serment, et le comte de iorge un carreau. Mon fils aîné était demeuré malade à Madrid. Ce carreau du comte dcLorge m'en fit demander pour le comte de Géreste, frère du marquis de Brancas, pour l'abbé de Saint-Simon et pour son frère, et je ne les eus qu'à grand'peine et par considération pour moi, comme ils me le dirent nettement. Tous les chanoines étaient en place. On connaît la dignité et les richesses de cette première église d'Espagne , J'en parlerai ailleurs.

Je remets aussi en son temps à expliquer la cérémonie du baptême de l'infant don Philippe, où tous les grands et grandes, leurs fils aînés et belles-filles, furent invités, et le plus près du roi et de la cérémonie. Je me contenterai ici de remarquer qu'ils eurent le dégoût, et qui fit du bruit et de grandes plaintes, d'y porter les honneurs, qui ne le devaient être que par les major- ' dômes.

Ils ont partout les honneurs civils, c'est-à-dire ce que i^ous appelons en France le vin, les présents et les compHinent!) des villes et des notables. Ils ont le canon, la

(S MËMOiaRS

garde et tous les honneurs militaires, la première visite des vice-rois et capitaines généraux des armées et des provinces, et la main chez eux pour une seule fois, s'ils sont officiers ou sujets du pays où le vice-roi commande, chez lequel ils conservent d'autres sortes de distinctions sur les autres seigneurs des mêmes pays non grands, et servent suivant leur grade militaire. J'ai expliqué cela plus haut, ainsi que les honneurs qu'ils ont chez le pape, pareils à ceux des souverains d'Italie, et dans Rome, semblables en tout aux distinctions des deux princes du Soglio, qui eux-mêmes sont grands.

Le rang, qui s'est peu à peu introduit en France tel que nous l'y voyons de prince étranger, soit en faveur des cadets de maisons souveraines, soit en faveur de maisons de seigneurs français qui l'ont obtenu pièce à pièce, est entièrement inconnu en Espagne aussi bien que dans tous les autres pays de l'Europe, qui ont des premières dignités et des charges qui répondent à nos offices de la couronne. Il n'y a donc de rang en Espagne que celui des cardinaux, des ambassadeurs et des grands d'Espagne, celui du cbef ou du président du conseil de Castille étant une chose tout à fait à part, quoique supérieur à tous. On a vu ci-dessus des princes de maisons souveraines attachés au service d'Espagne, faits grands pour leur vie. C'était le seul moyen de leur donner un rang dont ils ont joui sans jamais avoir prétendu aucune distinction particulière ni quoi que ce soit parmi les autres grands. Ceux-ci se sont soutenus avec le même avantage à l'égard des souverains qui ont été à Madrid, même des ducs de Savoie. Ceux-là à la vérité ne furent pas faits grands, aussi n'avaient-ils pas à y demeurer, mais ils n'en précédèrent aucun, et n'osèrent se trouver avec eux. Le seul fils de Savoie, qui fut depuis le célèbre duc Charles-Emmanuel, y eut

DE $AIMT-S(W0N. f9

quelque distioctioD, mftis ce ne fut qp'après que sou mariage fut arrêté avpc Vinfante, et en cette considération; encore ces distinctions au-dessus des grands furent-elles assez médiocFfés-Bu prince de Galles, qui fut depuis l'infortuné Charles I^**, on n*en parle pas : l'héritier présomptif et direct de la couronne de la Grande- Bretagne est au-dessus de toutes règles. La fïomtfisse de Soissons, mère du fameux prince Ëugçne, ne put jamais paraître en public à Madrid, ni voir la reine que dans le dernier particulier malgré sa faveur, ses manèges et ses privances qui à la lin aboutirent à l'empoisonner, et à s'enfuir ppur éviter le supplice dû à son crime. Lorsque le prince et la princesse d'Harcourt accompagnèrent la même reine en Espagne, ils n'y purent obtenir aucun rang, parce que le prince d'Harcourt n'eut le ca« ractère d'ambassadeur que pour la cérémonie du mariage qui se fit dans un méchant yiilage, un peu au deçà de Burgos, où j'ai passé. Aucun seigneur non grand d'Espagne même, ni aucune femme de qualité, ne leur voulut céder. Charles II ni la fille de Monsieur, sa nouvelle épouse, n'y trouvèrent rien à reprendre, ni elle représenter, ni lui à ordonner. Ainsi le prince et la princesse d'Harcourt furent contraints de revenir brusquement pour se tirer de ce qu'ils trouvaient de mortifiant pour eux. Aussi cette princesse d'Harcourt si insolente de la faveur de madame de Maintenon, si entreprenante, si forte en gueule, ne parlait-elle jamais de ce voyage.

Les électeurs et les princes régents d'Allemagne et ceux d'Italie les traitent en tout chez eux d'égaux et leur donnent la main, et même les ducs de Savoie, jusqu'au dernier qui, longtemps avant de s'être fait roi, cessa de les voir ainsi que les cardinaux. La politique et la pjiissance de Charles Y leur pro-

M HÊMOIAES

cura tous ces avantages dans les pays étrangers, que celle de la maison d'Autriche a su ieur y maintenir depuiS| comme Je l'ai déjà dit. Ils ne se pouvaient prétexter que par ceux qui leur furent donnés dans leur pays même, et Cliarles Y et ses successeurs ont toujours cru, à l'exemple des papes sur les cardinaux, que leur respect et ieur grandeur s'accroissaient et se maintenaient à la mesure de celle qui émanait d'eux. Tout n'est qu'exemple, non-seulement pour les papes, mais pour ces princes, de la Justesse de cette pensée, que ce n'est pas ici le lieu de pousser.

La stérilité des reines d'Espagne depuis Charles V n'a point laissé de prince du sang depuis la régence de Charles V. A peine quelque infant cadet est-il sorti de l'enfance ; à peine un seul a-t-ii atteint l'adolescence qu'il a été cardinal-archevêque de Tolède, et est mort promptement après. On n'y a donc vu que presque l'héritier de la couronne, et jamais de seconde génération. Les nôtres n'ont point voyagé en Espagne, de manière qu'il n'y a ni règle ni exemple des princes du sang aux grands. M. le Prince le héros est le seul qu'on puisse citer, qui, malgré sa situation forcée en Flandre , sut toujours maintenir toute sa supériorité sur don Juan , gouverneur général des Pays-Bas, général des troupes, et qui tranchait du prince du sang d'Espagne, quoiqu'il ne fàt que bâtard ; il la conserva de même sur tous les autres, avec la gradation de plus de ce qu*il emportait sur le chef des Pays-Bas et des armées, qui le souffrait très-impatiemment, mais qui n'osa jamais lui rien disputer. Il en usait plus familièrement avec le roi d'Angleterre dont l'état, sous l'usurpation de Cromwell, était encore bien plus gêné et plus réduit à fermer les yeux aux avantages que don Juan en osait usurper. Cela impatienta M. le Prince, qui, non content de lui

DE SAINT-SIMON. tl

avoir aiH[»r!s à vivre avec lui, lai voulut donner eneore la mortification de loi montrer ce qu'il devait au roi d'Angleterre. Peu de Jours après que ce prince fut arrivé a Bruxelles et qu'il eut remarqué la familiarité peu décente que don Juan s'avisait de prendre avec lui, il les pria l'un et l'autre à diner avec tout ce qui était de plus considérable à Bruxelles. Tous s'y trouvèrent, et quand il fut servi, M. le Prince le dit au roi d'Angleterre, et le suivit à la salle du repas. Qui fut bien étonné? ce fut don Juan, quand, arrivé en même temps avec la compagnie qui suivait le roi d'Angleterre et M. le Prince, il ne vit sur une très-grande table qu'on unique couvert avec un cadenas, un fauteuil, et pas un autre siège. Sa surprise augmenta, si elle le put, quand il vit M. le Prince présenter à laver au roi d'Angleterre, puis prendre une serviette pour le servir. Dès qu'il fut à table, il pria M. le Prince de s'y mettre avec la compagnie. M. le Prince répondit qu'ils auraient à diner dans une autre pièce, et ne se rendit que sur ce que le roi d'Angleterre le commanda absolument. Alors M. le Prince dit que le roi ordonnait qu'on apportât des couverts. Il se mit à distance, mais à la droite du roi d'Angleterre, don Juan à sa gauche, et tous les invités ensuite. Bon Juan sentit toute l'amertume de la leçon, et en fut outré de dépit ; mais après cet exemple , il n'osa plus vivre avec le roi d'Angleterre comme il avait osé commencer.

On a vu ci-dessus l'état des bâtards en Espagne. Ceux des rois en ont profité. Le premier don Juan eut de grands emplois, s'illustra de la fameuse, mais peu fructueuse, victoire navaledeLépante, passa de vice-royauté en vice-royauté, parce que Philippe II avait peur de son mérite, et le tint tant qu'il put éloigné. Avec tant d'éclat il acquit l'altesse comme les infants, en prit

îi Mémoires

preisque les manières, eut une maison fort eonsidërabte, et alla finir de bonne lieure ant Pays-Bas de la manière que personne n*ignore. Cet exemple fraya le chemin de la grandeur au second don Juan , qui n'avait pas moins de mérite que le premier , quoique resserré dans des bornes plus étroites. Il la sut soutenir par les cabales et un parti qui (It pâlir souvent la reine-mèrede Cliarles II, régente , et qui lui arracha ses plus confidents serviteurs, 11 n*est donc pas surprenant qu'il ait eu Taltesse et presque la maison des infants, et que les imitations de beaucoup de leurs manières lui aient été souffertes par un parti de presque toute l'Espagne, qui ne se maintenait , ne parvenait, et ne profitait contre la régence et le gouvernement qu'à l'ombre de sa protection , et qui à la majorité de Charles II, chassa cette reine à Tolède, d'où elle ne revint à la cour qu'en ^679, après la mort de don Juan , i|ui régna toujours sous le nom du roi , et qui n'oublia aucun de tous les avantages qae peuvent donner l'exemple et la puissance, et le grand j^arti qu'il s'était fait. Les deux don Juan moururent sans enfants après avoir été à la tète des armées et des provinces , le premier à trente-deux ans , l'autre à cinquante. Je parlerai en son temps de l'altesse et du rang que madame des Ursins et M. de Vendôme usurpèrent en Espagne, ce qui leur fut à tous deux diversement funeste.

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