‹ Mémoires complets et authentiques sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 39 sur 61 · COMTES DE · texte numérisé non relu

COMTES DE

Aguilab, Manrique de Lara, Terre en Castille, donnée par le roi Jean P'de Castille, en 1385, à J. Ramirez d'Arellano, dit le noble seigneur de los Cameros, ric(h-hombre de Castille. Alphonse, de mâle en m&le, arrière-petit-fils de J. Ramirez d'Arellano, en fut fait comte et grand d'Espagne en 1475 par les rois catholiques. On a vu dans ce qui a été expliqué sur la dignité de grands d'Espagne, qu'elle n'est connue que depuis Charles Y, qui la substitua adroitement aux anciens ricos'hombres, qui en avaient le rang et les honneurs,

ISO MÉMOIRES

quels ilg ëtafettt, et comment ils s'étaient multipliés à l'excès, enfin ce qu'ils perdirent pour faire leur cour à Philippe le Beau, père de Charles Y. Il fout donc entendre les grandesses avant Charles Y des ricas-hombres^ qui en avaient le rang et plus que les avantages, et qu'on n'appelle ici grands et grandesses érigésavant Charles Y que pour se conformer au langage d'aujourd'hui. On a vu encore dans cette espèce de court traité de la grandesse que Charles Y, en substituant la dignité de grand d'Espagne qu'il inventa à Tancienne dignité de ricoshombres qu'il abolit, comprit les plus puissants des rîCo$hombres dans ses nouveaux grands d'Espagne, et n'y comprit point ceux qu*il crut pouvoir ne pas ménager, qui de fait demeurèrent dégradés. Apparemment que les comtes d'Aguilar furent de ce dernier nombre, ptiis, dès le fils de celui qui avait été fait comte d'Aguilar, et grand d'Espagne, pour continuer à s'exprimer dans le langage connu^ ce fils et sa postérité cessèrent de jouir du rang et des honneurs de grand d^Espagne jusqu*au 6 janvier ^640, que Philippe lY les rendit à J. Ramirez d*Arellano, huitième comte d'Aguilar. Cette maison d'Arellano était pourtant bien grande et bien illustre, puisqu'elle descendait masculinementde SancheKamirez, seigneur de Pena Cerrada, frère de Garcias, dit le Restaurateur, roi de Navarre, mort eu 1151. C'était peut-être pour cela même que Charles Y la voulut abaisser et confondre. Ses armes mêmes étaient trèssingulières, et ne pouvaient avoir été prises sans quelque cause curieuse que je n'ai pu découvrir. Elle U'éeartelait point, et portait l'écu parti de gueules et d'or à trois fleurs de lis de l'un en l'autre, deux et ube, et celle-ci mi-partie de Fun en i'autt*e, ces fleurs de lis faites comme celles que nos rois portent aujourd'hui. Ce J. Ramirez d'Areilano, huitième eomte d'Agui-

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lar, rétabli grand d'Espagne par Philippe tV en janvier 1640, épousa la fille unique héritière de j. de Hendoza, premier ftiarquis dé Saint-Germain et de Binoyosa, dont il eut le neuvième comte d'Âguilar, qui moiirui en l66£Sy et d'une fille du huitième comte d'Onate, qui était Gti^Varà, iié iaissa qu'une fille qui porta sa grandesse avec Agultar Hinèyosa los Cameros, etc., en mariage, en 4670, k Koderic Emmanuel Manrique de Lara, conite deFrîgidiane, duquel j*ai amplement parlé en t^aitant des conseillers d'état et seigneurs distingués d'Espagne, à Toccàsion du testament de Charles II et dé Tavénement de Philippe à la couronne d'Espagne. J'ai adssi ^arlé à la même occasion du comte d'Aguilar, son fllâ, eh celle du t>rèmiér siège de Barcelone, qu'il vint proposer au feu roi, et qui eut de si fâcheuses suites, à i'occâltion de Flotte, et de Renaud qu'il fit arrêter dans rartnèé (jue commaiidait lé maréchal de Besons en Esp9griè, À qui it né lé vint dire qu^après l'exécution faite à soti insu ; enfin k Toccasion de la disgrâce commune du duc de Noailles et de lui, lorsqu'ils voulurent donner \ii\e maîtresse au roi d'Espagne, pour faire toniber le crédit de la reine et celui de la princesse des tlrsins,qui govivernait, et par la maîtresse régner eux-mêmes. Son caractère exposé en ces différentes occasions me dispensera de le rétoucher ici. Je me contenterai de dire seulement que c'était l'homme de toutes les Espagnes qui avait le ptùs d'inquiétude d'esprit, et d'ambition, à C(ui iès tnoyensi coûtaient le moins, et qui était le plus dangereux; ainsi Je duc de Noailles et lui se sentirent d'abord l'un l'autre dès qu'ils se virent, et lièrent une ainitié la plus intime qui à duré autant que leur vie. Il ne me reste donc plus qu'à dire ce qui est arrivé à ce comté d^Aguilar depuis cette disgrâce commune avec le dttcde Noailles en ^ 7^0. Ce comte d'Âguilar avait été

successivement et rapidement à la tète des finances, des affaires de ia gaerre, commandé en chef, et capitaine général des armées, colonel du régiment des gardes espagnoles, enfin capitaine de la ccmipagnie espagnole des gardes du corps qu'il perdit par cette disgrâce, et qui Alt donnée au comte de San-Estevan deGormaz^fils aîné du marquis de Villena. Exilé dans une riche commanderie de Tordre de Saint-Jacques, dont il était grand chancelier, ayant pour cela quitté la Toison-d'Or par une avarice qui lui fit grand tort dans le monde, il intrigua tant qu'il obtint de servir la campagne suivante, à condition de n'approcher point de Madrid ni de la cour. L'altesse donnée à la princesse des Ursins et au duc de Vendôme, qui indigna toute l'Espagne, et qui en outra tous les grands, fut plus sensible au comte d'Aguilar qu'à pas un, parce que, servant dans son armée, il ne pouvait éviter de lui donner cet étrange traitement qui Jamais n'a appartenu qu'aux in&nts et au bÀtard don Juan d'Autriche, qui l'usurpa dans les troubles qu'il excita pendant la minorité de Charles II, et à l'aide du parti qui l'éleva Jusqu'à arracher le gouvernement d'entre les mains de la reine-mère régente. Pendant cette campagne de 4744, le duc de Vendôme mourut fort brusquement et fort solitairement à Vignaroz, au bord de la mer, comme on l'a vu en son lieu, et cru empoisonné sans aucun doute. Aguilar eut le malheur d'en être fort publiquement accusé, et fut renvoyé dans sa commanderie pour n'en plus sortir. Quoique la mort du duc de Vendôme eût été reçue avec une joie marquée par tout ce qui était distingué en Espagne en dignité ou en naissance, par l'extrême dépit de ce traitement d'altesse, Aguilar, craint et haï de grands et de petits, ne trouva point de protecteurs, de sorte qu'il se passa bien des années sans sortir de sa commanderie. Vers 4720,

il obtint permission de venir faire un tour court à Madrid, sous prétexte d'affaires et de santé, à condition de ne se présenter pas devant leurs majestés catholiques. Dans le peu qu'il y séjourna, il se jeta à la tète du parti italien , dont je parierai bientôt, et il lui fut permis après de venir à Madrid, pendant l'absence de la cour, qui était à Lerma, puis d'y faire quelque petit séjour, mais en s'y montrant sobrement, et à la fin de se présenter une fois devant leurs majestés catholiques au palais.

C'était un très-méchant homme sur qui personne ne pouvait compter, mais si plein d'esprit, de nerf, d'ambition etde ressources qu il n'était pas à mépriser. Ainsi, par ces raisons, je fus conseillé d'envoyer lui faire compliment par un gentilhomme comme à un seigneur que j'avais vu à notre cour autrefois. Dès le lendemain, il m'en envoya un me remercier et s'excuser sur son indisposition de n'être pas encore venu me rendre ses devoirs, dont il s'acquitterait incessamment. £n effet, il me vint voir deux jours après, et me trouva. Je la lui rendis promptement, et le trouvai seul. Tout se passa en compliments et en discours de philosophe de sa part, de retraite, etc. Je n'en voulais pas davantage; il s'en retourna tôt après à sa commanderie sans avoir réitéré nos visites. Je découvris sans peine un homme piqué, frétillant, désolé de son exil, abattu de santé, et cachant ce qui s'en montrait, malgré lui, sous des propos de la satisfaction qui se trouve dans le repos et dans la jouissance de soi-même. Son exil s'est adouci depuis, mais la disgrâce a duré jusqu'à sa mort, qui n'est arrivée que plusieurs années depuis mon retour.

Le duc de Noailles et lui ont toujours été en commerce de lettres, et le roi et la reine d'Espagne le savaient et le trouvaient très-mauvais ; et toutefois les

iH MÊMOiaES

laissaient faire avec une sorte de mépris pour tous les deux. Le comte d'Aguiiar était gendre du septième duc de Monteléon Pignatelli, qui, peu après l'arrivée de Philippe y en Espagne, s'était retiré à Naples, où ii avait pris le parti de la maison d'Autriche, à laquelle il était demeuré attaché le reste de sa vie.

La maison de MaUrique de Lara ne cède à aucune autre en Espagne en ancienneté et en grandeur d'origine, en alliances, possessions, en dignités et en emplois ; elle descend de mâle en mÀle des comtes souverains de Gastille , qui sortaient de même des rois des Asturies et de Galice. Ils ont donné des reines à la Navarre, à Léon et à la Gastille, et ils en ont épousé des filles. Ils ont été vicomtes de Narboune, de la branche desquels est sortie celle de ces derniers comtes d'Aguiiar; ennnils sont Immédiatement alliés de tout temps aux plus grands et aux plus puissants de tous les ricoshombres du Portugal et de tous les royaumes particuliers qui composent aujourd'hui celui des Espagnes, dont le détail ferait un volume.

Altamira, Ossorio y Moscoso. Boderic de Moscoso, seigneur d'Altamire, perdit son fils unique tout jeune, et eut deux filles. Agnès, Tainée, époUsa Vasco Lopez d'Ôlloa, dont un fils créé par Jean II, roi de Gastille, comte d'Altamire, qui eut un fils mort Jeune, à qui succéda la sœur cadette de sa mère Urraque de Moscoso, femme de Pierre Alvarez Ossorio, fils puîné du premier comte de Trastamare, et frère du premier marquis d'Astorga. G'est de ce mariage que descend de mâle en mâle le comte d'Altamire que j'ai vu en Espagne; il en est le neuvième comte, et cette grandesse, érigée pour son tri* saïeul paterne] de mâle en mâle, est de vers 1610. Son père mourut en 1698 à Rome, ambassadeur de Gharles II, après avoir été vice-roi de Naplesj et sa mère

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fille du sixième duc de Segorbe et de Cardonne, de (a maison Foleh, était de mon temps, et longuement depuis, eamarera major de la reine avec une très-grande considération.

Ce comté d'Altamire son fils était fort jeune, et néan^ moins fort considéré, lorsque j'étais en Espagne. Il était bien fait^ appliqué, peu répandu, de Tesprit, de la eonduite, fort grave, fort dévot, fort mesuré, fort es<» pagnol, et regrettant toutes les étiquettes, fort homme d*bonneur, l'air d'un grand seigneur^ mais un air un peti eaibaf rassé et très*réservé, et une politesse qui semblait vouloir bien faire à travers la erainte d'en trop faire. Il fut sommelier du corps du roi Louis, après Fabdication de Philippe Y, son favori, dans ce court règue, au point qu'il aurait tout gouverné. Il avait déjà rétabli toates les étiquettes espiagnoles et aboli tout ce qui n'é* tait pas de» manières et des ctu tûmes antiques. Ou pouvait dire de lui que c'était un jeune seigneur qui n'avait point vieilli depuis le temps de Philippe II. Il fut ^ommé chevalier du Saint-Esprit avant l'âge, et mourut bientôt après sans l'avoir encore reçu et sans avoir été marié. On commençait déjà de mon temps à le compter beaucoup ) il savait et s'appliquait fort à la lecture, et je ne sais qui aurait pu l'apprivoiser.

Akawda, RoccafUlL Cette! terre et* Aragon à été possédée premdèremeht en comté par Lope Xîtnenez da Urrea, et passa pdr sa fille dans ta maison d'Hefeâfd^ dont le cinquième comte d'Aranda fut fèlit gtatiô d'B^-^ pagne vers 1590. Cette grandei^se est enfin iorhbée pdr des héritières en -1696 à l'héritière Henriette-Framçoise d'Heredia et Urrest qtiî fa porta en mariage à Guillaume de Roccafdll , et Rocaberti, conite d'Afbà terre. Messieurs de Roqttefeuille qui sont Français, et en France, et ont

eu un grand maître de Malte, prétendent être de même maison que les RoccafuU d'Espagne.

Los Aecos, Figuerroay Laso de la Vega, Philippe III Térigea en comté pour Pierre, quatrième fils de Gomez Suares de Figuerroa et d'ËIvire Laso de la Vega, lequel Pierre avait épousé Blanelie de Sotomayor, dame de ios Arcos : c'est le troisième comfe d'Arcos, sorti de mâle en mAle du premier qui fut fait grand d'Espagne, en 4697, par Charles H, et c'est son fils que j'ai vu, mais assez peu en Espagne.

Atabbz, ViUalpando, de Philippe Y.

Bànos, Moneade. Gonsalve, marquis de Landrada, second fils de Jean, cinquième duc de Medina-Gœli^ et frère du sixième des bâtards de Foix, eut un fils aine marié à l'héritière de Leyva et de Banos. Il en devint veuf, fut vice-roi du Mexique, et se fit carme en -1676. Son fils atné, comte de Baiios et marquis de Landrada, grand écuyer de Charles II, fut fait par lui grand d'Espagne en novembre 4692. Il ne laissa qu'une fille qui apporta cette grandesse en mariage à Emmanuel de Moncade, comte de Banos par elle, frère du marquis d'Ayétone, duquel j'ai parlé au titre d'Ayétone. Il avait servi avec distinction, et avait perdu une jambe, mais par accident. Il n'avait qu'une fille non plus que son frère.

Benavbntb, PimenteL Cette maison est des plus grandes et des plus illustres de Portugal. J. -Alphonse Pimentel avait épousé Jeanne Tellez de Menesez qui lui avait apporté la ville et terre de Bergança, laquelle était fille du comte de Barcellos, et sœur d'Éléonore, femme de Ferdinand, roi de Portugal. Ce Pimentel passa de Portugal en Castille avec l'infante Béatrix» femme de Jean, premier roi de Castille. Henri III, roi de Castille, lui échangea Bergauça pour Benavente en Léoo,

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et l'érigea en c<mité en récompense de ses services, entre antres d'avoir défendu Bergança jusqu'à la dernière extrémité contre le roi Jean de Portugal. Cet échange et érection est de ^598, et c'est le titre de la grandesse qui est toujours depuis demeurée dans sa postérité masculine.

J'ai fort parlé du douzième comte de Benavente à l'occasion des seigneurs principaux qui étaient lors do. testament de Charles II et de l'avènement de Philippe Y à la couronne d'Espagne. Celui-ci, qui était sommelier du corps de Charles II, et qui le demeura de Philippe Y, fut de la jante de la régence par le testament, et dans la suite fut un des cinq premiers espagnols à qui Louis XIY envoya le collier du Saint-Esprit. Il était gendre du comte d'Onate Guevara^ et mourut fort vieux et fort considéré, et dans sa charge. Je n'ai point vu son âls qui avait épousé une sœur du duc de Gandle Borgia. Il passait sa vie reclus dans ses terres dans une extrême dévotion, affolé des jésuites dont cinq ou six l'y assiégeaient toujours. Il y tenait sa fenune et ses enfants auxquels il ne donnait rien, ne voulait voir personne, et désolait sa famille et toute sa parenté, qui, avec tous leurs efforts, n'avaient pu le tirer de cette obscurité ni le persuader de marier pas un de ses enfants, quoique fort riche. Ce qui est étrange, c'est qu'ils disaient tous qu'il avait de Tesprit et du savoir, et pestaient tous contre les jésuites qu'ils prétendaient l'avoir ensorcelé; ses sœurs étaient les duchesses de Médina- Sidonia et d'Hijar.

Castbillo, Crespi.

Kgmoint, Pignatelli. Egmont est en Hollande, d'où une des plus grandes et des plus illustres maisons des Pays-Bas a tiré son origine et son nofn de cette seigneurie. La souveraineté de Gueldre et de quelques autres

pays a été ao assez eonrt espace de temps daiis naé branche de cette maison qui s*éteignit après l'avdfr glA due. Ses autres branches s'attachèrent à la lUifUI d'Antriche, et eurent de grands emplois, dègrandsr ftilf neurs, de grands biens, mais deshonnetlrs par i^K^ gnités. Je n'ai pu démêler si leur grandesse est dé€f0^^ les y, comme il est assez apparent, ou de Philip^^l|. .La dernière branche de cette maison s'éteignit 4stk% personne du dernier comte d'Egmont, en ^707, qlri$S l'avènement de Philippe V à la couronne d'Espit^M. suivit le sort des Pays-Bas, qui se soumirent à ee ibM veau monàfque. Il servit en France et en Espagneftift beaucoup dé vaîedr et de distinction, il était lieuteifaiit général et chevalier de la Toison-d'Or. Il avait éptt)k en ^697, à Paris, ixlademoiselle de Cosnac, nièce pàÊSt nelle du célèbre archevêque d'Aix, commandeiir'4l Saint-Esprit, et parente fort proche de la duehesftiifl^ Bracciano, si connue depuis sous le nom de pritMriHl des Ursins, qui fit ce mariage, et qui logeait maâëHMlP selle de Cosnac chez elle^ à Paris, où elle était alors, m pèreide^ce dernier comte d'Ëgmont mourut à CâgW) ^^»4682, vice-roi de Sardaigne, il était arrière-pcfît-llh du comte d'Ëgmont à qui le duc d'Albe fit coupei'tt tête, et au comte d*Horn, à Bruxelles, S mai |568. IM la mort du dernier comte d'Ëgmont sans enfants, de Marie-Angélique de Cosnac, à Fraga, en Catalogne, 45 septembre 4 707, dans l'armée d'Espagne, sa succession et sa grandesse vinrent à l'aînée de ses sœurs mariée à Nicolas Pignatelli, duc de Bisaccia au royaume de Naples,et à leur postérité. Ce dernier comted'Ëgmont mourut àtrente-hnit ans, et sa veuve à quarante-trois, à Paris, en nn, et cette grande maison d'Ëgmont fut éteinte. Nicolas Pignatelli, quatrième duc de Bisaccia, épousa en 4695 la sœur aînée du dernier comte d'Ëgmont, ^ai

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en devint en n07 l'héritière. Lui et le prince de Cellamare, dont il a été tant parlé ici, étaient amis intimes et enfants du frère et de la sœur, et le père de ce duc de Bisaccia et le pape Innocent XII étaient enfants des issus de germains. Nicolas, duc de Bisaccia, mari de Théritière d'Egmont, s'attacha au service de Philippe V, et s'y distingua fort. II fut pris dans Gaête, combattant aux côtés du marquis de Yillena, et conduit avec lui dans tes prisons de Pizzighitoue. Il perdit sa femme en \7\Âj et vint s'établir à Paris, où il maria son fils unique à la seconde tille du feu duc de Duras, fils et frère aîné des deux maréchaux ducs de Duras, qui a pris le nom et les armes de sa mère, avec ses biens et sa grandesse. Sa sœur a épousé le duc d'Aremberg, grand bailli et gouverneur de Mons et du Hainaut pour l'empereur. Ce comte d'Ëgmont, après la mort à Paris du duc de Bisaccia, son père, fit un voyage à Naples, où il mourut, laissant deux fils, dont Talné, comte d'Ëgmont, et grand d'Espagne, a épousé la fille unique du duc de Yillars, fils unique du maréchal, duc dé Yillars, dont il n'a point d*enfants. 11 a un frère : tous deux dans ie service du roi; leur branche est la cadette de toute la maison Pignatelli.

San-Estevan de Gobmaz, Acuna y Pacheco, fils aine du marquis deVillena, dans l'article duquel on trouve tout ce qui regarde ce fils, fort distingué par sa valeur et ses actions, et par sa probité, peu par ses talents, d'esprit assez court et courtisan timide. Je l'ai fort vu et pratiqué en Espagne.

San-Estevan del Puebto, Benavidez, On a vu cidevant, à l'article de Santa-Cruz, quelle est la maison de Benavidez, et de quelle de ses branches sont issus les comtes de San-Èstevan del Puerto, enfin l'origiue du nom de San-Estevan del Puerto. Je me contenterai

donc de dire que le neuvième comte de San-Estevan de! Puerto, frère de l'épouse du marquis de Villena, due d'Escalone, fut un homme de beaucoup d'esprit, de traits plaisants et en même temps de capacité. Il fut capitaine général du royaume de Grenade en 1672, et ta 1678 vice-roi de Sicile, où il éteignit et punit à Messine les restes de la révolte passée; vice* roi de Naple«r', en 4687, qu'il quitta au duc de Medina-Cœli, en 1696, et en arrivant à Madrid il fut fait grand d'Espagne par Charles II, conseiller d'état et grand écuyer de la reine palatine. Il se conduisit si bien à la mort de Charles II, et à Tarrivée de Philippe Y en Espagne, qu'il fut majordome major de la reine sa première femme. Il mourut fort vieux et fort considéré, sans enfants. Son frère, appelé à sa grandesse, quitta force bénéfices, lui succéda, se maria, et eut un fils qui est le comte San-Estevan del Puerto, qu'on a vu premier ambassadeur plénipotentiaire d'Espagne au congrès de Cambrai, gouverneur et premier ministre de Tinfant don Carlos en Toscane, enfin chevalier du Saint-Esprit, et grand écuyer du prince des Asturies. Je n'ai point vu son père ni lui en Espagne.

FuENSÀLiDA, Velasco, terre en Castille. Henri IV, roi de Castille, la fit comté pour Pierre Lopez d'Ajala. Bernardin de Velasco y Roïas et Cardenas , fils de la sœur et héritière du sixième comte de Fuensalida Ajaln, mort sans enfants, lui succéda et quitta le nom de Colmenar qu'il portait, pour prendre celui de comte de Fuensalida. Son fils fut successivement vice-roi de Na« varre , de Sardaigne, de Galice, et gouverneur général de Milan. Il ne faut pas omettre qu'il avait un frère a!né,mort sans enfants, à qui il succéda. Charles II le fit grand d'Espagne vers 1670; c'est son petit-fils de mâle en mâle que j'ai vu à Madrid, mais peu.

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et j'en ai encore oui moins parler. C'était ud grand garçon, assez bien fait, de vingt-six ou vingt-sept ans. J*ai parlé de la maison de Yelasco, au titre des dacs de Frias, connétables de Gastille.

Lamonclavà , Bocanegra y Portocarrero. Louis Bocanegra y Portocarrero, fait comte de Paima, en 1607, épousa A^ une Teilez Giron , fille du comte d'Urena) en 1499 , et en secondes noces Éléonore Laso de la Vega, ûlle du seigneur de los Arcos. Du premier lit» il eut un fils qui continua les comtes de Pal ma , et une fille religieuse; du second lit, il eut Antoine, seigneur de Lamonelava, duquel est sortie cette branche. Son petitûlsfut fait comte de Lamonclava, et eut Melchior, second comte de Lamonclava, que Charles II fit grand d*£spagne vers 1693, et l'envoya gouverneur de la Nouvelle-Espagne. Il eut des fils d'une Urrea, fille du seigneur de Berbedel, qu'il avait épousée, qu'il emmena avec lui en Amérique où il mourut, et qui y sont restés, tellement que, lorsque j'étais eu Espagne, ils étaient encore aux Indes-Occidentales ; je ne sais si le comte de Lamonclava en est revenu depuis. Je remets à parler des maisons Bocanegra et Portocarrero à l'article de Palma.

lsM.os y Portugal y Castro. On a tâché d'expliquer les branches royales de Portugal , Oropesa , Lemos, Veragua, Gadavai, etc. , ainsi on n'en répétera rien. Lemos en Galice a passé dans plusieurs maisons par des héritières , et tomba par cette voie à Pierre Alvarez Ossorio, seigneur de Cabrera et Ribera , qui en fut bit comte en 1457 par Henri lY, roi de Gastille. Son fils mourut avant lui , qui ne laissa qu'un bâtard, lequel fut héritier de son grand-père. Ce bâi&rd , second comte de Lemos , ne laissa que deux filles; l'ainée hérita de Lemos et des biens de son père.

et Denis de Portugal , fils putné do troisième duc de Bmgance, n'eut pas honte à la mauresque de Tépouser. Aussi était-il lui-même de race bâtarde , quoique couronnée. C'est de lui que sont mascuiinement venus les comtes de Lemos , grands d'Espagtie , jusqu'à présent. J'ignore la date de cette grandesse qu'on peut vraisemblablement attribuer à Charles V.

C'est le onzième comte de LemoS que j*ai vu en Espagne; il avait été vice-roi de Sardaigbe, et capitaine général des galères de Napies sous Charles II, qui lui avait donné aussi la Toison-d'Or. OU peiit voir dans l'article de Tlnfantado ce qui est dit de sa conduite et de celle de la duchesse sa femme, sœur du duc de l'Infantado, à l'égard de Philippe Y. Ce comte de Lemos avait de l'esprit et se faisait craindre par la liberté de ses traits. D^ail leurs son extrême paresse et sa parfaite Incurie rempêchaient de faire usage de son esprit, et le tenaient renfermé à fumer sans cesse , chose fort extraordinaire pour un Espagnol : aussi n^était-il compte fiour lien. Sa femme Tétait et fort considérée; sa figure était agréable , et sentait extrêmement ce qu'elle ^tait. Elle avait de l'esprit, du seiis, de la politesse, de l'intrigue, aimait la conversation et le monde, et en voyait chez elle plus que les autres dames espagnoles. Je l'ai fort vue; souvent elle m'envoyait ce qu'on appelle un recao, qui n'est qu'un compliment par un gentilhomme, et savoir de mes nouvelles, et la coutume est d'y répondre par une tisite. Elle avait un beau palais à une extrémité de Madrid, qui donnait sur Ift eampagne, magnifiquement meublé. Sdn niari se tenait dans son appartement. On ne le voyait Jamais dans celui de 6h ftîriimé^ qui s'en passait très-bien, qudque en grande et Juste réputation de vertu. On fut surpris avec rarson qu'elle eût accepté d'être camafera

de mademoiselle de Beaujolais , destinée à l'infant don Carlos. On n'en pouvait choisir une plus agréable par elle-même ni plus capable de former une princesse. Aussi y rénssit-elle très-bien, et s'en fit fort aimer.

Mageda, Lanços, C'est une maison de Galice, ancienne, mais qui n'a rien d'illustre. Le comte de Màceda que j'ai vu à Madrid était un très-bon et très-hon^ nête bomme, fort simple, fort modeste, peu répandu et d*an esprit médiocre. Il n'était jamais sorti de chez lui lorsque la guerre mit en feu toutes les provinces d'Espagne. Sa fidélité pour Philippe V se distingua dans la sienne par les efforts de sa bourse, quoique peu riche, de son crédit et de ses soins. Il se présenta à tout avec valeur et jugement, secondé du comte de Taboada son fils , qui avait tout l'esprit, la valeur, le sens et l'activité possibles. La guerre finie , Philippe V, qui avait beaucoup ouï parler de leurs services, s'en souvint; il fut surpris de ne les point voir à Madrid ; il leur fit dire dW venir, et fort peu après, il fit le comte de Maceda grand d'Espagne, et tout le monde y applaudit, bans la suite , il fit la comtesse de Taboada dame du palais, qui avait aussi de l'esprit et du mérite , et ils étaient aimés et considérés à Madrid où ils se fixèrent, et Tétaient fort en Galice. Le comte de Taboada était borgne d'accident; il en plaisantait le premiei^; il était fort dans le monde, et désiré et estimé partout. Il était fort des tois des ducs de Veragua et de iJria, du prince deMasseran et de beaucoup d'autres. C'est un de ceux qui venaient le plus familièrement manger ou causer che:^ moi. Je n'ai point vu d'homme plus gai ni qui eût la repartie plus vive, plus fine, plus à la main. Ces troiii amis que je viens de nommer l'attaquaient sans cesse. C'était entre eux des escarmouches ravissantes. H était déjà lieutenant général , quoique jeune , et a toujours

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depuis continué à servir. Il a perdu son père depuis mon retour, et est devenu capitaine général avec beaucoup de réputation, de valeur et de talents pour la guerre, et d'homme d'Ixonneur et de probité. Il a pris le nom de eomte de Maceda, et a fait sa couverture depuis la mort de son père.

MiBÀfinA, Chaves» Cette terre, qui est sur le Duero, fût érigée en comté par Henri II, roi de Gastille , pour Pierre de Zuniga, second fils du premier comte de Ledesma. Après avoir passé en diverses maisons par des filles héritières, la dernière fut Anne, fille unique de Ferdinand de Zuniga, comte de Miranda et duc de Penaranda, qui porta l'un et Tautre avec beaucoup de grands biens en mariage à Jean de Ghaves, comte de la Calçada et de Casarubios, fils de Melchior de Ghaves, frère et héritier de Balthazar de Ghaves, comte de la Gaiçada et d'Isabelle-Joséphine Ghacon y Mendozza, comtesse de Casarubios, et mourut en 1696, et laissa des fils et des filles. Cette maison de Ghaves est ancienne et grandement alliée. Je ne vois point la date de la grandesse de Miranda, mais la date de celle du duché de Penaranda me persuade que l'autre est de même date ; car Miranda est certainement grandesse, et le Ghaves que j'ai vu à Madrid, qui les possédait toutes deux, s'appelait comte de Miranda, ce qu'il n'eût pas fait étant duc de Penaranda, qui est grandesse, si Miranda ne Tétait pas. Disons donc un mot de Penaranda, son érection en duché par Philippe III, pour Jean de Zuniga y Avellaneda y Cardenas , vice-roi de Catalogne , puis de Naples , enfin président des conseils d'état et de guerre. Il était fils puiné de François de Zuniga , quatrième comte de Miranda, et il avait épousé la fille de son frère aine, héritière de la maison de Miranda. Leur fils Diè^e lui succéda, et fut père de François, troisième duc de Pe-

naranda , auquel Philippe lY aecorâa la grandesse d« première classe en 4629 ; car ce n'est que depuis trèspeu d'années que tous les duchés sont peu à peu devenus grandesses , avant quoi ils ne donnai^t qu'une dénomination distinguée, mais sans rang et sans honneurs. L'année suivante il devint comte deMirandapar la mort de sa grand'mère susdite. Sa postérité masculine défaillit, et ses biens et ses deux grandesses furent portés dans la maison de Ghaves, comme il a été expliqué an commencement de cet article.

MoNTiJO , Acuna y Portocarrero. On peut voir au titre d'Ossone ce qui est dit de la maison d' Acuna et que les marquis de Yillena, ducs d'Ëscalone, en sont les aines. Pierre d' Acuna, second^fils du premier duc d'Escalone, marquis de Villena, et de Marie , héritière de Portocarrero , en ajouta le nom au sien, et fit cette branche qui souvent porta le nom seul de Portocarrero. Son fils fut seigneur de Montijo , et le fils de celui-là en fut fait comte par Charles II, en 1697. C'est le cinquième comte de Montijo que j'ai vu en Espagne. Il était fort jeune et fort bien fait , et avait déjà la Toison-d'Or. Son père avait été fait grand d'Espagne par Charles II, et avait laissé son fils enfant qui fut marié de fort bonne heure, servit dès qu'il le put dans la fin de la guerre, s*incommoda , et eut le bon sens de se retirer avec sa femme daus ses terres pour raccommoder ses affaires. Il y avait déjà longtemps qu'il vivait dans cette retraite, qui n'était pas fort loin de Lerma, lorsqu'il y parut au mariage du prince des Asturies. Il y fut très-bien reçu du roi et de la reine, qui avaient pris de la bonté pour lui. Cette retraite lui avait fait honneur, et il avait montré de la valeur à la guerre. Toute la cour marqua de la joie et de l'empressement de le voir. Il retourna chez lui de Lerma, et ne vint à Madrid que peu avant

m MËNOl&ES

moB dépari, où il fut très-biea reçu de font le moBde, et où je le vis asses. Il me parut avoir de l'esprit, instruit, sage, et beaucoup de politesse et d*envîe de faire. C'est lui qui longtemps depuis fut ambassadeur en Angleterre et à Frauefort , pour l'éleetion de l'empereur, électeur de Bavière. Il se plaignit fort de m<m absence à la Ferté dans ses courts passages à Paris. Il fut grand écuyer de la reine après Gellamare , et son mtfjordome major après Santa-Cruz , ce qui enfin lui a procuré l'ordre du Saint-Esprit.

Onatb, Vele:^ de Guevara. Terre en Biscaye, est possédée depuis plusieurs siècles par l'ancienne maison Velea de Gqevara , illustre par ses possessions, ses alliances et ses emplois. Senri IV, roi de CasUlle, fit en ^1469 Inigo Vêlez de (juevara comte d'Onate, dans la postérité masculine duquel elle s'est toujours conservée de père en fils ou deux seules fois par des héritières qui ont épousé de leurd parents du même nom , armes et maisons qu'elles. Le huitième comte d'Onate, dont la grand'mère était Tassis ou Taxis, succéda à l'utile charge héréditaire de grand maître des postes d'Espagne et au comté de Villamediana à Jean de Tassis, second comte de Yillamediana, neveu de sa grand^mère, qui fût tué d'un coup de pistolet, 21 août 1622, à Madrid, étant dans son carrosse avec don Louis de Haro; et on prétendit alors que Philippe IV l'avait soupçonné d'ètf« amoureux de la relue son épouse, Elisabeth de France, et avait fait faire le coup. Ce comte de Villamediana n'avait point d'enfants , et ce huitième comte d'Onate trapsmit ses biens et sa charge à sa postérité, laquelle, je crois , a eu le même sort que les charges héréditaires de connétable et d'amirante de Castilie, suj^rimées par Philippe V, et que celle de grand mattre des postes , dont le profit était grand et les fonctions importantes

DE SAINIV^OION. t49

et peu couveQa))les è^ une svicçession héré4Uairi^9 aur) ehaDgé de fofme; pais c'est de quoi je ne me sjsA^ pa| avisé à^ m^informer. C'est le onzième comte d'Ofialf que j'ai vu fort peu à Madrid, où il vivi^it fort retiré, où peuf-être Tavait jeté la disgrâce d^son puissant beai)f père , le hi|itième duc de MedinaCoBli^ n)ort en prisoi) eu 1711, à Foutarabie, comme ou le pent Toir à Tar^r ticle 4e l^edina-Cœli.

Quant à la date delà grapdes^e, il paraît qu'elle e^% la même que l'érection en comté, c'est-à-dire quelpigfl Vêlez de Guevarft| prçi^ier courte d'Oni^te en 4469, devint en même temps ricç-komprc,^ et que 4e cette dii gnité l^s comtes d'Onate passèrent sous Charlea Y |t celle de grands 4'£^pagne, ayant toiyoura été gfandi d'Espagne depuis.

Obopesa, Portugal y Toledo. J'ai expliqué, ce qie

sçp[)ble, les bvapches royales de Portugal, Oropesn,

Lemos, Ver^gua, Cadaval, etc., en sorte que Je n'ai

plus rien à y ajouter ici. J'^i ^t même exposé, Ipri^ 4^

ravénementde Philippe Y à la cpuronne d'Espagne, pf)

qui regardait le personnel du comte d'Oropesa d'alors,

président du conseil de Castille, sous Charles II, exilé

par lui, rappelé tout à la fip de la vie de ce roi, e^çilé de.

nouveau peu après l'arrivée de Philippe Y en Espagne,

et mort dans cet exil. Pepuis mon retour son fils revitit

à Madrid, y épousa une fille du comte de San-Eateyaa,

de Gormaz, et fut après chevalier de la Toison-d'Or,

enmèai^ promotion avec son bei|u-père.

PiOJiA, Bocanegra y Poriocarrero. Alphonse XI, roi de Castille, donna cette terre en 4542 à Gilles Bocanegra, qui s'était mis à son service, et était pour lui gé^ néral de la mer. Son frère était duc de la république de Gènes» Gilles avait épousé Marie de Fiesque. Leur troi* sième petit-fils, quatrième seigneur de Palma, épousa

16t MÉMOIRES

Françoifle PortocarrerOy et ses descendants s'honorèrent tellement de cette alliance qu'ils quittèrent leur nom de Boeanegra, et ne prirent plus que le nom de Portocarrero. Louis, arrière-petit-fils du Bocanegra et de la Portocarrero, et huitième seigneur de Palma, en fut fait comte par la reine Jeanne, mère de Charles Y, en 4507; et son petit-fils, troisième comte de Palma, fut fait marquis d'Âlmenara, en 4625, par Philippe IV. Le fils de ce troisième comte de Palma, et premier marquis d'Almenara, mourut avant son père, et laissa deux fils dont le cadet fut le fameux cardinal Portocarrero, promu par Clément IX, en 4669, depuis archevêque do Tolède, dont il a été tant parlé ici, à l'occasion du testament de Charles II, de l'arrivée de Philippe V en Espagne, et plusieurs fois depuis. Son frère atné Louis* Antoine-Thomas Bocanegra y Portocarrero, cinquième comte de Palma, fut rétabli, en 4679, par Charles n, dans le rang et honneurs de grand d'Espagne, dont ses pères, ricos'hombres avant Charles Y, avalent été laissés par cet empereur et roi d'Espagne dans l'état commun de ceux qu'il avait comme dégradés, en abolissant cette dignité pour établir en sa place celle de grands d'Espagne, où il n'avait point admis le comte de Palma, ni ses successeurs jusqu'à Charles II. Ce premier grand d'Espagne, comte de Palma, eut un fils qui fat persécuté par la princesse des Ursins, sous Philippe Y, par haine pour sa femme, qui avait beaucoup d'esprit, qui voyait beaucoup de monde à Madrid, y était extrêmement considérée, et y tenait une manière de tribunal où tout était apprécié, et où on ne pardonnait pas à la princesse des Ursins sa conduite fort étrange à l'égard du cardinal Portocarrero, dont on a parlé ici plus d'une fois. A la fin même le comte et la comtesse de Palma forent exilés; c'est leur fils qui leur avait succédé du temps

DE SAINT-SIMOK. 169

qae j'étais en Espagne, mais que je n'y ai point vu, qui vivait mécontent et fort retiré, qui venait fort rarement à Madrid, et qui ne se présentait point au palais.

Parg£n, Sarcenio,

Pabsdks, dit Tolède y la Cerda, en Castilie, appartenante Boderic Manrique qu'Henri lY en fit comte et grand de Castilie en ^452. De cette maison de Manrique de Lara elle passa en plusieurs autres par des filles héritières, puis à un cadet de la maison de Gonzague, dont l'iiéritiére épousa Thomas des bâtards de Foix, marquis de ia Laguna en 4 675. Il était firère du huitième duc de Medina-Ckeli, et oncle du dernier duc de Medina- Cœll, mort prisonnier à Fontarabie, dernier duc de Medina*Cœli des bâtards de Foix. Le marquis de la Laguna, devenu ainsi par sa femme comte deParedes, fut capitaine général de la mer, vice-roi de la Nouvelle- Espagne, enfin majordome major de la palatine, seconde femme de Charles II, qui eu même temps le fit grand de la troisième classe, et seulement pour sa personne en 4689 ; il mourut en 4692. Fort peu après, Charles II accorda la grandesse à sa veuve pour elle et pour ses héritiers à toujours, en considération de ce que les comtes de Paredes avaient été grands de Castilie jusqu'à Charles Y, c'est-à-dire rlcos-hombres^ et n'avaient pas été compris parmi ceux qui de ce rang passèrent, sous Charles Y, à celui de grands d'Espagne, et demeurèrent dégradés. Cette même dame fut, en 4694, camarera major de la reine, mère de Charles II, jusqu'à la mort de cette princesse, qui arriva en 4696. Elle laissa un fils né au Mexique en 4685, que j'ai vu à Madrid.

Pen£Rànda, Velasco, Terre qu'il ne faut pas confondre avec une autre du même nom qui est duché, dont il a été parlé en l'article deMiranda. Celle-ci fut érigée en comté par Philippe III pour Alphonse de Braca- XXXVI. to

170 HÊMOIRES

monte, gouverneur de 1 infant Charles son fils. Balthazar-Emmanuei, fils aîné d'Alphonse de Bracamon te, second comte de Peneranda, n'eut que deux filles. L'aînée porta le comté de Peneranda en mariage à Gaspard de Bracamonte, frère de son père, qui fut conseiller d'état, président des conseils des ordres, des Indes et d'Italie, vice-roi deNaples, ensuite ambassadeur plénipotentiaire d'Espagne à la paix de Munster; enfin, à la mort de Philippe IV, un des gouverneurs de la monarchie. Il mourut à Madrid en ^676. Son fils mourut tout à la fin de 4 689 sans enfants.

Son héritière fut Antoinette de Bracamonte, seconde fille de Balthasar-Emmanuel, second comte de Peneranda, dont la sœur aînée Tavait porté en mariage au frère de leur père. Cette Antoinette avait épousé Pierre- Fernandez de Yelasco, second marquis del Fresno, qui fut ambassadeur d'Espagne en Angleterre et conseiller d'état. Son père, né sourd et muet, avait appris à se faire entendre, à lire, écrire, etc., avec le prioce de Carignan, en 4658, a Madrid, par l'industrie d'un Espagnol, nommé Emmanuel Ramire$ de Carrion. Ce second marquis del Fresno, devenu comte de Peneranda par sa femme, obtint de Charles II la grandesse à vie de troisième classe, puis de l'étendre à la vie de son fils, qui l'a enfin obtenue perpétuelle de Philippe Y. On a parlé sous le titre de Frias de la maison de Yelasco. Ce comte de Peneranda était à Madrid de mon temps.

Priego, Cordoue. J'ai fort connu et pratiqué à Madrid le comte de Priego, qui était ami intime du duc de Bejar, avec lequel j'ai eu en tiers plusieurs bpnnes et sages conversations et quelquefois assez instructives. Le comte de Priego était un petit homme noir, rougeaud, ventru, des yeuic pétillants d'esprit et de feu, et

DE SAINT-SIMON. Hi

qui ne trompaient pas ; aussi avant dans le grand monde qu'un seigneur espagnol pouvait y être, et qui se fit faire grand d'Espagne fort plaisamment.

Ayant avisé que la princesse des Ursins avait fait venir d'Italie à Madrid le fils de sa défunte sœur de Lanti, qu'elle avait fort aimée, qu'il était pauvre et qu'elle cherchait à le marier richement, il lui fit accroire que sa fille unique serait un fort grand parti. Il sut si bien conduire que tous les examens qu'elle en fit faire l'en persuadèrent si bien qu'elle pensa tout de bon au mariage, et le lui fit proposer. Prîego, en habile homme, 8e fit prier et si bien qu'il déclara qu'il voulait une condition sans laquelle il ne le ferait point et avec laquelle il concluerait de tout son cœur; que cette condition était au pouvoir de la princesse des Ursins et à l'avantage de son neveu ; qu'en un mot il voulait être grand d'Espagne. Madame des Ursins, surprise de la sécheresse avec laquelle cette proposition se faisait, fit la froide, se montra étonnée que quelqu'un prétendit lui faire la loi. Priego n'en fut pas la dupe et laissa tomber la chose. Madame des Ursins le voyant si résolu ne voulut pourtant pas manquer une si bonne affaire, lui fit reparler et proposer de faire donner la grandesse à son neveu en épousant sa fille. Priego répondit qu'on se n)oquait de lui, qu'il savait bien que madame des Ursins ne manquerait pas tôt ou tard de procurer la grandesse à son neveu ; que peu lui importait à lui qui, avec ses grands biens, ne serait pas embarrassé de trouver un grand d'Espagne ou un fils afné de grand pour sa fille, mais que la voulant bien donner à un homme aussi peu riche qu'était Lanti, parce qu'il était neveu de la princesse des Ursins qui le désirait, et par respect et par attachement pour elle, c'était bien le moins qu'il en proillàt et qu'il eût la grandesse qui» aptes lui qui était

t72 MÉMOIRES \

déjà vieux, et il te paraissait bien plus qu'il ne Tétait) passerait à sa fille et à son gendre. Madame desUrsins, qui vit bien qu'il n'en démordrait pas, essaya de le résoudre à faire le mariage en lui promettant qu'elle prendrait après son temps pour lui faire obtenir ce qu'il désirait. Mais Priego sentit bien que s'il mariait sa tî lie sur ces belles promesses on se moquerait de lui après, que madame desUrsins ferait faire Lanti grand d'Èspagoe, et s'excuserait sur ce qu'elle n'avait pu obtenir qu'il le fût. Il renvoya donc la proposition bien loin, fit dire net à madame des Ursitis que, pouvant tout ce qu'elle voulait; il ne comprenait point tant de difficultés, qu'en un mot, l'affaire était à prendre ou à laisser, et qu'elle pouvait compter que le mariage ne se ferait point qu'il ne fût grand d'Espagne, qu*il n'en eût toutes les expéditions, et que déplus il n'eût fait sa couverture. Il y tint ferme, fut fait grand d'Espagne, eut toutes ses expéditions, fit sa couverture, après quoi le mariage suivit immédiatement. Il logea chez lui son gendre, et sa fille fut dame du palais. Mais madame des Ursins et son neveu ne furent pas longtemps sans s'apercevoir que ce grand parti était et serait en effet des plus médiocres, et que Priego lesavait joués pour être fait grand d'Espagne. Ils furent enragés de la duperie, mais Ils firent en gens sages : l'affaire était faite; le gendre, qui était doux et lionnéte iiomme, n'en vécut pas moins bien avec sa femme et son beau-père ; pour madame des Ursins, elle eut toujours une dent contre lui, elle la cachait, mais on s'apercevait aisément qu'elle ne pouvait lui pardonner de l'avoir attrapée : on ne convenait pas trop eu Espagne que ce comte de Priego fût de la maison de Gordoue.

Tous les matins, en se levant, en toute saison, on lui versait doucement une aiguière d'eau à la glace sur la

DE 5AIINT-S1M0K. 17$

tête, dont il ne tombait pas une goutte à terre. Sa tête la consumait toute à mesure. Il prétendait que cela lui faisait le plus grand bien du monde. L'abbé Testu, Tami de madame de Maintenon et de tant de gens considérables de la cour et de la ville, avec qui il a passé sa longue vie, et dont il a été parlé ici plus d'une fois, avait la même pratique, et il n'en tombait pas non plus une goutte à terre, mais c'était de l'eau naturelle, ni cbauffée, ni à la glace, en aucune saison. Depuis mon départ, Lanti perdit sa femme, longtemps avant son beau-père, et n'en avait qu'une fille, en sorte qu'il ne pouvait plus être grand, parce que la grandesse pas« sait par-dessus lui du grand-père à la petite-fille immédiatement. Il fut du temps en cet état ; à la fin il obtint de Philippe Y une grandesse personnelle de troisième classe, et prit alors le nom de duc de Santo Gemini. Il perdit depuls^son beau-père et maria sa fille au second fils de la duchesse d'Havrech, sa sœur, qui par là fut grand d'Espagne et comte de Priego, et qui alla s'y établir.

Salvatierbâ, Sarmienio y Sotomayor.

Tessé, Froubify Français, à Paris. Le maréchal de Tessé, premier écuyer de madame la duchesse de Bourgogne, qui se piqua de l'aimer pour avoir fait la paix de Turin et traité son mariage. Elle lui procura la grandesse à bon marché, en 1704, lorsqu'il maria son fils si richement à la fille unique de Bouchu, conseiller d'état; il fit accroire au roi que, contre tout usage, le roi d'Espague lui avait permis de suivre l'usage de France et de se démettre, comme font les ducs, depuis le dernier connétable de Montmorency qui se démit le premier, et au roi d'Espagne que le roi l'avait voulu ainsi. La tromperie fut découverte, mais la belle-fille avait eu le tabouret et le garda.

ViscoNTi, idem. Génois. Ainsi, il y a deux Visconti, grands d'Espagne, l'un avec le titre de marquis, l'autre de comte.

Pehalaba, Rocaberti.

On verra par la liste suivante tous les grands d'Espagne et de quelle maison ils sont, existant aujourd'hui, d'un seul coup d'œil, eu même ordre qu'en détail ci-devant.

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