‹ Mémoires complets et authentiques sur le siècle de Louis XIV et la RégenceChapitre 38 sur 61 · XXXVI · texte numérisé non relu

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U6 HÊMOItlES

caione, grands d'Espagne par Tuo et par l'autre, ont préféré porter le noih de marquis de Y illena, parce que, étant le premier marquisfit de Castille, cett0 primauté, quoique sans rang et sans effet comme primauté, les a flattés, et comme on Ta remarqué ailleurs, leur a 4pnné occasion d*usurper la singularité de signer El Marquez tout court, sans y rien ajouter. N^ pouvant donc traiter séparémentdeuxtitresqui ont toujours été assemblés sur les mêmes têtes de ces atnés de la maison d'Acuna, j'ai préférédelefaire sous celui qu'ilsportentpréférablement, quplqu'ils soient souvent désignés aussi par Poutre.

On a vu à Tarticle d*Ossone quels étaient les dsMX frères Jean et Pierre d*Âcuna, et d'où sortis ; que Jean, aîné de la maison entière, fit la branche de Yillena, çt Pierre celle d'Ossone, et les raisons qui engagèrent ces deux frères et leur postérité à joindre au nom d'Acuna, l'ainé celui de Pacheco, le cadet celui de Giron. Ce J. d'Acuna y Pacheco, maître de Tordre de Saint-Jacques, fut favori d'Henri IV, roi de Castille,quiluidann9 la terre de Yillena qu'il érigea pour lui en marquisat, et peu après, en 1469, érigea en sa faveur Escalone ea duché, à huit lieues de Tolède. En 1480 les rois catholiques, mécontents de ce que son fils, second marquis de Yillena, et second duc d'Escalone, avait penché pour le roi de Portugal et Jeanne de Castille, pour la succession à cette couronne, lui ôtèrent Yillena, le réunirent à leur couronne où il est toujours depuis demeuré réuni. Néanmoins les ducs d*Ëscalone, ses descendants, n'y ont jamais renoncé, et pour marque de leur prétention affectent, et on le souffre, de joindre un titre dopt ils n'ont plus la terre à celui dont Ils l'ont.

Le marquis de Yillena, duc d'Ëscalone, que j'ai va en Espagne, était majordome major du roi, et le sei« gneur d'Espagne le plus considéré, le plus respecté et

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le plus digoe de Tétre. Il avait alors soixante- quatorze ans, et une fort bonne santé. 11 avait été viee-roi et capitaine général de Catalogne, de Navarre, d'Aragon, de Sicile, enfin de Naples, où il reçut Philippe V, étant le huitième marquis de Yillena, duc d'Ëscalone, et le cinquième ayant la Toison-d'Or. J'ai parié de lui sur la bataille du Ter, où il fut battu, et sur la belle défense qu'il fit dans le royaume de Naples, où,|àbout de moyens, il soutint le siège de Gaête si longtemps, et y fut pris enûa barricadé dans les rues, les armes à la main, in* dignement traité et mis aux fers par les impériaux, irrités des obstacles et des retardements qu'il avait mis à leur conquête, parmi la révolte et le manquement de troupes et de toutes choses, et longtemps enfermé par eux à Pizaighitone, en sorte qu'il avait les jambes tout arquées desesfers^ et marchait assez mal. J'ai parlé de sa délivraneepar la belle action de son fils aine, qui la procura devant Brighuela, à Foccasion de la prise decette place, et de la bataille de même nom, que les Espagnols gagnèrent; ainsi Je n'en répéterai rien. Enfin j'en ai parlé à Toccasion des coups de bâton qu'il donna en présence de la reine et du roi, fort malade dans son Ht, au cardinal Albéroni, en sorte qu'il n'y a rien & en ré» péter ici. Je me suis fait conter le dernier par lui, tel que je l'ai écrit, et il m'en instruisit fort en détail aveo modestie, mais avec complaisance. Avee beaucoup de dignité, de gravité, les manières hautes, nobles, civiles, mais avec poids, mesure et diseernement; l'air simple, mais toutefois très-imposant ; la taille médiocre, maigre, un visage majestueux. Tout sentait et montrait en lui un très-grand seigneur, malgré sa modestie et sa simplicité, et un seigneur devant lequel on voyait tous les plus grands se ranger, lui faire place, lui céder sans qu'on en fût surpris, môme sans le eonnattre; tout cela avee

un médiocre esprit, aucun crédit et beaucoup de fonctions de sa charge retranchées. Il n'était pas riche, avait une médiocre maison, mais une belle bibliothèijfue. Il savait beaucoup, et il était de sa vie en commerce avee la plupart de tous les savants des divers pays de l'Europe. Il avait établi une académie pour la langue espa* gnole sur le modèle de notre académie française, dont il était le chef, qui s'assemblait toutes les semaines, et qui dans les occasions complimentait le roi comme les autres corps, comme fait la nôtre. C'était un homme bon, doux, honnête, sensé, je le répète encore, simple et modeste en tout, pieux, solidement et sans superstition, en homme bien instruit, enfin l'honneur, la probité, la valeur, la vertu même. Son père avait été viceroi des Indes et de Navarre, et son grand-père vice-roi de Sicile.

Ces marquis de Villena, ducs d'Escalone, avaient toujours fait les plus grandes alliances. Celui-ci avait épousé la sœur du comte de San-Estevan del Puerto, dont on parlera bientôt. Il avait marié son fils atné, comte de San-Estevan de Gormaz, à la sœur du comte d'Altamire, dont la mère, héritière de la marquise Foich, des ducs deCardonne, était camarera major de la reine, et le marquis de Moya, son fils, à la fille héritière du marquis de Bedmar. Le marquis de Villena était nonseulement le maître absolu dans sa famille, mais le pa* triarche de celles où ses enfants s'étaient mariés. L'union entre toutes les trois était intime, et il en était t'orade et le dictateur. Le comte de San-Estevan de Gormaz était un peu épais, peu d'esprit, courtisan, timide, capitaine de la compagnie des gardes du corps espagnole, et, à ce titre, fait grand d'Espagne, du vivant de son père, lors de l'affaire du banquillo, et majordome major du roi, à la mort de son père, chose sans exem-

pie en Espagne. 11 eut aussi sa Toison-d'Or et sa présidence académique. C'était uu honuéte homme, et fort courageux, capitaine général, mais sans talents pour les sciences et pour l'académie. Le marquis de Moya» avec peu d'esprit, et force babil, était fort dans le monde. Il avait défendu le palais de Madrid longuement, et avec un grand courage contre les troupes deTarchiduc. Ces deux frères, quoique aiméstendrement de leur père, chez qui ils demeuraient, étaient devant lui comme de petits garçons, à qui il taillait les morceaux à mesure qu'ils en avaient besoin.

Je m*étais attaché à mériter l'amitié du marquis de Villena, et j'y étais parvenu. Je le voyais souvent, et j'y apprenais toujours quelque chose de bon. Il fut presque le seul qui osât me venir voir à mon quartier d'Almanzo, après ma petite-vérole, avant que j'eusse été à Lerma, tant le roi la craignait. Il envoyait plus que le reste de la cour savoir de mes nouvelles. Tant que j'ai été en Espagne, j'en ai reçu toutes sortes d'amitiés, ainsi que ses deux âls.

ViscoNTi, Visconii, à Milan . La grandesse estde 1679, pour César Yisconti, chevalier de la Toison-d'Or.

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