DE PHILIPPE V
Le prince des Astiirles.
Le duc d'Orléans, régent.
Le duc de Noailles.
TiC comte de Toulouse.
Le duc de Berwick.
Le comte de Thoring, premier
ministre de Bavière.
Le doc d'Aliraquerque.
Le marquis de Villena.
Le duc de Popoli.
Le marquis de Richebourg.
Le prince Ragotzi.
Le prince de Masseran.
Le duc de Boumonville.
Le duc d'Atri.
Le prince de Robecq.
Le marquis de Beanffremont.
Le marquis d'Arpajon.
Le maréchal duc de Yillars.
Le marquis de Brancas, depuis
maréchal de France.
Le comte de Montijo.
Le duc de Liria.
Le marqnii de Béthuae, depuis Le marquis Mari.
duc de Sully. Le duc de Rnflec.
Le prince F. de NaMan. Le marquis, depuis maréchal
Le marquis, depuis maréchal de Maulevrier.
d'Hasfeld. Le marquis, depuis maréchal
Le marquis de Gaylus. de la Fare.
Le duc de Lelio Garaffa.
Cet ordre, non plas que ceux de Saint-Jacques de Calatrava et d'Alcantara, ne souffre de rang ni de préférence que par l'ancienneté de réception entre les chevaliers, sans exception quelconque que des têtes couronnées, mais d'aucuns autres souverains, ni en même promotion d'autre préférence que de l'âge, tellement que le prince des Asturies, fils atné de Philippe Y, est le premier exemple de clievalier qui ait précédé ses anciens, et encore à la prière du roi, son père, en plein chapitre, accordée par les chevaliers, et sans conséquence pour tout ce qui ne serait pas infant d'Espagne. A cet exemple, nos princes du sang, et même légitimés, ont prétendu le même honneur, lorsqu'il y a eu depuis des colliers envoyés en France, et des chevaliers à recevoir. Ces princes y ont trouvé beaucoup de résistance, tellement qu'ils ne se trouvent point aux chapitres, lorsquli y a des chevaliers à recevoir, et qu'eux-mêmes ont reçu le collier sans cérémonie. Je diffère à parler de cette cérémonie de réception, et de quelques autres choses qui regardent cet ordre, à l'occasion de la réception de mon fils atné.
Capitaines généraux des armées.
Le duc d'Arcos. Le marquis de Richebourg^.
Le comte d^Aguilar. Le prince Plo.
Le marquis d'Ayétone. Le comte de San-Estevan de
Le duc de Saint-Pierre. Gormaz.
Le marquis de Bedmar. Le marquis de Lede.
Le doc de Popoli. Don FrançoÎB Manrîqiiez.
Cesdix tou8grand« d'Espagne. Le marquis de Thoay.
Le comte de las Torrès est de- Le marquis^ depuis maréchal de
venu enfin grand d'Espagne. Puységnr.
Le marquis de Gasa-Fuerte. , Le marquis de Seissan.
Cest tout ce qu'il existait de capitaines généraux d^armée, tandis que j*étais en Espagne. Ces capitaines généraux sont à l'égard du militaire, honneurs et commandements, semblables en tout à nos maréchaux de ï^ance , et prétendent rouler d'égal avec eux. Mais ils leur sont, au fond, totalement Inférieurs, en ce qu'ils ne sont point officiers de la couronne, qu'ils ne sont, ni juges de la noblesse sur le point d'honneur, ni supérieurs en rien à la noblesse » et qu'ils n'ont ni rang ni honneurs, hors des fonctions militaires, sinon l'excellence, traitement qui se borne à ce mot, dont Je parlerai ailleurs.
Maison du roi d^ Espagne lorsque y y étais.
Majordome major. Premier chirurgien, .
Le marquis de Villena, due d'Es- M. le Gendre.
calona. Premier apothicaire» ,
Majordomes de eemaine . M. Rieœur.
Don Gaspar Giron. Sommelier du corpt.
Le marquis de Villagarcias. Le marquis de Montealègre. Le comte de Casa-Real. Gentilihommei de la chambre.
Le comte Gucurani. Le comte de Pe&ennda.
Sumumirairet, Le duc de Bejar.
Le comte Saratelli. Le duc de Yeragua.
Le marquis d'Almodovar.' Le comte de Bafios. Introducteur des ambassadeurs. Le comte de San - Estevau de Le marquis de Villafranca. Gormaz.
Premier médecin. Le marquis de Santa-Gruz. ,
M. Hygheni. Le duc del Arco.
XXXVL t2
iM MÉMOIRES
Le duc de Gandie. Le dac de MonteiUano.
Le marquis de lo8 Balbaiez. Le marqais de Gogollado, (îU
Le prince de Maaserao. aîné du duc de Médina- Le marquis de Montealègre, fîis Cœlt.
du sommelier. Le marq. del Surco , i gn^^
Le duc de Lirta. Le marq. de Valouse, i
Le comte de Maceda. Guardaroba.
Le duc de Solferino. M. Hersent.
Le duc de Bournonville. Grand éeuyer.
Le duc de PopoH. Le duc del Arco.
Le duc de la Mirandoie en avait conservé les honneurs et les appointements, en cédant la charge qu'il avait au duc del Arco.
Premier éeuyer.
Le marqais de Valouse.
Grand aumônier*
L'archevêque de Gompostelle^ par son siège et qui effaeerait le patriarche des Indes, s'il se trouvait a la cour. Mais les évéqaes résident toujours dans leurs diocèses, en sorte qu'il n'est rien de plus rare ni de plus court que d'en voir quelqu'un à Madrid^ et toujours pour affaires nécessaires. Les fojactions de grand aumônier sont suppléées en tout, et sans dépendance, en absence continuelle de l'archevêque, par :
Le patriarche des Indes qui est sacré in partibut sous ce titre» qui ne lui donne quoi que ce soit aux Indes ni ailleurs, hors de la chapelle.
Le cardinal Borgia*
La grande et petite livrée du roi et de la reine d'Espagne, pages et valets de pied, gens d'écurie et valeis de peine sont en tout les mêmes que celles de France, même celle des garçons bleus du château et des tapissiers.
Garde du roi d^Espagne.
C'est Philippe V qui se Test donnée à IMnstar de la France. Ses prédécesseurs n'avaient que la compagnie
DE SAIMT-^IMOPî. 907
des haliebardiers , qui répond en tout à celle de nos Gent-Suisses.
Capitaines des gardes du corps.
Première compagnie, eipagnole.
Le comte de San-Estcvan de Gormaz.
Deuûeième compagnie, italienne.
Le duc de Popoli.
Troisième compckgnie, wallonne.
Le duc de Bournonville.
Il n'^ a point de quatrième compagnie.
Compagnie de$ hallebardieri.
Le marquis de Montcalègre, sommelier.
Régiment des gardes espagnoles.
Le marquis d'Âyëtone, colonel.
Régiment des gardes ioallonnes.
Le marquis de Richebourg.
Ces six corps, ofOciers^ gardes» liallcbardiersj soldats, drapeaux, étendards, ont en tout et partout le pareil et tout semblable, uniformes, hommes et chevaux, que les compagnies des gardes do corps, celle des Gent-Suisses, et les régiments des gardes françaises et suisses. Les capitaines et les offîciers des gardes du corps et des hallebardirrs portent des bâtons, comme en France, quand ils sont en quartier, et servent de même.
Les fonctions des charges ont été, ce me semble, suffisamment expliquées, mais les appointements oubliés. Les voici, ils sont tous en pistoles :
Maison du roi.
Majordome major 4,800 pistoles.
Majordomes de semaine 400
La médecine n'a rien de fixé.
Introducteur des ambassadeurs 275
Sommelier du corps 430 -
m MÉMOIRES
' Gentilshommes de la chambre. . . . ' . 90 pistoles. Guarda-roba.
Grand écuyer 900
Premier écuyer 500
Patriarche des Indes 90
GapiUines des gardes du corps 1,000
Idem des hallebardiers 4,000
Colonels des régiments des gardes. ... 1 ,000
Maison de la reine.
Majordome major 4,500
Majordomes de semaine 200
Gamarera major 800
Dames du palais 854
Sefioras de honor 200
Grand écuyer 500
Premier écuyer 200
Grands-ofBciers et antres officiers et domestiques du prince et de • la princesse des Asturies, nn quart moins que ceux du roi.
Gouverneur de l'infant don Ferdinand. . 600 pistoles.
Capitaines généraux des provinces. . -. . 2,000
Présidents ou gouverneurs des conseils . . 2,000
Secrétaires d'état 2,000
Secrétaire de Tostampille
Les conseillers d*état n'ont point d*appointements.
Nul emploi ni charge vénale en Espagne.
Il n'y a point de charges en Espagne qui répondent à notre grand prévAt ou prévAt de l*h6tel.
Le majordome major, en certaines choses, et le corrégidor de Madrid en d'autres y suppléent.
La médlannate que paye au roi d*Espagne^un grand d'Espagne pour la première fois monte à 8,000 ducats. Ses descendants en payent 4,000 à chaque mutation. Les frais pour la première fois vont bien à la moitié. Les lanzas que paye tous les ans un grand d'Espagne se montent à 60 pistoles, quand sa grandesse est placée sur un titre de Gastiiie.
DE SAlNÏ-SlMON. 209
Gouverneurs des maisons royales.
Le comte d'Âllamire, du Buen- Retire.
Le dac de Medina-Gœli, de la Gasa del Gampo*
Le père prieor de TEscurial, de rEscnrial.
d^Aranjuez.
Le duc del Arco, comme grand écuyer, est suriatendant de ^toutes les chassef , et gouverneur par la :
du Pardo,
de la Torre de Parada,
de la Sarçuela,
duPardillo; et il e«t personnellement gouverneur :
de Balsaîm,
et de Saint-Ildephonse.
Disons ici un mot de ces maisons royales, puisque roccasion s'en présente si naturellement, sans m'abandonner à des descriptions qui ne sont pas de mon sujet, et qu'il faut voir dans les différents voyageurs. Le Buen-Retiro est un vaste et magnifique palais, à une extrémité de Madrid, dont il est séparé par un espace large d'une portée de mousquet, et qui a un grand et fort beau parc. La cour y passait, de mon temps, quelques mois de l'année, et s'y est fixée depuis Tincendie du palais de Madrid. On voit par là que c'est un gouvernement fort agréable.
La Casa del Gampo est un bâtiment fort commun , vis-à-vis la place du palais de Madrid , le Mançanarez entre-deux, et tout près dans la plaine. Il y a un parc , quelques pièces d'eau, quelques bois, mais de ceux des Gastilles et fort peu de vrais arbres. G' est proprement une ménagerie» mais fort mal remplie et aussi mal entretenue. Je n'ai jamais vu personne s'y aller promener, ni leurs majestés catholiques. Gela peut faire une maison de campagne au duc de Medina-Cœli, où il peut
aller en moins de demi-heure, et foomir sa table de bien des commodités, si les Espagnols connaissaient les tables, même les plus frugales.
J*ai dit de TEscurial tout ce que j'en pouvais dire. Le roi est maître d'agréer ou non l'élection du prieur, d*en mettre un , de l'Ater quand il veut; et ce prieur, avec l'autorité que sa place lui donne sur ses moines et dans le monastère, a aussi celle de gouverneur sur les appartements de leurs majestés catholiques, de leur cour et de toute leur suite.
Pour Aranjuez, je remettrai d'en parler au petit voyage que j'y ai fait pour le voir. Je dirai en attendant que je n'y trouvai pas le gouverneur, chez qui pourtant je fus logé. C'était un homme du commun, dont je n'ai pas retenu le nom ; je ne Tai jamais rencontré, ni ouï parler de lui à personne.
Le Pardo est un bâtiment carré , fermé de quatre côtés, à peu près égaux et assez courts, dont la cour est triste, et les appartements de sa majesté catholique des plus médiocres en tout; les autres des plus étroits et en fort petit nombre. Il n'y a ni avant-cour, ni autres bâtiments, ni jardin ni parc. La cour y va pourtant quelquefois, mais avec le plus étroit nécessaire. C'est une habitation entièrement esseulée où je ne comprends pas qu'on puisse aller, car rien du tout n'y appelle. Cela est au bord d'une plaine aride, peu éloigné d'une colline au pied de laquelle on passe sur un très-médiocre pont, au haut de laquelle est un couvent de capucins, tout seul , d'où on voit tant que la vue se peut étendre dans la plaine d'en haut et d'en bas, excepté la Torre de Parada, qui en est assez proche. Ce n'est , en effet, qu'une vieille tour avec une espèce de cabaret joignant, bas et petit, où on tient des relais qui ont donné le nom de Parada à cette tour, il y a de Madrid au Pardo
deux lieues, 'c*est-à-dire au raoîDS comitte de Paris à Versailles. Le chemin est assez longtemps agréable le long du Mançanarez en le remontant, et par ce qui fait le cours de Madrid.
La Sarçuela est un peu plus éloignée de Madrid. C'est une espèce de petit château fort commun en dehors et en dedans, mais qui a une sorte de basse-cour et un jardin , mais dans un grand éloignement de toute autre habitation. La cour n'y allait plus , mais Charles II quelquefois.
Le Pardillo est un pavillon tout seul au milieu du vaste parc de TEscurial , bon pour aller faire une collation ou pour s'aller rafraîchir une heure ou deux après la chasse dans ce vaste parc, qui a beaucoup de fauve et de ces mauvais bois deCastille.
DeBaJsaïm et deSaint-Ildephonse, je remets à en parler au voyage que j'y ai fait. Pour varier et ne pas confondre, je placerai ici ce que je puis direde quelquesuns des personnages qui viennent d'être nommés. Je dis quelques-uns, parce que tous n'en fournissent pas matière. J'ai parlé des grands d'Espagne à chacun de leurs articles, lorsqu'il s'est trouvé choses à en dire. Je viens maintenant à ceux qui ne le sont pas et qui se trouvent dans la liste précédente de la maison du roi, que j'ai tous rangés à la suite du grand officier, grands et autres, de la charge duquel ils dépendent , et à qui ils sont subordonnés.
Don Gaspard Giron, le plus ancien des majordomes du roi de semaine, fut chargé de me recevoir, accompagner, faire servir par les officiers du roi, convier des seigneurs à dîner chez moi, et faire les honneurs de ma table et de ma maison , tant que je fus traité à mon arrivée, et je me suis depuis adressée lui quand j'ai eu besoin de quelqu'un du palais pour ma curiosité
particulière. Il était Acuna y Giron , c'est-à-dire de même maison que le marquis de Yillena , duc d'Escalone , majordome major, de la branche du duc d'Ossone.
C'était un grand homme sec, noir, vieux, qui avait été bien fait et galant , vif quoique grave, salé en reparties et en plaisanteries, gai et très-poil , avec cela néanmoins la gravité du pays , et sentant en toutes ses manières sa haute naissance, mais avec aisance et sans rien de glorieux. Il faut cependant avouer que son premier aspect rappelait tout à fait le souvenir de don Quichotte. C'était Thomme le plus rompu à la cour, qui savait le mieux les anciennes et les nouvelles étiquettes, les rangs, les droits, les règles, les cérémonies, les personnages distingués ou principaux, les ressorts des fortunes et des chutes , avec de l'esprit et de la lecture, qui , tout discret qu*il f&t , le rendaient d'une trèsaimable et utile conversation. Il avait passé sa vie dans un emploi qui le tenait presque toujours dans le palais, où il avait été témoin de près d'une infinité de choses innportantes et curieuses , toujours au milieu de la cour, en tous lieux et parmi tous les changements de ministère, plus employé qu'aucun des majordomes à recevoir les ambassadeurs distingués, les princes et les personnes les plus considérables qui venaient à Madrid et que le roi voulait honorer, M. le duc d'Orléans en particulier, au-devant duquel il fut envoyé avec les équipages du roi , et qu'il reçut et accompagna toutes les fois qu'il alla à Madrid Ces fonctions continuelles lui avaient acquis une grande familiarité avec lé roi et la reine, qui se plaisaient quelquefois à causer avec lui en particulier, et avec qui il était fort libre. Cela le faisait compter par les courtisans les plus élevés, même par les ministres; comme il passait sa vie au milieu de
la coiir par des foDCtions continuelles, il vivait avec tout le monde avec beaucoup d'aisance et de familiarité. C'était un homme tout fait pour l'emploi qu'il exerçait, et un répertoire vivant auquel le roi , les ministres , les seigneurs avaient recours avec confiance dans les difficultés qui survenaient sur le cérémonial , ou d'autres matières que son expérience dans ses fonctions et dans les choses de la cour lui avait apprises. C'était d'ailleurs un fort honnête homme, homme d'honneur et de bien , d'une conduite sans reproche à Tégard de la cour, et quoique assez pauvre , désintéressé et point du tout avide de grâces. Je me suis souvent étonné comment il était demeuré ensablé dans un emploi qui sert de passage aux fortunes de toute espèce. Il y était si propre et si commode au roi , aux ministres qui s'en servaient et aux majordomes majors pour l'exercice de leur charge, que j'ai toujours cru que c'est ce qui l'y avait arrêté. Je l'ai donc beaucoup fréquenté, et j'en ai tiré des choses utiles et curieuses. Nous, nous étions pris tous deux d'amitié.
Le marquis de Y illagarcias était le deuxième des majordomes. Il avait moins d'esprit , de finesse dans l'esprit , mais un agrément , une bonté , une politesse extrême, et un désir d'obliger toujours prêt et prévenant. G*était aussi un homme de qualité, estimé et assez compté , qui avait été destiné à l'ambassade de Portugal , qui n'eut pas lieu. Le duc de Linarès , mari de la camarera major de la reine douairière à Bayonne, était mort au Mexique, dont il était vice-roi , quelque temps avant que j'arrivasse eu Espagne; et peu avant que J'en partisse, Yillagarcias fut nommé pour lui succéder, ce qui fut pour lui une grande fortune , dont je remarquai que toute la cour fut bien aise.
Gucurani était un Italien raffiné , appliqué, instruit,
glorieux, ambitieux, particulier, qui n'avait la eoBfiance de personne. Il était gendre de la nourrice de la reine, qui était aussi assafeta^ et il espérait tout par là. Il avait de Tesprit et du manège. Depuis mon retour, assez tôt, il obtint une ambassade dans le nord.
Yillafranca, si différent en tout du grand d'Espagne, et qui , sans lui appartenir en rien , portait le même titre (J'expliquerai ce terme après), était un vieux bomme renfermé, qui ne paraissait que pour ses fonctions, glorieux et ridicule. Je ne sais plus à quelle occasion de bonne fête, de jour de naissance ou de baptême de Tinfant don Philippe, les ambassadeurs qui étaient à Madrid allèrent ensemble complimenter le roi , la reine, le prince et la princesse des Asturies. Les ambassadeurs d'Angleterre, de Venise et de Hollande, Maulevrier et moi , étions avec le nonce qui portait la parole , et ce que chacun avait amené de principal de chez soi nous accompagnait. Arrivés au palais, Tintroducteur se fit attendre une demi-heure au delà de l'heure qu'il avait marquée, car à ces sortes de compliments il n'y a que l'introducteur des ambassadeurs , à la différence de l'entrée et de la première audience de cérémonie. Le nonce fut choqué d'attendre, et lui en dit son avis. Sans prendre la peine de répondre , il alla gratter à la porte du cabinet des miroirs, et nous introduisittout de suite. En sortant, le nonce, encore plus choqué de ce procédé, lui en lâcha des lardons , auxquels l'Introducteur répondit avec impertinence. Le nonce, pour lui marquer son mépris, dédaigna de se fâcher, et avec un sourire nous demanda ce que nous en pensions. Nous ne pûmes alors éviter d'en dire chacun notre mot. L'introducteur, piqué, voulut se rebecquer ; le nonce alors se moqua de lui tout franchepaent , lui dit qu'il nous faisait sentir qu'il était de mécbante humeur, et le brocarda tant et
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si bien, chemin faisant , que Tintroducteur lui répondit enfin, après avoir assez grommelé entre ses dents, qu'il voyait bien qu'il ferait mieux de nous laisser faire nos visites, et nous quitta. On se moqua de lui un peu davantage. Nous continuâmes sans lui toute notre tournée, mais nous ne voulûmes pas en porter de plaintes. C'était un pauvre l)onhomme très-dépourvu d'esprit et de sens , fort incapable de son emploi y quoique des plus légers, et compté pour rien par tout le monde.
Hyghens, premier médecin, était Irlandais, docteur en plusieurs universités et en celle de Montpellier, d'où il était passé en Espagne médecin des armées. On y fut si content de sa conduite et de sa capacité que le roi d'Espagne le fit son premier médecin, et avait en lui beaucoup de confiance et plus que la reine n'aurait voulu, quoiqu'elle le traitât fort bien. Mais elle ne souffrait pas volontiers d'autres gens que ceux donnés de sa main pour cet intérieur si intime et si assidu, et aurait désiré cette place à son premier médecin Servi, qui était de son pays et de sou choix, et qui lui était entièrement livré. Elle en vint à bout, en effet, quelques années après mon retour que Hyghens mourut.
Getlrlaodais, qui parlait parfaitement français, était un excellent médecin qui, sans entêtement ni attachement de médecin, ne voulait que guérir son malade avec une grande application. J'en fis une heureuse expérience à ma petite vérole, dont les détails, qui pourraient instruire des médecins de bonne foi, seraient ici étrangers. Son caractère ouvert mais discret, doux mais ferme, montrait sans la plus légère affectation une belle âme, toujours occupée du bien, sans nul autre intérêt quelconque, quoiqu'il aimât sa famille qui était assez nombreuse, et de plus détaché de toute ambition , voyant de très-près les intrigues, sans y vouloir jamais entrer,
disant très-nettemeiit le vrai au roi sur sa santé, et le lui disant de même et à la reine, quand l'un ou l'autre l'en mettaient à portée sur d'autres matières» mais sans s'avancer jamais sur aucune, et parlant toujours avec grande discrétion et grand éioignement de nuire à personne. Aussi était-il fort aimé et considéré. Il avait l'esprit juste, agréable, modeste, avait beaucoup de belles lettres et savait bien Thistoire, surtout il connaissait bien les mattres et la cour, et passait pour un grand et sage médecin, et pour le seul même en Espagne qui méritât le nom de médecin. Il possédait très-bien la chirurgie et avait souvent fait d'heureuses opérations, bon botaniste, bon artiste, connaissant bien les simples et les remèdes dont il savait faire usage, et la composition des médicaments comme le meilleur apothicaire et comme un bon chimiste. Tant de bonnes qualités étaient relevées par une piété sage, éclairée et vraie, qui n'était que pour lui, et qui n'incommodait personne que par le frein qu'elle mettait à sa langue, plus souvent que n'auraient voulu ceux qui étaient à portée avec lui de l'entretenir librement. Sa conversation m'a été d'un grand secours et m'a instruit de bien des choses. Il aimait son pays, ses compatriotes avec tendresse, et avait le plus vif attachement pour le roi Jacques, et pour tout ce qui était de son parti. La sagesse le retenait, à cet égard, dans les plus justes bornes, à l'extérieur; mais quand il se trouvait en liberté avec des amis, ce feu de patrie lui échappait, et bienfaisant pour tout le monde, il ne se possédait pas d'aise quand il pouvait rendre quelque service à quelque jacobite. J'eus tout loisir de le connaître pendant six semaines qu'il ne bougea d'auprès de mol.
Sa candeur, sa probité, ses soins me gagnèrent, son esprit me plut, nous prîmes grande amitié l'un pour
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Tautre. Je dus la sienne, à ce que je croîs, au penchant qu'il sonda et qu'il trouva en moi pour le roi Jacques. Je le trouvai si sage et si discret que je ne me cachais point de lui, sans toutefois lui rien dissimuler sur les liens de notre cour à cet égard, et sur mon impuissance. Je lui expliquai même les ordres précis que j'avais làdessus, et d'éviter le duc d'Ormond qu'il mourait d'envie que j'entretinsse. J*y consentis, à condition que ce serait sous le plus grand secret à notre retour à Madrid ; que le duc d'Ormond se rendrait chez lui, m'y attendrait sans pas un de ses gens dans la maison, se tiendrait dans un cabinet séparé; qu'averti par Hyghens, j'irais à rheure marquée lui faire visite, je le trouverais seul, et qu'après que mes gens seraient retirés, je passerais dans le cabinet où serait le duc d'Ormond; qu'après la conversation, je le laisserais dans ce cabinet et reviendrais dans la chambre de Hyghens, d'où je m'en irais, comme ayant fini ma visite; que le duc d'Ormond ne se retirerait que quelque temps après; qu'au palais ni ailleurs, nous ne nous approcherions point l'un de l'autre,et que nous nous saluerions avec la civilité que nous nous devions, mais avec froideur et indifférence marquée. Pour le dire tout de suite, cela s'exécuta de la sorte plusieurs fois chez Hyghens, sans que personne s'en soit jamais aperçu, et notre froideur, si marquée ailleurs, nous donna quelquefois envie de rire.
Je trouvai dans le duc d'Ormond toute la grandeur d'âme qu'aucun revers de fortune ne pouvait altérer, la noblesse et le courage d'un grand seigneur, la fidélité la plus à toute épreuve, et l'attachement le plus entier au roi Jacques et à son parti, malgré les traverses qu'il en avait essuyées, et auxquelles il était tout prêt de s'exposer de nouveau dès qu'il pourrait en espérer le plus léger succès pour les affaires d'un prince si mal-