‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 110 sur 335 · MORT ET CARACTÈRE DE NANCRÉ · texte numérisé non relu

MORT ET CARACTÈRE DE NANCRÉ

y ajouter. Il étoit extrêmement gros; sa grande sobriété et un exercice à pied jounialier et prodigieux ne purent le garantir de l'apoplexie. Il en eut plusieurs attaques qui lui avoient fort abatiu le corps et l'esprit. Il en mourut à Bourbon. C'étoit un homme d'un mérite très-rare, qui, en quelque état qu'il fût, fut fort regretté. Il étoit grand'croix de Saint- Louis, dès la fondation de Tordre, et maréchal général des logis des armées du roi, qu'il avoit exercé avec la plus grande capacité et distinction, et la confiance de M. de Turenne et des meilleurs généraux des armées. On a vu ailleurs combien il eut toujours la confiance du roi, et la probité, la modestie, et le désintéressement avec lequel il en usa.

M. le duc d'Orléans, à qui tout couloit entre les doigts, accorda la noblesse aux officiers de la cour des monnoies, et dix mille écus au chevalier de Bouillon. Il y eut un grand incendie à Francfort-sur-le- Mein, et en Champagne toute la ville de Sainte-Menehould fut brûlée.

On a souvent parlé de Nancré, assez nouvellement revenu d'Espagne, charmé d'Albéroni avec qui il étoit aussi assez homogène, lorsqu'il vint mourir ici en vingt-quatre heures. C'étoit un des hommes du monde le plus raffiné et dont le cœur et l'âme étoient le plus parfaitement corrompus, avec beaucoup d'esprit, des connoissances et beaucoup de souplesse et de liant. Il avoit servi, puis fait le philosophe; après, s'éloit accroché au Palais-Royal par Canillac et par les maîtresses, delà à M. de Torcy, et le plus sourdement qu'il avoit pu à tout ce qui approchoit du feu roi; il ne tint pas à lui d'en devenir l'espion, puis l'organe. On a vu ici qu'il le fut bien étrangement lors des renonciations. Valet de Noce, enfin âme damnée de l'abbé Dubois qui le porta aux négociations étrangères , et à d'autres plus intérieures. Noce coraptoit voler haut, lorsque tout à coup il lui fallut quitter ce momie.

Ce n'étoit pas la peine de tant de bruit de part et d'autre, d'importuner les tribunaux, le régent et le conseil de régence sur le mariage du duc d'Albret avec une fille de Barbezieux. Elle mourut presque incontinent après en couche d'un fils qui mourut dix ou douze ans après.

M. le duc d'Orléans remplit dignement la place de Nancré, capitaine de ses Suisses, de vingt mille livres de rente par les profits. Nancré n'étoit point marié, étoit sans suite, et n'avoit point de brevet de retenue. Le régent la donna à Clermont-Chattes, frère de Roussillon et de l'évêque-duc de Laon , qui n'avoit rien de vaillant et qui . des plus riantes espérances, étoit tombé dans la plus cruelle disgrâce , à laquelle la mort de .Monseigneur avoit mis le dernier sceau, et qui a été racontée ici sous l'an ' [1694] avec l'aventure célèbre de Mlle Choin et de Mme la princesse de Conti. Clerraont, en naissance, en honneur, en probité , étoit le parfait contraste de Nancré. Ce choix fut fort applaudi.

Le garde des sceaux maria son second fils a la fille, fort riche, du président Larcher. Ce mariage ne fut pas heureux, mais le jeune époux

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