‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 111 sur 335 · LE GARDE DES SCEAUX ET SES FILS · texte numérisé non relu

LE GARDE DES SCEAUX ET SES FILS

fit dans la suite la plus brillante fortune de son ét;it. Le mariage de son père avec une sœur de CaumarLin, intendant des finances, fort accrédité et conseiller d'État, n'avoil pas été, non plus, fort heureux; il perdit sa femme de la petite vérole quelques mois après le mariage de son fils. Il en avoit deux fils : celui-ci plein d'esprit et d'amliition. et fort galant de plus , et un aîné qui étoit et fut toujours un balourd '. Le père ne fui pas longtemps à les mettre dans les emiplois de leur état, et malgré leur jeunesse, à les faire conseillers d'Élat, tous deux à peu de distance l'un de l'autre.

Ciiauvelin, conseiller d'État, mourut aussi. Il avoit été intendant de Picardie, avec peu de lumières, mais beaucoup de probité. Il étoit père de l'avocat général doiit il a été parlé ici. et de Chauvelin, dont la prodigieuse élévation et la lourde chute '^ ont fait depuis tant de bruit.

Le duc de Schomberg mourut subitement en une de ses maisons, près de Londres, à soixante-dix-neuf ans. Il étoit fils du dernier maréchal de Schomberg, qui avoit commandé les armées de Portugal, et depuis celles de France avec réputation. Il étoit Allemand et gentilhomme . mais point du tout parent des deux précédents maréchaux de Schomberg, père et fils, lequel fut duc et pair d'Halluyn,en épousant l'héritière, par de nouvelles lettres.

Ce dernier maréchal de Schomberg dont on parle ici étoit huguenot, et se retira en Allemagne avec sa famille, à la révocation de l'édit de Nantes. L'électeur de Brandebourg le mit à la tète de son conseil et de ses troupes , et le donna après au prince d'Orange comme un homme utile dans les afl'aires et dans les armées. Lorsqu'il fut question de la révolution d'Angleterre, le maréchal en eut le secret tout d'abord et en dirigea la mécanique avec le prince d'Orange. Il passa avec lui en Angleterre, puis avec lui en Irlande, où il commanda son armée sous lui, et fut tué à la bataille de La Boyne, que le prince d'Orange gagna contre le roi d'Angleterre, laquelle fut le dernier coup de son accablement.

Le fils du maréchal de Schomberg fut fait duc par le roi Guillaume, et corimanda les troupes anglaises en chef en divers pays et diverses armées, et se retira à la fin mécontent. Il avoit épousé une sœur bâ-

1. Les deux fils du garde des sceaux d'Argenson et de Marguerite Le Fèvre de Cauinarlin , furent René-Louis Le Voyer de fauliiiy , marf]iiis d Argenson, et Marc-l^ierre Le Yoyer de Paulmy, comle d'Argenson. L aîné , que Saint- Simon traite sévèremenl, a laissé des Mémoires, dont on n'a publié que des fiagnienlS (voy. Mémoires du tmirquis d' Argenson , édil. 18-25). Nous avons ])ublié quelques passages des Mémoires inédils. Du reste, Saint-Simoa n'a l'ail que reproduire l'opinion de ses contemporains, qu'exprime en ces termes un des biographes du marquis d'.A.rgenson : « Plus l'roid , plus mesuré [que son frèrej , ne se livrant qu'à des amis intimes; raisonnant juste, mais sans la même grâce dans la façon de s'exprimer, les lialùlanis de Versailles, à une épotiue où il éloil d'usage de doimer à tout le monde des sobriquets ridicules, le désignèrent sous celui à' Argenson la Béte. » On prépare en ce moment même une édition plus complète des Mémoires du marquis d'Argenson.

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