CONDUITE DES BÂTARDS
feuilles volantes en registres secrets du parlement, — Le premier président mandé et cruellement traité par la duchesse du Maine. — Blamoni, président aux enquêtes, et deux conseillers enlevés et conduits en diverses lies du royaume. — Mouvements inutiles du parlement. — EfTel de ce lit de justice au dehors et au dedans du royaume. — liaisons qui me détournèrent de penser alors à l'affaire du bonnet. — M. le Duc en possession de la surintendance de l'éducation du roi. — Sage avis de Mme d'Alègre. — Mauvaise sécurité du régent. — Création personnelle d'un second lieutenant général des galères en faveur du chevalier de Rancé. — Folie du duc de Mortemart, qui envoii- au régent la démission de sa charge pour la seconde fois. — Je la fais déchirer avec peine, et j'obtiens après la survivance de sa charge pour son fils. — Ma dédaigneuse franchise avec le duc de Mortemart. — Survivances des gouvernements du duc de (Ibarost à son fils; de grand maître de la garde-robe; des gouvernements de Normandie et de Limousin, aux fils des ducs de La Rochefoucauld, de Luxembourg et de Bcrwick, et du pays de Foix au fils de Ségur, qui épouse une bStarde, non reconnue, de M. le duc d'Orléans. — La Fare lieutenant général de Languedoc, et l'abbé de Vauréal mattre de l'oratoire. — Gouvernement de Douai à d'Esiaing. — Mme la duchesse d'Orléans, qui s'étoit tenue enfermée depuis le lit de justice, revoit le monde et joue.
Le duc du Maine et le comte de Toulouse, au sortir du cabinet du conseil, descendirent dans l'appartement du duc du Maine, ou ils s'enfermèrent avec leurs plus confidents. Ils les surent si bien choisir, que nul n'a su ce qu'il s'y passa. On peut , je crois , sans jugement téméraire , imaginer qu'il s'y proposa bien des choses que la sagesse du eomte de Toulouse empêcha moins que le peu d'ordre et de préparation de la cabale , et la prompte venue du parlement en trouble , qui ne donna pas loisir d'y faire des pratiques. Le cardinal de Polignac y fut toujours avec eux et leurs principaux amis en très-petit nombre. Je n'ai jamais compris comment ils ne tentèrent pas de se trouver au lit de justice, pour y parler et y faire tous leurs efforts. La foiblesse qu'ils connoissoient si bien dans le régent, surtout en face, les y devoit convier puissamment: mais la peur extrême , qui fut visible dans le duc du Maine , ne lui permit pas sans doute d'y penser , encore moins de se hasarder à rien. Il avoit vu le régent si libre dans sa taille . qu'il ne douta jamais qu'il ne fût bien préparé à tout ; et moins un grand coup , et si secrètement préparé étoit de son génie , plus il redouta tout ce qu'il en ignoroit. Quoi qu'il en soit, le comte de "Toulouse n'en sortit pour aller chez lui qu'après cinq heures du soir , oii il fit contenance de vouloir s'en aller à la suite de son frère. Ils n'avoient rien su de précis qu'après le lit de justice , et ils avoient eu trois heures à raisonner ensemble depuis.
La différence mise entre les deux frères combla la douleur de l'aîné et le dépit de sa femme, et les remua plus que tout le reste à persuader au comte de Toulouse de suivre leur fortune. Il témoigna chez lui son penchant à le faire ; mais d'O , qui avoit conservé sur son esprit comme dans sa maison une espèce de majordomat d'ancien gouverneur, l'en détourna. Ce n'étoit pas qu'il ne fût fort attaché au duc du Maine ; mais il l'étoit plus encore à son intérêt, qui n'étoit pas d'anéantir son maître et de le confiner à la campagne. On sut après que la franchise avec la-