‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 13 sur 335 · HAUTEFORT, LE COMTE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

HAUTEFORT, LE COMTE DE TOULOUSE

quelle le chevalier d'Hautefort lui avoit parlé acheva de lui faire prendre le bon parti. Le chevalier d'Hautefort étoit son écuyer et lieutenant général de mer, frère du premier écuyer de Mme la duchesse de Berry, de Surville, qui avpit eu le régiment du roi, si connu par ses disgrâces, et d'Hautefort, lieutenant général, mort depuis chevalier de l'ordre, fort fâché avec raison de n'être pas maréchal de France. Hautefort, [écuyer] du comte de Toulouse, étoit un rustre qui, sans aucune vertu ni philosophie, s'étoit persuadé d'affecter l'une et l'autre pour se faire admirer aux sots, et sa place auprès du comte de Toulouse l'avoit fait arriver à bon marché dans la marine. Il lui dit nettement qu'il étoit la dupe de gens qui ne l'avoient jamais aimé , qui avoient toujours tout fait sans lui , qui s'étoient mis eux et leurs enfants sur sa tête , et dont les entreprises folles les avoient conduits au point où ils se trouvoient; que . quelque douloureuse que lui fût une chute , elle lui valoit une distinction inouïe et la plus flatteuse ; que c'étoit à lui à peser s'il vouloit abandonner et perdre cette même distinction et toutes les fonctions de ses charges , pour suivre une folle et un homme qui en eux-mêmes s'en moqueroient de lui , et s'enterrer tout vif dans Rambouillet avant quarante ans , où . après les premiers jours d'admiration des sots , chacun le laisseroit là et trouveroit son choix ridicule, dont il auroit tout le temps de s'ennuyer et de se repentir. Que pour lui , il lui disoit librement qu'ayant tant fait que d'être à lui , il avoit compté être avec un prince du sang, vrai ou d'apparence, non à un particulier, et être avec un amiral auprès de qui il mèneroit dans son métier une vie agréable et considérée; qu'il seroit ravi sur ce pied-là de demeurer toute sa vie avec lui, mais que, pour s'enfouir tout vivant dans Rambouillet, il le prioit de n'y pas compter; que tout ce qu'il y avoit de bon chez lui pensoit de même, et prendroit son parti les uns après les autres; que pour lui, il aimoit mieux le lui dire tout d'un coup.

On assure que rien ne donna tant à penser au comte de Toulouse que cette déclaration si prompte. Il se considéra tout seul à Rambouillet hors d'état et de volonté de rien entreprendre, en risque d'être dégradé comme son frère, pour son refus d'accepter le bénéfice de la déclaration en sa faveur ; tiraillé entre la reconnoissance qu'elle méritoit , même aux yeux du monde et la dépendance de la fortune et des caprices d'une folle qu'il abhorroit, et d'un frère qu'il n'aimoit ni n'estimoit. Les suites le firent trembler , et il prit son parti de conserver son rang et son état ordinaire. Lui et son frère allèrent le soir au Palais-Royal voir Mme la duchesse d'Orléans , comme je l'ai dit , tandis que Mme du Maine et ses enfants se retirèrent à l'hôtel de Toulouse, où ils les trouvèrent au retour. On peut juger de la soirée; le maréchal de 'Villeroy, M. de Fréjus et très-peu d'autres les y virent. Le lendemain, samedi, Mme la duchesse d'Orléans y alla ; nouvelles douleurs , Mme du Maine au lit , immobile comme une statue.

Ce même samedi . lendemain du lit de justice, j'envoyai prier Valincourt de venir chez moi. Il y vint. Je lui parlai franchement sur le choix que le comte de Toulouse avoit à faire. Je ne lui dissimulai point ce que i'avois voulu parer, et que n'ayant pu sauver l'éducation , ce que j'avois

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