‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 126 sur 335 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Paix de la Suède avec l'Ancleterre. — Le duc de Lorraine échoue pour l'éreclion de Nancy en évèclié. — Vaudpmunl en ïambe fort malade à Paris. — Maximes absurdes, mais suivies toujours et inhiTcnles, du parlement sur son autorité. — J'emiièciie le n-gcnt d'en reml)ourser toutes les charges avec le papier de Law. — Raisons secrètes contre le remboursement des charges du parlement. — Seconde leaialive du projet du remboursement des charges du parlement finaicmcnl avortée. — Le parlement informé du risque qu'il a couru, qni le lui a paré, et qui y a poussé. — Duchesse du Maine àCiiamlay, ou .Mn:e la Princesse la visite. — Officiers des princes du sang , et leur date. — Usurpations et richesses. — Le chevalier de Vendôme vend au bâtard reconnu do M. le duc d'Orléans le grand prieuré de France, et veut inutilement se marier. — Retour de Plénœuf,

4. Le moi demenoit est pris ici dans le sens de affectait de men«r.

[1719] PAIX DE LA SUÈDE AVEC l'ANGLETERRE. 153

en France. — Raisons d'en parler. — Plénœiif , sa f<;mme et sa fille ; quels. — Courlp reprise de sa négocialion de Turin avorli-e par l'inlérôl personnel el la ruse singulière de l'abbé Dubois. — Élrange irait de franchise de Madame , qui rompt tout court la négociation de Turin. — Digression sur les maisons d'Esté et Farnèse. — Maison d'Esté. — liAlards d'Esté , ducs de Modd'nc el de Reggio jusqu'à aujourd'hui. — Maison Farnèse. — Farnèses bâtards , ducs de Parme et de Plaisance.

Enfin l'alliance du nord se démancha. Le roi de Suède n'étoit plus , et al t'oiblesse où son règne avoit réduit ce royaume contribua beaucoup à la pai.x qu'il conclut enfin avec le roi d'Angleterre. Le czar, déjà adouci par la même raison, même du temps dernier de Charles XII , étoit plus occupé du dedans que du dehors; le roi de Danemark demeura seul, faisant la guère en Norwége. C'est grand dommage que les Mémoires de M. de Torcy ne soient pas venus jusqu'à ce temps-ci , et que le joug de l'abbé Dubois n'ait pas laissé la liberté à M. le duc d'Orléans de me parler aussi librement, qu'il avoit accoutumé de l'intérieur, des affaires étrangères : c'est ce qui m'y rendra sec désormais , parce que je ne veux dire que ce que je sais par moi-même ou par des gens assez instruits pour que je puisse m'y fier, et les citer pour garants.

Le roi d'Espagne, qui s'étoit approché de son armée, et qui même l'étoit venu voir, s'en retourna à Madrid. Le prince Pio, qui la commandoit, ne se trouva pas en état de s'opposer à rien. Il se contenta de bien faire rompre autour de l'abbaye de Roncevaux les chemins qu'on y avoit faits à grand'peine pour le canon et les autres voilures , dans un temps où on n'imaginoit pas qu'il pût jamais arriver de rupture avec Philippe V.

On vit au conseil de régence tous les ressorts que le duc de Lorraine remuoit pour obtenir l'érection d'un évêché à Nancy. Cet objet avoit été celui de ses pères et le sien pour se tirer du spirituel de l'évèché de Toul , à quoi , parla raison contraire , la France s'étoit toujours opposée. Il étoit temps d'arrêter les menées là-dessus. Le pape, qui trembloit toujours devant l'empereur, le lui avoit comme accordé. Il espéroit brusquer l'affaire avant que la France intervînt. Je ne sais si .M. le duc d'Orléans, abandonné ou plutôt entraîné comme il l'étoit à tout ce qui convenoit au duc de Lorraine par Madame, par Mme la duchesse de Lorraine et par d'autres gens . en auroit été bien fâché. J'ai soupçonné que l'affaire n'avoit pu être conduite si près du but sans qu'il en eût su quelque chose, et qu'il l'avoit voulu ignorer ou négliger. Mais enfin l'abbé Dubois, qui n'avoit rien personnellement à y gagner, ne crut pas devoir salir son ministère d'une tolérance si préjudiciable et qui feroit crier contre lui , de sorte qu'il y fit former à Rome une opposition solennelle et parler si ferme au pape et au duc de Lorraine qu'il abandonna ses poursuites. Ainsi le voyage précipité de Commercy ici , où M. de Vaudemont venoit d'arriver, fut inutile; deux jours après il tomba malade à l'extrémité. Le dépit du peu de succès de sa conversation avec le régent le piqua. Il n'avoit pas l'habitude d'être contredit. Jl n'avoit pas compté avoir grand'peine à tirer le consentement, au moins tacite, à une chose si avancée et que le duc de Lorraine désiroit si ar-

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