‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 131 sur 335 · NÉGOCIATION DE TURIN AVORTÉE · texte numérisé non relu

NÉGOCIATION DE TURIN AVORTÉE

ver bon que je la remisse à l'abbé Dubois, pour ne m'en plus mêler, ce que je fis en même temps, au grand regret de Mme la duchesse d'Orléans , et dont Mme de Plénœuf fut aussi bien fâchée , mais à ma grande satisfaction. Celle-ci bâtissoil déjà beaucoup en espérance, si son mari concluoit ce mariage. Mme la duche.sse d Orléans le désiroit passionnément; elle étoil informée de tout par moi, ce qu'elle n'espéroit pas de l'abbé Dubois, et craignoit tout de lui, avec raison , pour le faire manquer. Mme de Plénœuf, le voyant en de telles mains, le comptoit déjà rompu et ses espérances perdues.

En efTet ce mariage n'étoit pas le compte personnel de l'abbé Dubois. Sa boussole étoit sa fortune particulière, comme on l'a remarqué ici bien des fois, et ses vues étoient trop avancées pour leur tourner le dos par quelque considération que ce pût être. Il avoit sacrifié l'Espagne, sa marine et la nôtre à l'Angleterre; il ne restoit plus qu à sacrifier la même Espagne et le roi de Sicile à l'empereur. Le sacrifice déjà fait aux dépens de l'État et à ceux de son maître lui avoit assuré les of.lces de l'Angleterre les plus efficaces auprès de l'empereur, qui en profitoit, et qui alors étoit très-intimement avec le roi Georges. Le sacrifice qui restoit à faire étant directement à l'empereur, le rendoit son obligé et le disposoit personnellement à ce que le roi Georges lui demandoit. qui ne lui coûtoit rien que de faire dire au pape, qui trembloit devant lui et qui ne cherchoit qu'à prévenir ses désirs , qu'il vouloit . et promptement, un chapeau pour l'abbé Dubois. Dans cette position, l'abbé Dubois n'avoit dans la tête que la quadruple alliance, dont la Sicile devoit être le premier fruit pour l'empereur, aux dépens du roi de Sicile à qui étoit destiné, aux dépens encore de l'Espagne, le triste dédommagement de la Sardaigne, pour lui conserver le titre et le rang de roi. Dubois n'avoit donc garde de vouloir le mariage à la veille de le dépouiller. Il fit donc languir la négociation pour se préparer à la rompre, la laissa transpirer exprès et revenir à Madame, sans y paroître, parce qu'il en étoit méprisé et haï, mais dans l'espérance de quelque trait de férocité allemande Il la connoissoit et il devina.

Madame étoil la droi lure , la vérité , la franchise même , avec de grands défauts, dont l'un étoit de pousser à l'extrême les vertus dont on vient de parler. Aussi, dans cette occasion, n'en fit-elle pas à deux fois. Elle aimoit tellement à écrire à ses parents et à ses amis, comme on l'a pu voir ici, par ce qui lui en arriva à la mort de Monsieur, qu'elle y passoit sa vie '. La reine de Sicile et elle s'écrivoient toutes les semaines. Madame lui manda sans détour qu'elle apprenoit qu'il étoit sérieusement question du mariage du prince de Piémont avec Mlle de Valois; qu'elle l'aimoil trop pour lui vouloir un si mauvais présent et pour la tromper-, qu'elle l'avertissoit donc', etc.; et lui raconta tout de suite tout ce

A . Des extraits des lettres de la duchesse d'Orléans ont été publiés plusieurs fois. La dernière édition a éié donnée par M. Brunel. (Paris, Cbaipenlier, 2 vol. in-i2, 4855.

2. Madame fait mention de Mlle de Valois dans plusieurs lettres de <74 9 et notamment dans les lellres du 43 mai, du 8 jum, 9 novembre, 30 novembre.

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qu'elle en sa voit, ou ce qu'elle en croyoit savoir; puis, la lettre partie et hors de portée de pouvoir être arrêtée et prise, elle dit tout ce qu'elle contenoil à M. [le duc] et à Mme la duchesse d'Orlérms, qui en fut outrée. M. le duc d'Orléans, qui n'avoit jamais été de bon pied en cette affaire, et beaucoup moins depuis qu'elle avoit été remise à l'alibé Dubois, ne fil qu'en rire, et Dubois rit encore de bien meilleur cœur de ce rare et subit eiïet de son artifice. Ce mariage tomba donc de la sorte.

Plénœuf en fut éconduit avec assez peu de ménagement; ses affaires en France s'étoient accommodées ; il se hâta de quitter Turin et revint avec l'air de l'importance, le fruit et la sécurité de sa banqueroute. Il n'en jouit pas longtemps et ne vécut pas longues années.

Six semaines après cette aventure , M. le duc d'Orléans, qui avoit ses raisons de se soucier peu de Mlle de Valois, et beaucoup de s'en défaire, conclut et déclara son mariage avec le fils aîné du duc de Modène. Personne malheureusement n'ignoroit pourquoi le régent se hàtoit tant de se défaire de cette princesse et avec si peu de choix. Je ne pus m'empêcher pourtant de le lui reprocher. « Pourquoi ne mérite-t-elle pas mieux? me répondit-il : tout m'est bon, pourvu que je m'en défasse. » Il n'y eut rien qui n'y parût : on lui donnoit un des plus petits princes d'Italie quant à la puissance et aux richesses, qui avoit à attendre longtemps à être souverain, et dont le père étoit connu pour être d'un caractère et d'une humeur fort difficile, comme il le leur montra bien tant qu'il vécut. Il est vrai que la reine d'Espagne n'éloit pas de meilleure maison, et que Philippe V étoit fort au-dessus de Mlle de Valois en bien des manières. Aussi on a vu ici en son lieu de quelle façon ce mariage se fit, et que le feu roi ne le pardonna pas à Mme des Ursins. Il n'est peut-être pas inutile d'expliquer ici en peu de mots ce que sont les d'Esté d'aujourd'hui . et ce que sont aussi les Farnèse.

Je ne me donne pas pour être généalogiste , mais je suivrai Imhofï qui passe pour exact et savant sur les maisons allemandes, espagnoles et italiennes', et fort peu l'un et l'autre sur les françoises. Peut-être que si nous connoissions autant ces maisons étrangères que nous faisons celles de notre pays, cet auteur n'auroit pas pris tant de réputation; mais ce qui regarde l'origine des Farnèse et l'étrange déchet des Este d'aujourd'hui est si moderne et si connu qu'il n'y a pas de méprise à craindre.

ImhotT donne pour tige , dont la maison d'Esté est sortie , Azon , seigneur d'Esté, marchis en Lombardie, c'est-à-dire général et gardien des marches ou des frontières de ces pays , qui épousa en premières

3 décembre, 47 décembre. Dans les dernières lettres, Maiiame parle du mariage procliain de Mlle de Valois avec le fils aîné du duc de Modène ; dans celle du 4 3 mai, il est question de ses intrigues avec le duc de Richelieu.

4. 11 a déjà clé question, t. Il, p. 265; des Recherches historiques et généalogiques des grands d'Espagne , par Imhoff. Ou a encore de lui une histoire généaloj;ique de la maison royale de Porluj;al , sous le litre de Stemma regiuin Lusiianicum (Amsterdam, 4708, in-fol.). Sainl-Simon fait allusion à la fin de sa phrase, à l'ouvrage du même auteur, intitulé : Excellentium J'amilliirum in Callia geneahgiœ ( Nuremberg , t687, ia-(oi.).

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noces Cunégonde, qui ètoit Allemande et héritière de sa maison (héritage difficile à entendre dans une fille en Germanie à la fin du x' siècle où cela se passoit), et en secondes noces Ermengarde, fille du comte du Maine en France. Du premier lit il eut Guelfe . héritier des biens de sa mère. Il fut créé duc de Bavière en 1071 , répudia sa première femme, fille d'Otton le Saxon . duc de Bavière , épousa ensuite Judith . fille de Baudouin le Pieux, comte de Flandre, mourut en 1101 dans l'ile de Chypre, laissa deux fils : Guelfe l'aîné, duc de Bavière, mort sans postérité en 1119; et Henri, dit le Noir, duc de Bavière après son frère. Il épousa Wainide, fille de Magnus, duc de Saxe, mourut en 1125, et laissa un fils nommé Henri comme lui , qui fut duc de Bavière et de Saxe. Celui-ci épousa Gertrude , fille de l'empereur Lothaire II , et de ce mariage est sortie la maison de Brunswick et Lunebourg, à ce qu'on prétend.

Hugues, second fils d'Azon tige de cette maison, et fils de son second lit , hérita des biens de sa mère , fut comte du Maine en France , et vécut peu ; il ne lui paroît point de postérité , et le comté du Maine disparoît avec lui.

Son frère Foulques fut seigneur d'Esté et marchis. Obizzo son fils eut les mêmes titres, y ajouta en 1177 celui de podestat' de Pavie, et de Ferrare l'année suivante. Il mourut en 1196. Son fils Azon II devint en 1196 marquis d'Esté et de Ferrare, en 1199 podestat de Padoue, en 1207 podestat de Vérone, en 1208 marquis d'Ancône ; il mourut en 1212. Son fils Obizzo III devint premier marquis d'Esté et de Ferrare. fut aussi seigneur de Modène et de Parme. Il épousa Elisabeth, fille d'Albert duc de Saxe, électeur. Nicolas, fils de son fils, ajouta à ces titres ceux de seigneur de Reggio, Forli et Romandiole. Borsus son fils fut créé duc de Modène et de Reggio par l'empereur Frédéric III, 18 mai 1452, et duc de Ferrare par le pape Paul III (Farnèse), 14 avril 1470. Borsus ne se maria point, et mourut en 1471. Hercule son frère lui succéda; il fut gendre de Ferdinand d'Aragon, roi de Naples, et mourut en 1505.

Son fils Alphonse I" lui succéda. Il épousa en premières noces Anne Sforce, fille de Galéas Marie duc de Milan; en secondes noces Lucrèce Borgia, fille du pape Ale.xandre VI. 11 faut ici expliquer sa famille avant d'aller plus loin. De trois frères qu'il eut, deux ne se marièrent point, tous deux moururent longtemps avant lui, dont un des deux en prison. L'autre frère fut évèque de Ferrare, archevequedeSlrigonie.de Milan, de Capoue, de N;irbonne, fut cardinal en 1493, mourut en 1520. Cet Alphonse 1", frère aîné de ce cardinal, eut un fils de Laure Eustochie degli Dianti , dont le père étoit un artisan de Ferrare. Il avoit perdu ses deux femmes longtemps avant sa mort. On a prétendu qu'il épousa enfin cette maîtresse; mais il n'est pas contesté que le fils qu'il en eut, et qui s'appela aussi Alphonse, ne soit né avant ce dernier mariage, si tant est qu'il ait été fait. Le duc Alphonse I" mourut en 1534, et laissa; Hercule II qui lui succéda ; Hippolyte , élevé en France . évèque de

1. Les podestats étaient des gouverneurs établis dans certaines villes d'Italie avec droit de haute justice

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P'errare. de Treguier, d'Autun, de Saint Jean de Maurienne, archevêque de Strigonie, de Milan, de Capoue, de Narbonne, d'Arles, de Lyon, cardinal en 1538, mort en décembre 1572, à soixante-trois ans; un fils qui n'eut que deux filles; le bâtard Alphonse susdit; un fils mort dès 1545 sans alliance; et une fille religieuse.

Hercule II, fils aîné susdit d'Alphonse I", fut son successeur, duc de Ferrare, de Modcne et de Reggio. Il épousa, en 1527 , Renée de France, fille du roi Louis XII , et ce mariage fut peu concordant. Il mourut en octobre 1558 à cinquante ans. Renée se relira en France, où elle mourut en juin 1571 avec un grand apanage et une grande considération. Elle fut la protectrice des savants; et quoique belle- mère du duc de Guise , elle protégea aussi les huguenots. De ce mariage, deux fils et quatre filles : Alphonse II , successeur de son père . Louis , évêque de Ferrare . archevêque d'Auch, cardinal, 1561, mort à Rome 3 décembre 1586, chargé des affaires de France , après son oncle Hippolyte , et toujours très-françois et très-opposé à la Ligue et aux Guise ses cousins germains. Les filles, leurs sœurs, furent : la trop célèbre Anne d'Esté, duchesse de Guise, née en 1531 , mariée décembre 1549, veuve par l'assassinat de Pol trot , février 1563; remariée, 1566. à Jacques de Savoie, duc de Nemours , mère des duc et cardinal de Guise , tués . décembre 1588 , aux derniers états de Blois, du duc de Mayenne, de la duchesse de Montpensier, etc., et du duc de Nemours, et du marquis de Saint-Sorlin, duc de Nemours après son frère ; elle mourut mai 1607 , à soixante-di.xsept ans; Lucrèce, épouse de François-Marie délia Rovere, duc d'Urbin en 1570, morte en 1598; Marfise et Bradamante, mariées aux marquis de Carrare-Cibo et comte Bevilaqua.

Alphonse II, duc de Ferrare, de Modène et de Reggio, fils aîné et successeur d'Hercule II, épousa, en février 1560. Lucrèce, fille de Cosme de Médicis, grand-duc de Toscane; en février 1565, Barbe d'Autriche, fille de l'empereur Ferdinand I"; Enfin, Marguerite, fille de Guillaume Gonzague, marquis de Mantoue. Il mourut sans enfants, 27 octobre 1597, à soixante-quatre ans, le dernier de la véritable et illustre maison d'Esté.

Ici commence la maison bâtarde d'Esté , présentement régnante.

Alphonse, fils du duc Alphonse I" et de la fille de cet artisan de Ferrare, étoit frère bâtard du duc Hercule, gendre du roi Louis XII et oncle de son fils Alphonse II, mort sans enfants, en 1597. Ce bâtard avoit pourtant épousé, en 1549, Julie, fille de François-Marie délia Rovere, duc d'Urbin. Elle mourut en 1563 et lui en 1582, quinze ans avant le dernier duc de Ferrare, de Modène et de Reggio, de la véritable maison d'Esté. Ce bâtard Alphonse laissa César, son aîné, et Alexandre, évêque de Reggio, cardinal, 1598, mort 1624, et deux filles mariées, l'une à Charles Gesualdo, prince de Venose au royaume de Naples , l'autre à Frédéric Pic , priiice de La Mirandole.

César, fils aîné du bâtard, se trouva le seul à prétendre à la succession de son cousin germain le duc .^.Iphonse II, mort sans enfants en 1597 et le dernier de l'ancienne et véritable maison d'Esté. Il fut protégé par l'empereur, et, sans difficulté, duc de Modène et de Reggio. Clà-

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