‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 137 sur 335 · BÉNÉDICTION DE MADAME DE CHELLES · texte numérisé non relu

BÉNÉDICTION DE MADAME DE CHELLES

Le prince électoral de Saxe épousa à Vienne l'archiduchesse, fille aînée du feu empereur Joseph avec les plus fortes renonciations en faveur de la maison d'Autriche, contenues dans le contrat de mariage, et solennellement ratifiées devant et après la célébration.

Mme de Chelles fut enfin bénite à Chelles par le cardinal de Noailles au milieu de trente abbesses. Il y eut des tables pour six cents personnes. Elle en tint une de cinquante couverts. M. le duc d'Orléans mangea en particulier avec quelques dames qu'il avoit menées. Madame n'y alla point, et Mme la duchesse d'Orléans passa toute cette journée dans sa nouvelle maison de Bagnolet.

Il mourut en ce temps-ci un grand nombre de personnes distinguées ou connues : Marillac, doyen du conseil, en la place duquel Pelletier de Sousi monta. On a vu ailleurs que la conversion forcée des huguenots fit Marillac conseiller d'État, qui étoit intendant à Poitiers, et Vérac, chevalier de l'ordre, qui éloit lieutenant général de Poitou. Marillac fut le dernier de cette famille assez récemment sortie d'un avocat, que l'élévation et les malheurs du garde des sceaux et du maréchal de Marillac , frères , avoient fort décorée.

Mme de Croissy , mère de Torcy , qui étoit fort vieille, mais '.out entière de corps et d'esprit, dont elle avoit beaucoup. Elle étoit fille unique de Braud , qui de médecin s'éloit fait grand audiencier ' , après être devenu fort riche. Les ambassades de son mari l'avoient fort accoutumée au grand monde, et la cour ensuite lorsqu'il fut devenu secrétaire d'Ëtat; elle y étoit fort propre. Son goût étoit d'accord avec son génie pour la grande représentation, la magnificence et le jeu, qui l'avoient suivie à Paris dans son "euvage. Elle y tint toujours une grande et florissante maison où la cou»% ce qu'il y avoit de meilleur dans la ville, et tous les étrangers de distinction, étoient toujours. Elle e^celloit à la tenir et en bien faire les honneurs, avec une politesse et un discernement particulier; hors de chez elle impérieuse et insupportable. Son démêlé sur un rien, car il ne s'agissoit ni de cérémonial ni encore moins d'aff'aires, avec la femme du comte Olivencrantz , premier ambassadeur de Suède , et dont une dispute au jeu fut le plus essentiel, se poussa si loin, que les maris prirent parti, dont les suites ne furent pas heureuses pour la France par la haine que cet ambassadeur remporta chez lui , et qu'il inspira au conseil de son maître.

Courcillon mourut de la petite vérole. On a eu lieu de parler de lui ici assez pour n'avoir rien à y ajouter. C'étoit un homme très-singulier, qu'une cuisse de moins n'avoit pu attrister; qui par faveur de sa mère et la sienne personnelle auprès de Mme de Maintenon, et son état mutilé, s'étoit mis sur le pied de tout dire et de tout faire, et qui en faisoit d'inouïes avec beaucoup d'esprit et une inépuisable plaisanterie et facétie. Il avoit aussi beaucoup de lecture, de valeur et de courage d'esprit, mais au fond ne valoit rien, et de la plus étrange débauche et

A. Officier de la grande cliancellerie chargé de présenter au sceau les lettres de grlce, de noblesse, etc. Voy., t. VI, p. 4G3, une noie sur la manière dont le chancelier ei le garde des sceaux *^naienl le sceau dans l'ancienne monarchie.

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