DAVISARD MIS EN LIBERTÉ
je proposois Messeroit l'abbé Dubois, et l'abbé Dubois étoit son maître. II ne se pouvoit défendre aussi de sentir le ridicule du conseil de régence, et le murmure général que tout passât par l'abbé Dubois et rien que par lui; et pour le danger, s'il le sentoit, le Rubicon en étoit passé par les chaînes ancloises dont il s'étoit laissé entraver et de concomitance par les impériales, et cette folle et funeste guerre contre l'Espagne, qui en étoit la suite nécessaire, et qui, formant et laissant une haine personnelle contre le régent et l'Espagne , l'en séparoit pour toujours, et nécessairement par cela même le livroit pour les suites de plus en plus à l'Angleterre, et par l'Angleterre à l'empereur, qui étoit le but où l'abbé Dubois avoit toujours tendu pour son chapeau, et de là pour être premier ministre. C'est ce que le conseil que je proposois auroit utilement empêché , s'il avoit été établi à temps , mais dont l'établissement alors auroit du moins prévenu les funestes suites et celles du chapeau et de la toute-puissance; par conséquent, ce conseil étoit ce qui pouvoit être proposé de plus contradictoire et de plus odieux à l'abbé Dubois, à l'opposition duquel et de toutes ses forces il falloit s'attendre. Aussi en regardai-je l'établissement comme une chimère, mais chimère toutefois que le devoir ne me permettoit pas de ne pas proposer, et de ne pas poursuivre auprès d'un prince, duquel l'expérience montroit qu'il ne falloit ou plutôt qu'on pouvoit n'espérer et ne désespérer de rien.
Il permit à Davisard, cette plume si hardie du duc et de la duchesse du Maine, malade ou qui le faisoit, de sortir de la Bastille, c'est-à-dire qu'il fût rais en liberté. En même temps il exila à Bourges La Chapelle, secrétaire de M. le prince de Conti , qui cria tant qu'il le fit revenir au bout d'un mois. Je n'ai point su quelle sottise ce compagnon avoit faite. C'étoit un très-hardi et très-dangereux fripon, recrépi de bel esprit, et de l'Académie françoise. Il ne vécut pas longtemps depuis son retour.
L'argent étoit en telle abondance , c'est-à-dire les billets de la banque de Law qu'on préféroit alors à l'argent, qu'on paya quatre millions à l'électeur de Bavière et trois millions à la Suède, la plupart d'anciennes dettes. Peu après M. le duc d'Orléans fit donner quatre-vmgt mille francs à Meuse, et huit cent mille livres à Mme de Chàteauthiers, dame d'atours de Madame, qui l'airaoit fort depuis bien des années. L'abbé Alary obtint deux mille livres de pension. Il étoit fils d'un apothicaire de Paris, et une dangereuse espèce, avec de l'esprit et de l'érudition, du monde et de la politesse'. Il trouva depuis le moyen de se faire des amis, de se fourrer à la cour, d'avoir des bénéfices. Il intrigua tant qu'après quelques années il se fit chasser.
Le marquis de Brancas, mon ami depuis longtemps, avoit eu, comme on l'a vu en sou temps, la lieutenance générale unique de Provence, à la mort de Siraiaue , gendre du vieux comte de Grignan. Brancas en vouloit avoir la survivance pour son fils qui n'avoit que neuf ans, et il
i. Voy., sur l'abbé Alary, les détails donnés par le marquis d'.4rgenson Mémoires (édil. de 4825, p. 229j 247, 272).