BOSSU DIT ALSACE
toutes les marques dans Malines. sans en ileniander,ni encore moins en attendre la permission de l'empereur. Ce monarque, accoutumé à dominer également et ses sujets et la cour de Rome, entra en grande colère , menaça Rome , saisit les revenus du nouveau cardinal et le traita avec toute la hauteur d'un souverain justement irrité. Les jésuites qui s'y étoient attendus firent le plongeon comme des serviteurs fidèles qui n'avoient point de part en ce choix, et firent rendre à leur créature rougie les plus grandes soumissions à l'empereur et à ses ministres, L'aflaire étoit faite, il ne s'agissoit plus que d'en sortir : avec toutes ces soumissions. Bossu n'en garda pas moins toutes les marques et le rang de sa nouvelle dignité. Sa conscience ne lui perraettoit pas de manquer au pape qui la lui avoit conférée , mais en même temps il trahit son humilité. Il prit le nom de cardinal d'Alsace. Il prétendit le premier de sa maison sortir par mâles des anciens comtes d'Alsace. On en rit en Flandre; mais partout ailleurs il ne put le faire passer et ne fut jamais que le cardinal de Bossu. L'empereur eut grand'peine à lui permettre d'aller à Rome pour le conclave. Il ne lui donna main levée de ses revenus pour ce voyage qu'à condition de venir à Vienne directement de Rome, dès que le pape seroit élu et couronné, demander pardon de sa faute. Il y alla donc, y fut retenu six mois, y reçut tous les dégoûts dont on put s'aviser, qui le poursuivirent ton-ours depuis en Flandre. La constitution venue , on peut juger avec quelle aveuale fureur cette créature des jésuites s'y signala.
Belluga arriva à la pourpre par des sentiers plus droits; c'étoit un bon gentilhomme castillan que sa rare piété avoit fait choisir à Philippe V au commencement de son règne pour l'évèché de Murcie. II s'y conduisit comme on s'y étoit attendu, et y fut en exemple à toute l'Espagne. Quelques années après, la guerre y fut portée jusque dans ses entrailles. Le roi et la reine, contraints d'abandonner Madrid sans argent, sans subsistance pour ce qui leur restoit de troupes . sans espérance d'en pouvoir lever, avec fort peu de sauver aucune pièce delà monarehie. Dans cette extrémité, qui fit si grandement éclater l'attachement et la fidélité espagnole à jamais mémorable , l'évèque de Murcie se signala entre les seigneurs et les prélats. Il fournit seul, gratuitement, deux mois de subsistance à l'armée, 8u du sien qu'il épuisa et engagea, ou du fonds de ses diocésains qu'il toucha par l'ardeur de ses prédications, et encore plus par son exemple; et il donna, de plus, de quoi payer aux troupes plusieurs prêts qui leur étoient dus. Le sort des armes et les efforts de cette héroïque nation ayant raffermi le trône et rendu la couronne à Philippe V, l'évèque de Murcie ne crut pas qu'il iui fût rien dû ; il compta n"avoir fait que remplir son devoir , ne songea ni à se montrer ni à faire parler de lui; demeura, comme il avoit fait auparavant, renfermé dans son diocèse, uniquement occupé du soin de son salut et de celui de ses ouailles , sans que la cour aussi parût penser à lui. L'épuisement où tant et de si cruelles secousses avoient mis les finances fit chercher les moyens de les réparer un peu. La Crusade parut d'un secours plus prompt et plus net, on l'augmenta fort d'un trait de plume. C'est une imposition sur le clergé que les papes, dominant ea
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Espagne ainsi que dans tous les pays d'obédience', at surtout dans ceux d'inquisition, ont accordée souvent aux rois d'Espagne pour la guerre des Mores, et depuis leur expulsion, souvent encore sous prétexte de leur faire la guerre en Afrique. Comme l'Espagne y a toujours eu quelques places, qui ont soutenu des sièges sans fin, parce qu3 les Mores n'entendent rien à l'attaque des places , cette imposition , plus ou moins forte, a presque toujours subsisté et comme passé en ordinaire; mais la surtaxe, et de la seule autorité du roi, émut le clergé et l'é venue de Murcie plus qu'aucun. C'étoit un grand homme de bien, mais de peu de lumière ; il ne crut pas pouvoir en conscience livrer au roi un bien consacré aux autels et aux pauvres. Il fit grand bruit; il résista avec la plus grande fermeté aux ordres réitérés du roi , et comme son exemple à lui donner dans sa nécessité avoit été grand et en spectacle à toute l'Espagne, celui de sa résistance n'eut pas moins de crédit pour le refus. Le roi, embarrassé, s'écrie et menace; Belluiia, inébranlable, porta ses plaintes à Rome, et fut cause que TafTaire devint très-considérable et ne put finir que par un accommodement.
Lors de son plus grand feu la promotion se fit, et Belluga. célèbre à Rome par son zèle et sa fermeté pour l'autortîé du pape et pour l'immunité du clergé, y fut compris sans qu'il y eût jamais pensé. Il le montra bien; il n'en apprit la nouvelle qu'avec surprise, et tout aussitôt déclara qu'il n'accepteroit jamais la pourpre sans la permission du roi. qu'il n'espéroit pas dans la disgrâce où il se xrouvoit. En effet , le roi d'Espagne regarda la promotion de Belluga comme une injure qui lui étoit faite , et lui envoya défendre de l'accepter. Mais le refus de Belluga avoit prévenu la défense. Le pape, piqué à son tour, dépêcha un courrier à Belluga avec un bref impératif d'accepter en vertu de la sainte obéissance. Mais ce bref ne put tenter ni ébranler même ce sublime Espagnol. Il répondit modestement au bref, qu'il n'y alloit ni de la religion ni de l'Église qu'il fût cardinal ou qu'il ne le fût pas, mais qu'il y alloit du devoir et de la conscience d'un sujet d'obéir à son roi , de lui être fidèle et soumis, dont nulle puissance ne le pouvoit délier ni le faire départir. C'est qu'il ne s'agissoit ici que d'une dignité; s'il y avoit eu de la religion ou de miérésie mêlée , je ne sais si on penseroit au delà des Pyrénées comme on pense en deçà , et comme toute l'antiquité a pensé en tout pays. Quoi qu'il en soit , telle fut la digne réponse du grand évêque de Murcie, dans laquelle il persévéra, malgré tout ce que Rome commise y employa de caresses et de menaces. Ce spectacle plaisoit fort à Madrid qui laissoit faire , sans se remuer , et qui le laissa durer plusieurs mois. Belluga ne se remua pas davantage; il ne fit n; ne laissa faire la plus petite démarche auprès du roi d'Espagne ; il nf
' Les pays d'obédience étaionl reux où le papo nommait aux bénéfices et exerçait une juridiction plus étendue que dans les autres. L'Allemagne était un pays d'obédience. Il y avait aussi dans l'ancienne Fraiice plusieurs provinces qui étaient pays d'obédience et ne reconnaissaient point le concordat de François I". Telles étaient la Brciague.la Provence et la Lorraine. Le pape pouvait pendant buit mois de l'année y nommer aux bénéfices vacants.