‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 160 sur 335 · SA SAINTE MAGNANIMITÉ · texte numérisé non relu

SA SAINTE MAGNANIMITÉ

fut pas moins tranquille ni moins absorbé dans ses devoirs et dans les occupations de sa vie accoutumée. Rome aussi dédaignoit d'agir auprès du roi d'Espagne, ou plutôt n'osoit se commettre à un refus. Lorsque Bellufia n'y songeoit plus et que la longueur du spectacle l'eut fait tomber, le roi d'Espagne dépêcha deux courriers, l'un à Belluga, avec ordre d'accepter; l'autre au pape, portant sa nomination au cardinalat en faveur de Belluga. Ainsi l'affaire fut finie avec une gloire sans égale pour Belluga, qui, sans se hâter ni changer rien à son habit ni à sa calotte , vint présenter sa barrette au roi d'Espagne , la recevoir de sa main, et l'en remercier comme ne la tenant que de ses bienfaits. Cai contraste fut un peu fort pour les cardinaux d'Alsace et de Mailly , et il fut célébré partout.

Dans la suite Belluga, qui avoit plus de zèle que de lumière, voulut entreprendre des réformes que les évêques d'Espagne ne purent souffrir. Ils s'élevèrent contre avec d'autant plus de succès que leur résidence, leurs mœurs, leurs aumônes, leur vie pleinement et uniquement épiscopale est en e}t»«3ple de tout temps soutenu à tous les évêques du monde. Belluga, ne pouvant procurer à son pays le bien qu'il s'étoit proposé , se dégoûta tellement qu'il lit trouver bon au roi qu'il lui remît i'évêché de Murcie , et qu'il se retirât à Rome. Il y fut comme à Jlurcie, sujet très-attaché à son roi , chargé même de ses affaires dans des entretemps, et y a eu part dans tous, et sa vertu qui surnagea toujours aux lumières, surtout politiques, lui acquit une vénération , et même pendant toute sa longue vie une considération que celles-ci ne peuvent atteindre, quoique plus dans leur centre en cette capitale du monde que partout ailleurs.

Salerne étoit un jésuite italien du royaume de Naples , transporté je ne sais par quelle aventure en Allemagne, ni par quelle autre fort bien daiîs les bonnes grâces de Frédéric- Auguste, électeur de Saxe, en la conversion duquel il eut beaucoup de part; mais je ne sais s'il y eut plus de peine que le Teucin à celle de Law. L'électeur de Saxe vouloit être roi de Pologne , et il ne pouvoit être élu sans être catholique. Nul sujet du duché de Saxe ne pouvoit embrasser la religion catholique sans perdre à l'instant tous les biens qu'il y possédoit. La qualité de chef et de protecteur né de tous les protestants d'Allemagne est attachée à la dignité d'électeur de Saxe, qui est chargé de tous leurs griefs , de les faire redresser , de leur faire maintenir et rétablir tout ce que les diverses paix et pacifications leur ont accordé. Un titre q\ii a des fonctions si continuelles et si importantes , et qui le met à la tête du corps protestant, et en moyen de le mouvoir, lui donne la première considération dans l'Empire et dans toute l'Allemagne , et une autorité et un crédit qui le fait fort ménager par tous les souverains d'Allemagne et beaucoup par les empereurs. Auguste ne vouloit pas perdre de si grands avantages ni se commettre avec ses propres États passionnés pour le luthéranisme. Son domestique n'étoit pas plus aisé sur ce point. Le détail de cette grande affaire n'appartient point à ces Mémoires. Il s'y faut contenter de l'exposition du fait, et de dire qu'Auguste fut assez habile ou assez heureux pour concilier des

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