‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 16 sur 335 · BLAMONT ET DEUX CONSEILLERS ENLEVÉS · texte numérisé non relu

BLAMONT ET DEUX CONSEILLERS ENLEVÉS

par l'éclat de sa conduite, et n'avoir pas eu plus de soin à mettre se? papiers à couvert.

Cette capture, qui auroit pu se faire avec moins d'appareil, ne fut pas plutôt sue au palais, que les chambres s'assemblèrent et résolurent une liéputation aux femmes des exilés pour leur témoigner la part que la compagnie prenoit en leur détention, et une autre la plus nombreuse qu'il se pourroit au roi et au régent, pour s'en plaindre. Ils furent donc dès le dimanche matin au Palais-Royal, et l'après-dînée aux Tuileries. Leur harangue, prononcée par le premier président, fut pressante, mais en termes très-mesurés et très-respectueux. La réponse à toutes les deux fut à peu près de même, grave et vague. Le lundi et le mardi le palais fut fermé, et un avocat, ayant plaide à la cour des aides, pensa être chassé de sa compagnie, qui avoit résolu de cesser ses fonctions; cependant cette grande résolution, qui alloit à suspendre tout cours de justice, qui tendoit à soulever le monde et à essayer un second tome du fameux Broussel, de la dernière minorité, ne put se soutenir. Dès le mercredi le parlement reprit de lui-même ses ordinaires fonctions; mais il ordonna aux gens du roi de se trouver tous les matins au Palais- Iloyal, pour insister sur le rappel de leurs membres. Ce manège, aussi ridicule qu'infructueux, dura jusqu'au 7 septembre. Comme les extrémités sont du goiît des François, il se débita que, la cessation de l'exercice de la justice n'ayant pas réussi, le parlement entreprendroit de ne se point séparer aux vacances . et de continuer à s'assembler après la Notre-Dame de septembre. Néanmoins il n'osa l'attenter. Il laissa seulement commission au président qui devoit tenir la chambre des vacations d'aller souvent solliciter auprès du régent le retour de leurs membres. Ce président vit bien, par l'éloignement des lieux, où on sut enfin qu'ils étoient arrivés et détenus sans parler à personne . qu'ils n'étoient pas pour en sortir sitôt, vit le régent deux ou trois fois, et lui épargna ensuite une importuniié inutile.

Ainsi finit cette grande affaire , et si importante que le repos de l'État en dépendoit , par le consolidement de l'autorité royale entre les mains du régent , en empêchant un partage qui ne lui eût bientôt laissé qu'une représentation vaine et vide, et qui eût attiré toutes sortes de confusions, aflaire compliquée dont le succès fut également dû à la diligence et au profond secret, au peu d'arrangement de la cabale qui se formoit, et à la foiblesse de ses principales tètes.

L'honneur que cette exécution fit au régent dans les pays étrangers est incroyable. On commença à s'y rassurer de la crainte de ne pouvoir traiter solidement avec un prince qui sembloit se laisser arracher son pouvoir par des légistes : c'est ainsi que le roi de Sicile s'en expliqua en propres termes à Turin , et que les autres puissances ne s'en laissèrent pas moins clairement entendre.

La consternation du parlement ne fit pas un moindre efïel dans le royaume. Les autres parlements, qui tous avoient été sondés, et dont quelques-uns n'avoient pas voulu se joindre à celui de Paris, s'affermirent dans l'obéissance , et les provinces séduites par des pratiques et depuis par l'exemple de l'indépendanc-s , n'osèrent plus montrer d'audace. Saint-Simon xi. 2

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