‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 18 sur 335 · M. LE DUC EN POSSESSION · texte numérisé non relu

M. LE DUC EN POSSESSION

l'autre, surtout pour les inlérèts d'aulrui, et qui, suivant son goût, entendroit si volontiers aux prétendus mezzo-termine , rapatriages, conciliations, qui lui pouvoient être opposés dans la suite, par lesquels le régent et le parlement seroient peut-être ravis de sortir d'aiïaire l'un d'avec l'autre à nos dépens. Ces considérations rae firent estimer que l'affaire du bonnet n'étoit pas de saison , et qu'il falloit quelquefois savoir demeurer en souffrance. Je pensai enfin, mais sans être déterminé par cette raison surabondante et assez peu apparente, que le parlement, touché de cette modération de notre part, sentiroit peut-être enfin l'excès, la nouveauté, l'injustice si évidente de l'usurpation de ses présidents à cet égard, et qui n'intéressoit le corps du parlement en nulle sorte, l'engageroit à y prendre peu de part si cette affaire venoit à être jugée, comme celle de la préopinion sur les présidents et le premier président le fut en notre faveur en 1664, peut-être même à se porter à nous faire justice comme le parti le plus honorable sur un point si criant, et ôter le mur de séparation et de division d'entre les pairs et le parlement par l'inconvénient duquel cette compagnie n'avoit cessé d'être c( ntinuellement flétrie, au lieu du lustre peut-être excessif, où son union avec les pairs l'avoit élevée et établie avant ces usurpations.

Dès le lendemain du lit de justice , M. le Duc prit possession de la surintendance de l'éducation du roi et en fit les fondions. Il s'établit peu de jours après dans l'appartement que le duc du Maine occupoit aux Tuileries. L'après-dînée du jour du lit de justice le maréchal de ViUeroy, accompagné de M. de Fréjus et de toute l'éducation, alla piaffant, quoique enrageant, à l'hôtel de Condé, où les souples respects d'une part, et les faux compliments de l'autre, donnèrent une autre sorte de spectacle. Dès le lendemain, le roi s'alla promener au Cours, où M. le Duc l'accompagna, au lieu du duc du Maine, et entra publiquement en fonction.

Mme d'Alègre ne tarda pas à me venir voir. Elle m'avoua enfin , parmi toutes ses enveloppes ordinaires, ses phrases suspendues et souvent coupées sans les achever , que ses avis si souvent reitérés et si fort hiéroglyphiques, n'avoient tendu qu'à m'averlir, et le régent par moi. de la dangereuse cabale qui se brassoit de longue main, qui se fortifioit tous les jours, et qu'il étoit grand temps d'abattre par le grand coup qui venoit d'être frappé; en même temps elle m'avertit, pour le bien inculquer au régent . de ne se pas trop reposer sur une exécution si importante -, qu'elle connoissoit les allures des gens à qui elle avoit affaire; que, quelque étourdis qu'ils fussent d'un coup auquel Us ne s'attendoient pas de la conduite et de la foiblesse du régent, ils n'en seroient que plus enragés et plus unis; que ce coup même leur apprenoit à changer leur sécurité . leur lenteur , leur négligence en mesures plus justes , plus serrées , plus fortes, pour atteindre au grand but qu'ils s'étoient proposé, de profiler de plus en plus des dispositions de l'Espagne, irritée au dernier point du dernier traité avec l'empereur et les puissances maritimes, et du dépit général qui s'en répandoit par toute la France. Je ne manquai pas d'en rendre un compte exact à M. le duc d'Orléans , et d'y ajouter mes réflexions. Je trouvai uu homme si à son aise d'être au lendemai©

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