‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 185 sur 335 · LAW CONTRÔLEUR GENERAL · texte numérisé non relu

LAW CONTRÔLEUR GENERAL

Le désordre des finances augmentoit chaque jour, ainsi que les démêlés d'Argenson et de Law , qui s'en prenoient l'un à l'autre. Celui-ci avoit l'abord gracieux; il tenoit par son pajier un robinet de finance qu'il laissoit couler à propos sur qui le pouvoit soutenir. M. le Duc , Mme la Duchesse , Lassai , Mme de Verue y avoient puisé force millions et en tiroient encore. L'abbe Dubois y en prenoit à discrétion. C'étoient de grands appuis, outre le goût de M. le duc d'Orléans qui ne s'en pouvoit déprendre. Les audiences du garde des sceaux, plus de nuit que de jour , désespéroient ceux qui travailloient soud lui et ceux qui y avoient affaire. La difficulté des finances et ses luttes contre Law lui avoient donné de l'humeur qui se répandoit dans ses refus. Les choses en étoient venues au point qu'il falloit que l'un des deux cédât à l'autre une administration où leur concurrence achevoit de mettre la confusion. Quelque liaison , même intime , qui subsistât entre lui et l'abbé Dubois c ui avoit échoué à les faire compatir enseinble , la vue du cardinalat et la nécessité de beaucoup d'argent à y répandre ne permit pas à Dubois de balancer dans cette extrémité qui ne pouvoit plus se soutenir. La conversion de Law avoit un but auquel il étoit temps qu'il arrivât. Il étoit pénétré de la bonté de son système, et il s'en promettoit des merveilles de la meilleure foi du monde, sitôt qu'il ne seroit plus traversé.

Argenson voyoit l'orage s'approcher; il se sentoit dans une place non moins fragile que relevée ; il vouloit la sauver. Il avoit trop d'esprit et trop de connoissance du monde , et de ceux à qui il avoit affaire , pour ne pas sentir que , s'opiniâtrant aux finances , elles entraîneroient les sceaux. Il céda donc à Law , qui fut enfin déclaré contrôleur général des finances, et qui, dans cette élévation si singulière pour lui, continua à venir chez moi tous les mardis matin , me voulant toujours persuader ses miracles passés et ceux qu'il alloit faire. Argenson demeura garde des sceaux , et se servit habilement du sacrifice des finances pour faire passer sur la tête de son fils aîné sa charge de chancelier de l'ordre de Saint-Louis, et le titre effectif sur son cadet. Sa place de conseiller d'État qu'il avoit conservée, il la fit donner à son aîné avec l'intendance de Maubeuge, et fit son cadet lieutenant de police. Le murmure fut grand de voir un étranger contrôleur général, et tout livré en France à un système dont on commençoit beaucoup à se défier. Mais les François s'accoutument à tout et la plupart se consolèrent de n'avoir plus aff"aire aux heures bizarres et à l'humeur aigre d'Argenson. M. le duc d'Orléans me dit bien d'avance ce qu'il alloit faire , mais sans consultation. L'abbé Dubois avoit tout envahi, et j'évitois au lieu de m'avancer à rien. On verra bientôt quel fut le succès de ce choix. Les enfants d'Argenson furent les seuls qui en profitèrent. On n'avoit jamais ouï parler d'un conseiller d'JÉtat et intendant de Hainaut de vingt-quatre ans, ni d'un lieutenant de police encore plus jeune. On changea en même temps la face et les départements du conseil des finances, dont le duc de La Force déjà entré dans celui de régence , ne fut plus. On donna une expectative de conseiller d'État à Machaut, qui quitta volontiers la place de lieutenant de police pour celle-ci , et pour les cinquante mille écus qu'il avoit donnés au garde des sceaux , qu'il lui rendit. Angerviliiers , inteû-

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