‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 186 sur 335 · LAW MALTRAITÉ PAR LE PRINCE DE CONTI · texte numérisé non relu

LAW MALTRAITÉ PAR LE PRINCE DE CONTI

dant d'Alsace, puis de Paris, eut en même temps une pareille expectative. On en fait ici mention à cause qu'on le vit depuis ministre et secrétaire d'État ayant le département de la guerre, et que sa capacité le distingua extrêmement dans tous ses emplois ainsi que sa probité.

La place de contrôleur général que Law occupoit si nouvellement ne le mit pas à l'abri du pistolet sur la gorge, pour ainsi dire, de M. le prince de Conti. Plus avide que pas un des siens, et que n'est-ce point dire? il avoit tiré des monts d'or de la facilité de M. le duc d'Orléans, et d'autres encore de Law en particulier. Non content encore, il voulut continuer. M. le duc d'Orléans s'en lassa; il n'étoit pas content de lui. Le parlement recommençoit sourdement ses menées : elles comraençoient même à se montrer et le prince de Conti s'intriguoit à tâciier d'y faire un personnage indécent à sa naissance , peu convenable à son âge , honteux après le.s monstrueuses grâces dont il étoit sans cesse comblé. Rebuté par le régent, il espéra mieux de Law; il fut trompé en son attente; les prières, les souplesses, les bassesses, car rien ne lui coûtoit pour de l'argent, n'ayant rien opéré, il essaya la vive force, et n'épargna à Law ni les injures ni les menaces. En effet , il lui fit une telle peur : le prince de Conti, ne pouvant lui pis faire pour renverser sa banque, y fut avec trois fourgons qu'il ramena pleins d'argent pour le papier qu'il avoit, que Law n'osa refuser à ses emportements, et manifester par ce refus la sécheresse de ses fonds effectifs. Mais craignant d'accoutumer à ces hauteurs et à cette tyrannie un prince aussi insatiable, il ne le vit pas plutôt parti avec son convoi , qu'il en fut porter ses plaintes à M. le duc d'Orléans. Le régent en fut piqué ; il sentit les dangereuses suites et le pernicieux exemple d'un procédé si violent à l'égard d'un étranger sans appui qu'il venoit de faire contrôleur général bien légèrement. Il se mit en colère, envoya chercher le princedeConti, et contre son naturel lui lava si bien la tête qu'il n'osa branler, et eut recours aux pardons ; mais outré d'avoir échoué , peut-être plus encore que de la plus que très-verte'réprimande , il eut recours au soulagement des femmes. Il se répandit en propcs contre Law, qui ne lui firent plus de peur et moins de mal encore , mais qui firent peu d'honneur à M. le prince de Conti, parce que la cause en étoit connue, et qu'on n'ignoroit pas en gros tout ce qu'il avoit tiré de Law; le blâme fut général et d'autant plus pesant que Law étoit fort déchu de la faveur et de l'éblouissement public qu'une batagelle tourna en dépit et en indignation.

Le maréchal de Villeroy , incapable d'inspirer rien au roi de solide , adorateur du feu roi jusqu'au culte, plein de vent et de frivole, et de la douceur du souvenir de ses jeunes années, de ses grâces aux fêtes et aux ballets, de ses belles galanteries, voulut qu'à l'imitation du feu roi, le roi dansât un ballet. C'étoit s'en aviser trop tôt. Ce plaisir étoit trop pénible pour l'âge du roi , et il falloit vaincre sa timidité peu à peu et l'accoutumer au monde qu'il craignoit, avant de l'engager à représenter en public, et à danser des entrées sur un théâtre. Le feu roi , élevé dans une cour brillante où la règle et la grandeur se voyoient avec distinction , et où le commerce continuel des dames de la reine mère et des

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