I'1720] AVEC MADEMOISELLE DE FEUQUIÈRES
la dernière et l'héritière, le frère de son père étant cadet, qui avoit épousé la fille de Mignard, peintre célèbre, pour sa beauté, qui avoit plus de quatre-vingts ans, et qui n'avoit point eu d'enfants. Il y avoit de grands restes et bons dans ces deux successions, mais il falloit du temps , de la peine , du crédit , de l'argent pour les liquider et en jouir ; et c'est ce qui faisoit, en attendant, mourir de faim Mme et Mlle de Feuquières et la marier comme elle le fut. Ainsi ce Seiglière, car c'étoit le nom de la famille de ce faux Soyecourt, joignit encore les biens de ces deux maisons à ceux dont il avoit déjà hérité. On le marque encore ici à dessein de montrer de plus en plus le désastre , l'ignominie , la déprédation de.s mésalliances si honteuses des filles de qualité dont on croit se défaire pour leur noblesse sans leur rien donner, et dont le sort ordinaire est de porter tous les biens de leurs maisons, dont elles deviennent héritières, par une punition marquée, à la lie qu'on leur a fait épouser, en victimes de la conservation de tous ces biens à leurs frères qui meurent sans postérité. Pour rendre complet le malheur de ce mariage, Soyecouri avec de l'esprit, de la figure, de l'emploi à la guerre, se perdit de débauches, de jeu, de toutes sortes d'infamies, tellement que, de juste frayeur des arrêts qui le pouvoient conduire au gibet, il sortit de France peu d'années après , se cacha longtemps dans les pays étrangers , et mourut enfin en Italie au grand soulagement de sa femme , de ses enfants et de MM. de Gesvres.
Le comte de Vienne mourut assez subitement dans un âge peu avancé. C'étoit un fort honiiête homme, qui avoit de l'esprit et de la grâce, qui étoit fort du monde, au contraire de son frère aîné, le marquis de La Vieuville . dont la femme étoit dame d'atours de Mme la duchesse de Berry. Leur nom est Cokseart' : ils sont Bretons, et rien moins que des I,a Vieuville de Flandre . dont ils ont pris le nom et les armes qu'ils ont avec raison trouvés meilleurs que les leurs. On en a parlé ailleurs. Le comte de Vienne n'eut point d'enfants de sa f^mme dont il portoit le nom , et qu'on [a] vu , il n'y a pas longtemps ici , qu'il avoit perdue subitement. Le prince de Murbach mourut en même temps vers Cologne ; il étoit frère de Mme de Dangeau , bien fait et de bonne compagnie ; il avoil fait plusieurs séjours à la cour; il avoit force biùéûces et étoit riche : le nom qu'il portoit étoit celui de son abbaye commeudataire de Murbach' , qui donne titre de prince de l'empire , mais qui en France n'opère aucun rang.
L'impératrice mère, veuve de l'empereur Léopold, et sœur de l'électeur palatin, etc. , mourut à Vienne d'apoplexie, qui fut un deuil de six semaines pour le roi. C'étoit une princesse fort haute et fort absolue dans sa cour et dans sa famille, qui avoit eu un grand crédit sur l'esprit de l'empereur Léopold, et plus encore sur celui de 1 empereur son fils, ce qui lui avoit donné et conservé une grande considération. Sa prédilection, de tout temps marquée pour ce prince son second fils, et l'hu-
<. Ce nom s'écrit ordinairement Coskatr.
2. L'abbaye de Murbach était située en Alsace; on en voit encore aujourd'iiui les ruines dans le département du Hau; Uliin.