DIGRESSION
avoir trouvé parti digne d'elle; deux furent religieuses de Sainte-Marie, les deux autres mariées, l'aînée au duc d'Elbœuf, doni les deux derniers ducs d'Elbœuf; la dernière, en 1668, à Maximilien, frère de l'électeur de Bavière , père des électeurs de Cologne et de Bavière , mis au ban de l'empire pour s'être attachés à la France. Ce duc Maximilien n'en eut point d'enfants; il mourut à Turckheim, en 1605, et elle au même lieu, en 1606, à quarante-deux ans'.
M. de Bouillon, frère du cardinal, et ses enfants : leurs mariages sontcouiïus, au moins épousa-t-il une Italienne', sœur de la connétable Colonne ; et un de ses fils , une Irlandoise fort intrigante.
Mais on ne peut s'empêcher d'admirer la profonde réflexion de son fils qui lui fit dénicher un parti très-singulier pour son fils, l'art et la dépense qu'il sut employer pour l'obtenir, et ce fils mort aussitôt après la consommation du mariage, tout ce qu'il mit en œuvre pour obtenir dispense de la faire épouser à son second fils. On supprime ici l'étonnement où elle fut de se trouver ici bourgeoise du quai Malaquais , comme elle l'osa dire, ayant compté d'épouser un souverain, et de tenir une cour. Aussi le mariage fut-il peu heureux , et après quelques années [elle] finit par retourner en Silésie au grand contentement de son mari et au sien , d'où elle n'est plus revenue.
Le comte d'Auvergne (on a expliqué ici, t. III, p. 361 , 365 et 366, ces noms de comte et de prince d'Auvergne) , frère du duc et du cardinal de Bouillon , fut marié , par M. de Turenne , son oncle , en 1662, à la fille unique de Frédéric de HohenzoUern et d'Elisabeth héritière de Berg-op-Zoom, qui lui apporta dès lors cette grande terre, et d'autres biens en mariage avec les alliances d'Allemagne et des Pays-Bas. Elle mourut à Berg-op-Zoom, où elle étoit allée faire un voyage en 1698, laissant plusieurs enfants. Il se remaria dès 1699 , et toujours en Hollande, et il épousa à la Haye Elisabeth Wassenaer. qui se fit depuis catholique à Paris, et qui y mourut sans enfants peu d'années après. Le comte d'Auvergne mourut ensuite à Paris, à la fin de 1707 à soixante-sept ans. Le seul de ses enfants, fils et filles, qui se soit marié , est le prince d'Auvergne , dont la désertion et la conduite ont été rapportées ici (t. II, p. 383), en leur temps. Passé sans cause que de folles espérances de sa maison , fondées sur leurs alliances en Allemagne et en Hollande, de la tête de son régiment au camp ennemi dès l'entrée de la campagne, il fut trouver d'abord sa tante en Bavière, et deux mois après se mit au service des États généraux. Ce fut lui qui, à la tête d'un gros détachement, alla recevoir le cardinal de Bouillon, dont la fuite aux ennemis étoit concertée. Il épousa, en 1707 , la sœur du duc d'Arenberg, et mourut en 1710, à trente-cinq ans; c'éloit un gros garçon, fort épais de corps et d'esprit, grossier, et qui comptoit sottement devenir sialhouder des Provinces-Unies. Il ne laissa point de
4. Le ms. porte 4 605 et 1606, mais il faut lire 1705 et 1706.
2. La ducliesse de Bouillon était Mari'^-Anne Mancini, nii ce du cardinal Mazarin, et sœur de Mai'ie Mancini, qui avait épousé don Loreuzo Coionna, connétable du roiaunie de Naples.
[1720] ABBÉ d' AUVERGNE, COMMENT ARCHEVEQUE. 247
garçons; sa fille épousa, en 1722, J. Christian, prince palatin de Sultzbach, morte à Hippolstein, en 1728, à vingt ans, laissant un fils unique, Charles-Philippe, prince de Sultzbach, parla mort de son père, en 1733, et devenu électeur pnlatin à la fin de 17')2. C'est de ces alhances palatines dont le duc de Bouillon d'aujourd'hui cherche à s'appuyer, en se parant du nouvel ordre de l'électeur palatin.
Tels ont été l'esprit et les vues constantes de cette branche de la maison de La Tour depuis que par l'usurpation de Sedan elle a tâché sans cesse de se séparer de son être, de ne vouloir plus faire partie de la noblesse françoise , et de démentir son origine et leurs pères qui de cette origine ont tiré tout leur honneur et leur lustre , qui ont vécu parmi elle sans prétention , qui se sont toujours glorifiés d'être sujets de nos rois. Les réflexions sur tout cela se présentent en foule et bien naturellement d'elles-mêmes.
Encore un mot sur l'abbé d'Auvergne. Lorsque l'abbé de Castries, sacré archevêque de Tours, passa peu après à l'archevêché d'Albi, l'abbé d'Auvergne eut celui de Tours, l'abbé de Thesut , secrétaire des commandements de M. le duc d'Orléans, qui avoit alors la feuille ', travaillant avec ce prince, fit un cri épouvantable quand il entendit cette nomination , dont il dit son avis par l'horreur qu'elle lui fit. Le régent convint de tout, y ajouta même le récit d'aventures de laquais fort étranges et assez nouvelles , et comme cet énorme genre de débauche n'étoit pas la sienne , il avoua à Thesut qu'il avoit eu toutes les peines du monde à faire l'abbé d'Auvergne évêque , mais qu'il en étoit depuis longtemps si persécuté par les Bouillon , qu'il falloit à la fin se rédimer de vexation. Thesut insista encore, puis écrivit la nomination sur la feuille en haussant les épaules ; c'est lui-même qui me raconta ce fait deux jours après. Cela n'a pas empêché peu après la translation de l'abbé d'Auvergne, sacré archevêque de Tours à l'archevêché de Vienne, qu'il aima mieux. Tel fut le digne choix du cardinal Fleury pour la pourpre à la nomination du roi , dont le scandale fut si éclatant et si universel , que le cardinal Fleury n'en put cacher sa honte. On se contentera ici de ce mot pour achever de présenter la fortune de l'un et montrer le digne goût de l'autre, parce que cette promotion dépasse les bornes de ces Mémoires.