‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 205 sur 335 · ET DE LA BANQUE DE LAW · texte numérisé non relu

ET DE LA BANQUE DE LAW

vernement plusieurs années après la mort de M. le duc d'Orléans; c'est enfin ce dent la France ne se relèvera jamais , quoiqu'il soit vrai que les terres en soient considérablement augmentées. Pour dernière plaie les gens tout-puissants, princes et princesses du sang surtout, qui ne s'étoient fait faute du Mississipi , et qui ont rais toute leur autorité à s'en sauver sans rien perdre, l'ont rétabli sur ce qu'ils ont appelé la compagnie d'Occident qui, avec les mêmes tours de passe-passe particuliers, et un commerce exclusif aux Indes, achève d'anéantir celui du royaume , sacrifié à l'énorme intérêt d'un petit nombre de particuliers dont le gouvernement n'a osé s'attirer la haine et la vengeance en attaquant un article si délicat.

Il se fit cependant plusieurs exécutions violentes et des confiscations de sommes considérables trouvées dans les maisons visitées. Un nommé Adine , employé à la banque , en fut pour dix mille écus confisqués , dix mille francs d'amende, et son emploi ôlé. Beaucoup de gens cachèrent leur argent avec tant de secret, qu'étant morts sans avoir pu dire où ils l'avoient mis, ces petits trésors sont demeurés enfouis et perdus pour les héritiers. On ôta les emplois qu'on avoit donnés aux quatre frères Paris depuis quelque temps, et on les éloigna de Paris, soupçonnés de cabaler contre Lav/ parmi les gens de finance. Us étoientfils d'un hôtelier qui tenoit un cabaret au pied des Alpes , qui étoit seul et sans village ni hameau , dont l'enseigne étoit à la Montagne ; ses fils lui servoient, et aux passants, de garçons de cabaret, pansoient leurs chevaux et servoient dans les chambres , tous quatre fort grands et bien faits; l'un d'eux se fit soldat aux gardes, et l'a été assez longtemps : une aventure singulière les fit connoître. Bouchu , intendant de Grenoble , dont il a été parlé ici quelquefois , étoit aussi intendant de l'armée d'Italie, lorsque, après la capture du maréchal de Villeroy à Crémone, le duc de Vendôme lui succéda dans le commandement de l'armée. Bouchu , quoique âgé et fort goutteux, mais qui avoit été beau et bien fait, n'avoit pas perdu le goût de la galanterie; il se trouva que le principal commis des munitionnaires , chargé de tout ce détail et de faire tout passer à l'armée, étoit galant aussi, et qu'il eut la hardiesse de s'adresser à celle que M. l'intendant aimoit, et qu'il lui coupa l'herbe sous le pied parce qu'il étoit plus jeune et plus aimable. Bouchu, outré contre lui, résolut de s'en venger, et, pour cela, retarda tant et si bien le transport de toutes choses par toutes les remises et toutes les difficultés qu'il fit naître, quelque chose que pût dire et faire ce commis pour le presser , que le duc de Vendôme ne trouva rien en arrivant à l'armée , ou plutôt dès qu'il la voulut mouvoir. Le commis, qui se vit perdu et qui ne douta point de la cause, courut le long des Alpes chercher quelques moyens de faire passer ce qu'il pourroit en attendant le reste. Heureusement pour lui et pour l'armée , il passa à ce cabaret esseulé de la Montagne, et s'informa là comme il faisoit partout. Le maître hôtelier lui parut [avoirj de l'esprit, et lui fit espérer qu'au retour de ses fils qui étoient aux champs, ils pourroient lui trouver quelque passage. Vers la fin du jour , ils revinrent à la maison. Conseil tenu , le commis leur trouva de l'intelligence et des ressources, tellement qu'il se livra à eux, Saint-Sjmon XI. lî

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