‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 221 sur 335 · EXÉCUTIONS À NANTES · texte numérisé non relu

EXÉCUTIONS À NANTES

du conseil. Les sieurs de Pontcallet. de Talhouet, Montlouis et Coëdic', capitaine de dragons, y eurent la tèle coupée. Il y en eut seize autres qu'on ne tonoit pas qui l'eurent en même temps en effigie, qui furent les deux frères Rohan du Pouldouc. les deux frères du Groesker', les sieurs de Rosconan , Bourgneuf-Trevelec fils, Talhouet de Boisoran et Talhouet de Bonamour, La Boissière , Kerpedronde Villeglé, La Beraye, La Houssaye père, Croser , Kerentré de Goëllo , Melac-Hervieux et Lambilly, conseiller au parlement de Rennes. Les prisonniers avoient avoué la conspiration et les mesures prises pour livrer les ports de la Bretagne à l'Espagne, et y en recevoir les troupes, marcher en armes en France, etc., le tout juridiquement avoué et prouvé. On les avoit éblouis de les remettre comme au temps de leur duchesse héritière Anne, et de trouver la plupart de la noblesse de France prête à se joindre à eux pour la réformation du royaume sous l'autorité du roi d'Espagne, représentée en France par le duc du Maine. La bouche fut soigneusement fermée aux commissaires les plus instruits, et l'abbé Dubois sut mettre bon ordre à la conservation du secret, des détails sur le duc et duchesse du Maine qu'il avoit eu grand soin de faire élargir, et revenir avant d'achever les procès criminels de Nantes. Il se trouva tant de gens arrêtés et à arrêter sur les dépositions des prisonniers qu'après Texécution réelle de ces quatre , et en effigie de ces seize , on envoya une amnistie pour tous les prisonniers et accusés non arrêtés, les uns et les autres non encore jugés, dont dix seulement furent exceptés, qui sont : les deux frères Lescoët, les sieurs de Roscoët, Kersoson, Salarieuc l'aîné, Karanguen-Hiroët, Coargan, B issy-Bec-de-Li.'vre, Kervasi l'aîné, et les frères Fontaiuepers'. Noyan, qui étoit prisonnier, fut mis en liberté par l'amnistie. Rochefort, président à mortier, et La Bédoyère, procureur général, et quelques autres du même parlement de Bretagne, eurent l'ordre de se défaire de leurs charges, et l'arrêt de la commission du conseil à Nantes fut rendu public. Plusieurs de ces Bretons coupables, qui se sauvèrent à temps, se retirèrent par mer en Espagne, où tous eurent des emplois ou des pensions. Peu y firent quelque petite fortune qui ne les consola pas de leur pays ni du peu qu'ils y avoient quitté. Beaucoup y vécurent misérables et méprisés par la plus que médiocrité à quoi se réduisit bientôt ce qu'on leur avoit donné. Quelquesuns revinrent en France après la mort de M. le duc d'Orléans et le changement de toutes choses , mais fort obscurément chez eux ; la plupart sont morts en terre étrangère. Telle est presque toujours l'issue des conspirations et le sort de tant de gens qui, en celle-ci, perdirent la tête ou leur état, leurs biens, leur famille, pour errer en terre étrangère , et y demander leur pain, et le recevoir bien court pour l'intérêt,

1. Ce dernier est appelé, dans Lemontey [Hist. de la Régence, I, 24C); du Courdic, capitaine rélornié des dragons de Bellabre.

2. Dugioesquar, d'après Lemontey {ibid.). L'un était d'épée, et l'autre d'église, comme on disait alors. L'abbé Dugroesquar était un des chefs du mouvement et cherchait à lui donner de l'unité.

t. D'nprès l'énumération des noms, l'on trouve plus de dix personnes non amnistiées.

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