‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 227 sur 335 · DÉBORDEMENT DE PENSIONS · texte numérisé non relu

DÉBORDEMENT DE PENSIONS

livres. Mme de Coetquen, du Puy-Vauban, Polastron, la fille de feu Puysieux, veuve de Blanchefort, grand joueur, et son fils, en eurent chacun une de quatre mille Uvres; et huit ou dix antres personnes qui trois, qui deux mille francs. J'en obtins une de huit mille livres pour Mme la maréchale de Lorges , tt une de six mille livres pour la maréchale deChamilly , dont le Mississipiavoit fort dérangé les affaires. M. de Soubise et le marquis de Noailles eurent chacun deux cent mille livres en présent. Jusqu'à Saint-Geniez , sortant de la Bastille et relégué à Beauvais, ayant d'abord été destiné fort loin, eut une pension de mille francs. Tout le monde, en effet, auroit eu besoin d'une augmentation de revenu, par l'extrême cherté où les choses les plus communes et les plus indispensables , et toutes autres natures de choses étoient montées , qui , quoiqu'à la fin peu à peu diminuées , sont demeurées jusqu'à aujourd'hui bien au-dessus de ce qu'elles étoient avant ce Mississipi. Le marquis de Chàtillon , qui a fait depuis une si grande fortune, eut aussi six mille livres de pension en quittant son inspection de cavalerie; enfin, La Peyronnie , premier chirurgien du roi en survivance de Maréchal , eut huit mille livres de pension.

Un jour de vers la fin d'avril, travaillant avec M. le duc d'Orléans, il m'apprit le mariage du duc de Lorges avec MUe de Mesmes , et que le premier président lui en avoit demandé son agrément. Je n'en avois pas ouï dire un mot, et la vérité est que je me mis dans une étrange colère. On a vu, en différentes occasions, ce que j'ai fait pour ce beaufrère, et ce qui m'arriva pour l'avoir fait capitaine des gardes, qu'il étoit, s'il avait voulu se priver de sa petite maison de Livry, dont la vente étoit nécessaire pour parfaire les cinq cent miUe livres à donner au maréchal d'Harcourt, qu'il aima mieux garder. Il m'étoit cruel de lui voir épouser la fiUe d'un homme que je faisois profession d'abhorrer, et que je ne rencontrois jamais au Palais-Royal sans le lui témoigner, et quelquefois par les choses les plus fortement marquées. Je m'en retourtii à Meudon où nous étions déjà établis. J'appris à Mme de Saint- Simon cette énormité de son frère, dont elle ne fut pas moins surprise ni touchée que moi. Je lui déclarai que de ma vi« je ne le verrois ni sa femme, et que je ne verrois jamais non plus Mme la maréchale de Lorges, ni M. ni Mme de Lauzun, s'ils signoient le contrat de mariage et s'ils se trouvoient à cette noce. Je le dis tout haut partout, et je m'espaçai sur le beau-père et le gendre sans aucune sorte de mesure. Cet éclat, qui fut le plus grand qu'il me fut possible, et qui mit un grand désordre dans une famille jusqu'alors toujours intimement unie, et qui viTOit sans cesse ensemble, arrêta la mariage tout court pour un temps; mais sans que je visse le duc de Lorges, qui se flattait de me ramener par ses sœurs , et qui , dans l'embarras à mon égard de ne vouloir pas rompre ce beau mariage , n'osa se hasarder à me voir.

M. le duc d'Orléans , persuadé par ceux en qui il avoit le plus de confiance sur les finances, résolut de réduire à deux pour cent toutes les rentes. Cela soulageoit fort les débiteurs; mais c'étoit un grand retranchement de revenu pour les créanciers qui, sur la foi publique, le taux approuvé et usité , et la loi des contrats d'emprunts, avoieût prêté à cinq

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