FRUITS AMERS DU MISSISSIPI
enrichis par leur luxe et leur démence, la ruinr de tout le reste du royaume, et les plaies profondes qu'il en a reçues el qui ne guériront jamais, feroit sans doute la plus curieuse et la plus amusante hi'^loire, mais la plus horrible en même temps, et la plus monstrueuse qui fût jamais. Voici donc, entre autr s prodiges, le mariage dont il s'agit. Le contrat en fut dressé et signé entre le marquis d'Uyse, âgé lors de trenie-trois ans, fils et frère cadet des ducs de Villars-Brancas, avec la fdle d'André, fameux Mir-sissipien qui y avoit gagné des monts d'or, laciuelle n'avoil que trois ans, à condition de célébrer le mariage dès quelle en auroit douze. Les conditions furent cent mille écus . actuellement payés; vingt mille livres par an jusqu'au jour du mariage; un bien immense par millions lors de la consommation; et profusions en attendant aux ducs de Brancas père et fils. Les discours ne furent pas épargnés sur ce beau mariage. Que ne fait point faire auri sacra famés? Mais l'affaire avorta avant la fin de la bouillie de la future épouse , par la culbute de Law. Les Brancas, qui s'en étoient doutés, le père et les deux fils, s'étoient bien fait payer d'avance: le comble fut que les suites de cette alTaire produisirent des procès plus de quinze ans après , qui furent soutenus sans honte. Ces Brancas-là n'y étoient pas sujets.
M. le duc d'Orléans, qui prodiguoit tout de plus en plus, accorda à Dreux la survivance de sa charge pour son fils. Ce n'étoit pas pour le mérite du père qui n'étoit pas imposant, et dont la conduite pleine d'ignorance, de brutalité, et qui pis d'infidélité dans cette charge, n'en raéritoit pas la conservation, bien loin d'une survivance à un tils de vingt ans. Ce ne pouvoit ê:re le désir de gratifier le parlement en une de ses bonnes et anciennes familles; celle-ci qui venoit de peu y éloit toute nouvelle, et les services militaires du père, aussi borné qu'il l'étoit, n'auroient pu durer longtemps sans l'appui de Chamillart son beau-père qui le poussa, et par la considération duquel, même après sa chute, son gendre continua d'être employé dans l'état des armées parmi le grand nombre, et où, à la valeur près, il fut toujours compté pour rien. Ce fut donc à Chamillart encore que cette survivance fut accordée. Cette charge de grand maître des cérémonies fut créée par Henri III pour M de Rhodes, et il est vrai qu elle ne convient qu'à des gens de la première qualité. MM. de Rhodes l'ont conservée jusqu'au dernier, qui, se voyant perclus de goutte et sans enfants, la vendit à Blainville, frère de Saignelay, ministre et secrétaire d'État duquel Chamillart la fit acheter par son gendre pour le recrépir et pour, à l'abri fictif de cette charge et plus du crédit du beau-père qui fit tout et qui étoit lors à l'apogée de sa faveur, faire entrer sa fille dans les carrosses, manger et aller à Marly. Peu après cette survivance, Dreux maria son fils à une autre Dreux, fille du frère aîné de Nancré, mort capitaine des Suisses de M. le duc d'Orléans, dont il a été fait plus d'une fois mention. Cette tille éloit puissamment riche et tenue de si court qu'on ne la voyoit presque jamais, et non sans cause, mais qu'on avoit su cacher si bien que personne n'en eut de soupçon. Elle éclata dés le lendemain des noces par un accès public d'extrême folie qui, suivi de Saint-Simon xi. 19
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quantité d'autres, obligèrent de l'enfermer dans un couvent. Tvlais Icaiari par leur parente hérila d'elle.
Le prince Vaïni , chevalier de l'ordre par la belle cause qui en a été rapportée ici en son temps, mourut à Rome. On a suftisaruirient lail conuoîlre quel il étoit pour n'avoir rien à y ajouter. Le merveilleux est que, ayant été trompé à son titre, à sa naissance, à son mérite, à se. considération à Rome qui étoit nulle . le fils y fut fait aussi clievalier de l'ordre et reçu par le duc de Saint-Aigaan pendant son ambassade, lequel fils n'y brilla pas plus que le père.
Le vieux comte de Peyre mourut enfin chez lui, en Languedoc, où il étoit l'un des trois lieutenants généraux de cette province, mais sans fonction. C'étoit un grand homme de bonne mine, riche et grand tyrap de province, et avec lequel il ne faisoit bon pour personne d'avoir affaire. Il n'avoil point de brevet de retenue. Sa charge, qui est de v'iigt mille livres, fut donnée sur-le-champ à Canillac. à qui M. le duc d'Orléans l'avoit déjà accordée une fois» sur un faux bruit qui se répandit de la mort de ce comte de Peyre.
En mê.ae temps et en même pays mourut aussi la vieille comtesse du Roure, qui étoit fille de Claude Marie du Guast, uil le comte d'Artignv et de Marie Cottelier '. Elle fut fille d'iioimeur de Madame, premieiii femme de Monsieur, sous le nom de Mlle d'Artigny , compagne et amie intime de Mlle de La Vallière, dont la faveur lui fit épouser en 1666 Pierre Scipion de Beauvoir de Grimoard, frère de la mère du cardinal de Polignac et fils aîné du comte du Roure, chevalier de l'ordre en 1661 , ainsi que le vicomte de Polignac, son beau-frère, duquel le père l'avoit été aussi eu I6:r3. Parce mariage le comte du Roure fit passer à son fils sa charge de lieutenant général de Languedoc et son gouvernement du Poiit-Saint-Esprit. Il y eut plusieurs enlants de ce mariage de Mlle d'Artigny avr-c le comte du Roure, dont l'aîné eut aussi la lieutenance générale de Languedoc et le gouvernement du Pont-Saint-Esprit en épousant la fille du duc de La Force dont Monseigneur avoit été publiquement amoureux, et le fils de ce dernier mariage, qui n'a point eu les charges de son père tué à la bataille de Fleurus, a épousé une fille du maréchal duc de Biron qui est dame du palais de Mm.e la Dauphine. Cette vieille comtesse du Roure- Artigny, occasion de cet article, étoit une intrigante de beaucoup d'esprit et que la faveur de Mlle de La Vallière avoit accoutumée à beaucoup de hauteur. Elle se trouva mêlée dans beaucoup de choses avec la comtesse de Soissons, qui les firent chasser de la cour, puis avec la même dans les dépositions de la 'Voisin ' qui firent sortir la comtesse de Soissons du royaume pour toujours. Cette dernière aventure pensa mener loin la comtesse du Roure.
i. Nous avons reproduit exactement le texte rlu manuscrit; mais il est nécessaire (le leriilier les erreurs île noms qu'il présente. La comtesse du Roure élail Claude-Marie du Gasl nu du Guasl, tille d'Achille du Guasl, seigneur d'Artigny et de Monlgauger en Touraiiie, et de Marie d'Argouge-le-Coulelier.
2. La Voysin ou La 'Voisin, tul brUlée vive le 22 février ^6S0. On trouve dans les Lettres de Mme dr" Sévigne , les détails les plus curieux sur le trocèe et le supplice de cette célèbre empoisonuoaiîu.
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Elle en fut quitte néanmoins pour l'exil en Languedoc, où elle a jiassé :e reste de sa vie. exceplé un voyage de peu de mois qu'elle obtint de faire à Paris quelques années avant sa mort. On la crai^aoit partout. Elle vivoit d'ordinaire dans un château, et son mari dans un autre.
La marquise d'Alluye mourut en même temps au Palais-Royal à Paris. Elle s'appeloit de Weaux du Fouilloux', avoit été aussi tille d'hoaneur de Madame, première femme de Monsieur, et amie de Mlle d'Artigny dont on vient de parler, et sa compagne; elle épousa, eu 1667, n'étant plus jeune mais belle, le marquis d'Alluye. fils et frère de Charles et de François d'Escoubleau, marquis de Sourdis, chevaliers de l'ordre, l'un en 33; l'autre en 88. D'Alluye, qui étoit l'aîné, eut le gouvernement d'Orléanois de son père, fut encore plus mêlé que sa femme dans l'affaire de la Voisin, furent longtemps e.\ilés, et le mari, qui mourut sans enfants en 1690, n'eut jamais permission de voir le roi, quoique revenu à Paris. Sa femme , amie intime de la comtesse de Soissons et des duchesses de Bouillon et Mazarin, passa sa vie dans les intrigues de galanterie . et quand son âge l'en exclut pour ellemême , dans, celles d'autrui. Le marquis d'Effiat, dont il a été si souvont mention ici, avoit épousé une sœur de son mari, dont il n'avoit ponit eu d'enfants, et qu'il perdit de bonne heure. Il protégea la marquise d'Alluye dans la cour de Monsieur, avec qui elle fut fort bien, et avec M^idame toute sa vie. C'étoit une femme qui n'étoit point méchante; qui n'avoit d'intrigues que de galanterie, mais qui les aimoit tant que, jusqu'à sa mort, elle étoit le rendez-vous et la confidente des galanteries de Paris, dont, tous les matins, les intéressés lui rendoient compte. Elle aimoit le monde et le jeu passionnément, avoit peu de bien et le réservoit pour son jeu. Le matin, tout en discourant avec les galants qui lui contoient les nouvelles de la ville, ou les leurs, elle envoyoil chercher une tranche de pâté ou de jambon, quelquefois un peu de salé ou des petits pâtés, et l°s martgeoit. Le soir, elle alloit souper et jouer où elle pouvoit, rentroit à quatre heures du malin, et a vécu de la sorte grasse et fraîche, sans nulle infirmité jusqu'à plus de quatre-vingts ans qu'elle mourut d'une assez courte maladie, après une aussi longue vie. sans souci, sans contrainte et uniquement de plaisir. D'estime, elle ne s'en étoit jamais mise en peine, sinon d'être sûre et secrète au dernier point; avec cela, tout le monde l'aimoit. mais il n'alloit guère de femmes chez elle. La singularité de cette vie m'a fait étendre sur elle.
L'abbé Gautier, dont il est si bien et si souvent parlé dans ce qui a été donné ici , d'après M. de Torcy , sur les négociations de la paix avec
4. Bénigne de Meaux du Fouilloux ou de Fouilloux. D'après les documents comemporains, Mlle du Fouilloux était une des filles d'honneur de la reine Tiére. On lit dans le recueil de Maurepas ms. B. 1, t. II, p. 271) des vers sur les filles de la reine, où il est question de Mlle du Fouilloux:
Fouilloux, sans songer à plaire»
Plaît pourtant infiniment Par un air libre et charmant.
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la reine Anne, et de celle d'Utrecht, mourut dans un appartement ijît le feu roi lui avoit donné dans le château neuf de Saint- Germain , avr.t des pensions et une bonne abbaye. Il s'y étoit retiré aussitôt après 1,1.6; négociations où il avoit été si heureusement employé, après en avcl'' ouvert lui-même le premier chemin, et rentra en homme de bien mn ■ deste et humble, dans son état naturel, et y vécut comme s'il ne se fO^ jamais mêlé de rien, avec une rare simplicité, et qui a peu d'exemples en des gens de sa sorte, qui, dans le maniement des affaires les plus importantes et les plus secrètes, dont lui-même avoit donné la première clef, sans s'intriguer, s'étoit concilié l'estime et l'aflection du roi et de ses ministres, de la reine Anne et des siens, et des plénipotentiaires qui travaillèrent à ces deux paix.
Le célèbre archevêque de Tolède mourut aussi en ce même temps; il s'appeloit don Francisco Valero y Losa, et il étoit simple curé d'une petite bourgade. Il y rendit des services si importants pour soutenir les peuples dans le fort de la guerre et des malheurs, les exciter en faveur du roi d'Espagne, trouver des expédients pour les marches et les subsistances, avoir des avis sûrs de ce que faisoient et projeloient les ennemis, que les généraux et les ministres ne pouvoient assez louer son zèle, son industrie, sa vigilance et sa sagesse. Rien de tant de soins ne dérangea sa piété, les devoirs de sa paroisse, sa modestie, son desintéressement. Sts amis, l'orage passé, le pressèrent vainement d'aller à la cour représenter ses services. Il ne prit pas seulement la peine d'en faire souvenir. Dans cette inaction qui relevoit si grandement son mérite, le P. Robinet lors confesseur du roi d'Espagne, qui ne l'avoit pas oublié, en fil souvenir Sa Majesté Catholique à la vacance de l'évèché de Badnjoz, qui le lui donna. Le bon curé, qui n'y avoit jamais songé, l'accepta, s'y relira, et y vécut en excellent évèque. Ce fui de ce siège que le même confesseur le fil passer à celui de Tolède, avec l'applaudi.-sement de toute la cour et l'acclamation de toute l'Espagne Le prélat y avoit aussi peu songé qu'il avoit fait à celui de Badajoz. Il fut dans ce premier siège de toutes les Espagnes aussi modeste qu'il avoit été dans sa cure, et il y fut l'exemple de tous les évêques d'Espagne, l'exemple de la cour et celui de tout le royaume. Sa promotion à Tolède perdit le confesseur.
Le cardinal del Giudice, aussi étroitement uni à la princesse des Ursins alors, qu'ils devinrent ennemis dans la suite, vouloit ce riche et grand archevêché; il le demandoit hautement, et Mme des Ursins en fit sa propre affaire. Le roi y consentoit. lorsque son confesseur osa lui représenter avec la plus généreuse fermeté quel affront il feioil à la nation espagnole, à l'amour et aux prodiges d'efforts de laquelle il devoil sa couronne, s'il la fruslroil du premier et du plus grand archevêché, pour le donner à un étranger, qui déjà tenoil de lui le riche archevêché de Montréal en Sicile, et tant de pensions et d'autres grâces. et fil si bien valoir le mérite, les services, la piété, le désintéressement de l'évêque de Badajoz. qu'il emporta pour lui rarchevèciié de Tolède. Ce trait et les louanges qu'il en reail outra le cardinal, et plus que lui encore Mme des Ursins qui ne pouvoil soullrir de résistance à son pou-
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voir et à ses volontés. Ce père ne se raèloit de rien que des bénéfices , ne lui donnoit nul ombrage, vivoit avec tout le respect, la modestie, la retenue possible avec elle . avec le cardinal , avec tous les gens en place ; mais, comme il ne tenoit point à la sienne, il ne laisoit sa cour à perso"'\e. Mme des Ursins qui avoil déjà éprouvé quelque [leu de sa droiture et de sa fermeté, qui le voyoit estimé et adoré Me tout le monde, craignit tout de ce dernier trait, outre l'extrême dépit de se voir vaincue après s'être déclarée: aussi ne lui pardoniia-t-elle pas. Elle sut si bien travailler qu'elle fit renvoyer cet e.xcellent homme environ un an après, et fit à l'Kspagne une double et profonde plaie par la perte qu'elle fil d'un homme si digne d'une si importante place, et par donner lieu au choi.x d'un successeur si différent, et qu'elle-mèiiie avait déjà chassé de cette même place. Ce fut le P. Daubenton. dont on a suffisamment parlé ici dans ce qui y a été donné d'après M. de Torcy. pour voir qu'on ne dit rien de trop sur le choi.x de ce terrible jésuite, dont j'aurai encore lieu de parler, si Dieu me donne le temps d'écrire mon ambassade d'Espagne et de conduire ces Mémoires jusqu'au bat que je me suis proposé.
Le P. Robinet, véritablement soulagé de n'être plus dans une cour et dans les affaires, revint en France, et ne se soucia ni de lieu ni d'emploi. Il fut envoyé à Strasbourg, où il se fit aimer et estimer comme il avoit fait partout, y vécut dans une grande retraite et dans une grande tranquillité, et y mourut saintement après plusieurs années. On le regrettoit encore en Espagne lorsque j'y ai été. et j'en ai ouï souvent faire l'éloge. Il faut dire que ce P Robinet est le seul confesseur du roi d'Espagne qui ait mérité de l'être, qui en fût digne à tous égards, et qui ait été goûté, aimé, estimé et honoré de toute la cour et de toute l'Espagne sans aucune exception.
Il y avoit eu depuis longtemps une espèce de guerre déclarée entre le roi d'Angleterre et le prince de Galles, qui avoil éclaté avec de fréquents scandales, et qui avoil partialisé la cour et fait du bruit dans le parlement. Georges s'éloit emporté plus d'une fois contre son fils avec indécence. Il y avoit longtemps qu'il l'avoil fait sortir de son palais et qu'il ne le voyoit plus. Il lui avoit tellement retranché ses pensions qu'il avoit peine à subsister, tellement que le roi eut le dégoût que le parlement lui en assigna, même abondamment. Jamais le père n'avoit pu soufTrir ce fils, parce qu'il ne le croyoit point à lui. Il avoit plus que soupçonné la duchesse sa femme, fille du duc de "Wolf-anbuttel , d'être en commerce avec le comte Kœnigsmarck. Il le surprit un matin sortant de sa chambre, le fit jeter sur-le-champ dans un four chaud, et enfeima sa femme dans un château, bien resserrée et gardée, où elle a (assé le reste de sa vie. Le prince de Gilles, qui se sentoit maltraité pour une cause dont il étoil personnellement innocent, avoit toujours porté avec impatience la prison de sa mère et les effets de l'aversion de son père. La princesse de Galles, qui avoit beaucoup de sens, d'esprit, de tour et. de grâces, avoit adouci les choses tant qu'elle avoit pu, el le roi n'avoit pu lui refuser son estime, ni se défendre même de l'aimer. Elle s'éloit concilié toute l'Angleterre , et sa cour , toujours grosse , l'étoit aussi en
294 DIVISION ENTRE LE ROI d' ANGLETERRE [1720]
ce qu'il y avoit de plus accrédité et de plus distingué. Le prince de Galles s'en autorisoit, ne ménageoit plus son père, s'en prenoit à ses ministres avec une hauteur et des discours qui à la fin les alarmèrent. Ils craignirent le crédit de la princesse de Galles, et de se voir attaqués par le parlement qui se donne souvent ce plaisir. Ces considérations devinrent de plus en plus pressantes par tout ce qu'ils découvrirent qui se brassoit contre eux, et qui auroit nécessairement rejailli sur le roi. Ils lui communiquèrent leurs craintes, ils les lui donnèrent, et le conduisirent à se raccommoder avec son fils à certaines conditions , par l'entremise de la princesse de Galles, qui de son côte sentoit tous les embarras de faire et de soutenir un parti contre le roi , et qui avoit toujours sincèrement désiré la paix dans la famille royale. Elle profita de la conjoncture; se servit de l'ascendant qu'elle avoit sur son mari, et l'accommodement fut conclu. Le roi donna gros au prince de Galles, et le vil; les ministres se sauvèrent, et tout parut oublié.
L'excès où les choses avoient été portées entre eux, qui tenoit toute la nation britannique attentive aux désordres intestins prêts à en éclore, n'avoit pas fait moins de bruit en toute l'Europe, où chaque puissance, attentive à ce qui en résulteroit, tâchoit de souffler ce feu, ou de l'apaiser, suivant son intérêt. La réconciliation fut donc une nouvelle intéressante pour toute l'Europe. L'archevêque de Cambrai , que je continuerai d'appeler l'abbé Dubois, parce qu'il ne porta pas longtemps le nom de son église que son cardinalat vint efl'acer. en étoit lors dans la crise, et très-sensible à ce qui se passoit à Londres, d'où il attendoit son chapeau par le ricochet du crédit alors très-grand du roi d'Angleterre sur lempereur, et de la toute-puissance de l'empereur sur la cour de Rome qui trembloit devant lui, et n'o.-ioit lui rien refuser. Dans la joie du raccommodement entre le père et le fils, Dubois la voulut témoigner d'une façon éclatante pour faire sa cour au roi d'Angleterre. Le duc de La Force, qui ne se mêloit plus de finance, qui vouloit toujours se mêler de quelque chose, et qui n'en trouvoit pas d'occasioû dans le conseil de régence, où il ne se portoit plus rien d'effectif depuis que la foiblesse du régent l'avoit rendu peu à peu si nombreux, le duc de La Force, dis-je, qui étoit toujours à l'afl'ût, eut le vent de ce dessein , et se proposa à Dubois pour aller en Angleterre par le chaussepied d'y aller voir sa mère qui y étoit retirée depuis longues années à cause de la religion, mais qu'il n'avoit pas songé jusqu'alors d'aller voir depuis qu'elle étoit sortie du royaume avec la permission du feu roi. Law servit le duc de La Force auprès de Dubois, et il fut nommé pour aller en Angleterre faire les compliments du roi et du régent sur cette réconciliation, sans qu'on pensât à l'inconvénient de montrer à l'église francoise de Londres un seigneur catholique, né et élevé leur frère, qui les aVoit depuis persécutés, et qui en avoil su tirer parti du feu roi. On sut incontinent en Angleterre la démonstration de joie qui venoit d'être résolue en France. Georges, outré du ressentiment que les éclats de son domestique avoient faits par toute l'Europe, ne s'accommoda pas de les voir prolonger par le bruit que feroit cet envoi solennel. Il lit donc prier le régent de ne lui en envoyer aucun. Comme ou ne l'avoit imaginé que