‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 255 sur 335 · ARRÊT CÉLÈBRE SUR LES PIERRERIES · texte numérisé non relu

ARRÊT CÉLÈBRE SUR LES PIERRERIES

vain M. le duc d'Orléans , M. le Duc et Mme sa mère , voulurent-ils persuader qu'ils en donnoient l'exemple, en se défaisant de leurs immenses pierreries dans les pays étrangers; en vain y en envoyèrent-ils en effet, mais seulement en voyage; qui que ce soit ne fut la dupe, et qui ne cachât bien soigneusement les siennes, qui en avoit'. ce qui se put par le petit volume , bien plus ai-ément que l'or et l'argent. Celte éclipse de pierreries ne fut pas de longue durée.

Stairs enfin prit congé après avoir régné ici sans voile avec une domination absolue, dont le commerce et la marine de France et d'Espagne se ressentiront longtemps , et même l'Angleterre , par la supériorité que son roi a acquise sur la nation , moyennant les subsides immenses qu'il a tirés de nous , qui l'ont mis en état de se rendre maître de ses parlements, et de n'y trouver plus de barrière à ses \olontés, grâces à l'ambition de l'abbé Dubois, à l'aveuglement de CaniUac , a la perfidie politique personnelle du duc de Noailles, et à l'entraînement de M. le duc d'Orléans. Stairs se pressa de passer, la mer dès que le chevalier Sutton, son successeur, fut arrivé, pour trouver le roi d'Angleterre, qui s'en allait dans ses États d'Allemagne. Jamais l'audace, l'insolence, l'impudence, ne furent portées en aucun pays au point où cet ambassadeur les porta, ni avec tant de succès; malheureusement il ne savoit que trop à qai il avoit affaire. Encore une fois, voilà le fruit de se livrer à un seul , à un seul de l'espèce de l'abbé Dubois encore, enfin à un premier ministre qui veut être cardinal.

Le nouveau prévôt des marchands continua à brûler publiquement à l'hôtel de ville les actions et les billets de banque, jusqu'à la réduction qu'on avoit résolue.

Tandis que les députés du parlement travailloient souvent chez le chancelier sans conclure, on proje a un édit pour rendre la compagnie des Indes compagnie de commerce, laquelle s'cbligeoit. ce moyennant, à rembourser dans un an, pour six cents millions de billets de banque, en payant cinquante millions par mois : telle fut la dernière ressource de Law et de son système. Aux tours de passe-passe du Mississipi il avoit fallu chercher à substituer quelque chose de réel, surtout depuis l'événement de l'arrêt du 22 mai dernier, si célèbre et si funeste au papier. On voulut donc substituer aux chimères une compagnie réelle des Indes, et ce fut ce nom et cette chose qui succéda, et qui prit la place de ce qui ne se connoissoit auparavant que sous le nom de Mississipi. Oa avoit eu beau donner à celte compagnie la ferme du tabac et quantité d'autres revenus immenses, ce n'éloit rien pour faire face au papier répandu dansle public, quelques soins qu'on eût pris de le diminuer à tous hasards, à toutes restes'.

Il faliut cherciier d'autres expédients. Il ne s'en trouva point que da

4. Voici la consirnclion directe de celle phrase : « Quiconque en avoit, cacha soigneiisemenl les siennes, ce qui se pui. »

I . Sainl-Simon a déjà employé celle loeuiuin dans le sens de à toutes forces. On a donc eu lorl de remplacer, dans les précédenles éditions, ces mois par a toutes Tuinet.

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