CONFÉRENCE AU PALAIS-ROYAL
qui est leur jalousie et leur mépris tout à la fois; et homme que personuellemeiit ils haïssent et dont ils se croient haïs. Ils auroient ()ris pour une insulte d'avoir à traiter avec moi: leur cabale auroil répandu cent mauvais discours; les députés, par leurs propos, auroient exprès excité les miens, el tout lé monde vous auroit reproché et la singularité d'un garde des sceaux u'épée, el le mauvais choix d'une manière d'ennemi pour travailler à une conciliation. Voilà ce qui en seroit résulté, c'est-à-dire un bien plus grand embarras pour vous, et un très-désagréable pour moi. Amsi, n'ayez nul regret à mon refus. Tenez-le. au contraire, pour un avantage, qui vous est clairement démontré par l'occasion présente, et ne regrettez que de n'avoir pas eu sous la main un magistrat estimé royaliste et non parlementaire à faire garde des sceaux; mais cela ne s'étant pu trouver, vous avez fait la seule chose naturelle à faire, en rappelant et rendant les sceaux au chancelier, et à un homme de ce mérite et de celte réputation, puisque, pour d'autres raisons, vous les avez voulu ôter à celui qui les avoit, et qui étoit votre vrai homme tel qu'il vous le falloit dans les circonstances présentes, et, pour le bien dire, au vol que le parlement a pris et veut rendre de plus en plus, l'homme pour qui les sceaux étoient le plus faits pendant une régence; mais il faut partir d'où on est : avez-vous quelque plan formé pour sortir bien du détroit où vous êtes? Il faut laisser le passé, et voir ce qu'il y a à faire. »
M. le duc d'Orléans demeura muet sur les sceaux . se rabattit encore sur le chancelier, et me dit qu'il ne voyoil autre chose à faire que d'envoyer le parlement à Blois. Je lui dis que cela étoit bon faute de mieux, tion que j'imaginasse ce mieux, mais que je voyois avec peine que, par cet exil, le parlement étoit puni, mais n'étoil ni ramené ni dompté. Le régent en convint, mais il espéra que ces magistrats, accoutumés à Paris dans leurs maisons, leurs familles, leurs amis, se lasseroient bientôt d'en être séparés, se dégoûieroient de n'être plus qu'entre eux, s'ennuieroienl encore plus de la dépense, de l'éloignement de chez eux et de la diminution du sac par celle des affaires qui suivroil nécessairement leur transplantation. Cela étoit vrai , et comme on ne pouvoit autre chose, il falloit bien s'en contenter. Je lui proposai ensuite de bien examiner tout ce qui pouvoit arriver, les remèdes prompts et sûrs à y apporter, parce qu'il valcit sans comparaison mieux ne rien entreprendre que demeurer court el avoir le démenti de ce qu'on auroit entrepris, qui seroit la perte radicale de toute l'autorité. Il me dit qu'il y avoit déjà pensé, qu'il y réfléchiroit encore, qu'il comptoit tenir un petit conseil le lendemain au Palais-Royal, où il vouloit que j assistasse, où tout seroit discuté. Il se mit après sur les maréchaux de Viileroy, Villars, Huxelles et sur quelques autres moins marqués, et ces propos terminèrent celte conversation.
J'allai donc le lendemain jeudi 18 juillet, sur les quatre heures, au Palais-Royal. Ce conseil fut tenu dans une pièce du grand appartement, la plus proche du grand salon, avec M. le Duc, le duc de La Force, le chancelier, l'abbé Dubois, Canillao, La Vrillière et Le Blanc. On étoit assis vers t^ne des fenêtres presque sans ordre, et JI. le duc d'Oiléans Saint-Simon xi. 21