DE LA DUCHESSE DE HANOVRE
étrangers y fréquentèrent aussi; d'autres gens pas un. Mme la Princesse, qui logeoit au petit Luxeml)Ourg qu'elle avoit acheté et magnifiquement rebâti . lui éloit de quelque ressource ; elle éloil sa plus proche voisine; mais elles ne se voyoient qu'en particulier et ne mangeoient jamais l'une chez l'autre. Pour les enfants et pelils-enfants de Mme la Princesse, ils ne la voyoient que fort rarement et courlement en particulier; mais elle étoit riche, se repaissoit de ses chimères, et vi voit contente dans sa petite et mauvaise compagnie, où elle jouoit la petite souveraine. Elle vit aussi Madame fort rarement, et comme point M. '[le duc] et Mme la duchesse d'Orléans.
Tout à la fin de cette année, Pelletier de La Houssaye fut contrôleur général. Il n'étoit pas de la même famille que Pelletier des Forts, fils de Pelletier de Sousy , qui étoit du conseil de régence, lequel étoit frère de Pelletier qui avoit été contrôleur général après M. Colbert , et ministre d'État, père et grand-père de deux premiers présidents du parlement de Paris. La Houssaye étoit frère de la fmime d'Amelot, si estimé dans ses ambassades , duquel il a été souvent parlé ici. Ce La Houssaye étant conseiller d'État et intendant d'Alsace . est le même qui fut nommé troisième ambassadeur avec le maréchal de Villars et le comte du Luc. pour aller signer la paix à Bade, qui se fit moquer de lui en refusant de céder au comte du Luc. et comme il n'y a en France qu'à prétendre et entreprendre pour réussir, pourvu qu'on ait tort, fit la planche par ce refus que les conseillers d'État ne veulent plus céder qu'aux ducs et aux officiers de la couronne. On tortille depuis là-dessus, on le trouve ridicule, mais on le soufl're. La Houssaye avoit fort réussi en Alsace, il en écrivoit des lettres de sa main et des mémoires, dont la netteté et la capacité étoient merveilleuses. Cette réputation l'en fit rappeler pour le mettre dans les grandes commissions des finances. C'éloit un grand homme, très-bien fait, de fort bonne mine, dont l'air et le ton étoit imposant. Mais à travers cette écorce et la réputation qu'il avoit usurpée, il montra hientôi le tuf. On découvrit qu'il avoit un secrétaire extrêmement capable, qui lui étoit fort attache, qui contrefaisoit son écriture, à ne les pouvoir distinguer, qui envoyoit d'Alsace ces lettres et ces mémoires, qu'on admiroit comme étant de la main de La Houssaye qui se divertissoit pendant que [son] secrétaire travailloit pour lui, car il étoit homme de plaisir en tout genre, et qui ne se c^ntraignoit pas, .sans même en trop craindre l'indécence. Cela m me suppléa à sa capacité II plut à M. le du3 d'Orléans, il s'attacha à l'abbé Dubois, et fut ainsi contrôleur général, où il prit beaucoup de morgue et d'insolence, et montra l'épaisseur de son esprit et de sa compréhension, jusqu'à n'eutendre pas la moindre affaire.
Guiscard mourut en ce temps-ci d'une manière étrange. Il étoit gouverneur de Sedan , et l'avait été de Dinan et de Namur, dont la défense sous le maréchal de Boufflers lui valut le collier de l'ordre. On a souvent ici parlé de lui. Il avoit été après d Avaux ambassadeur de Suède, et il avoit marié sa fille unique, qui étoit très-riche, à Villequier, fils aîné du duc d'Aumont: il avoit eu plus de malheur que de part à la défaite du marécl al de Villeroy à Ramillies , mais il ne put revenir sur l'eau ,