MORT DE GUISCARD
comme il fit. Il était fort des amis du maréchal de Villeroy, qui. après son retour dans la faveur du roi par Mme de Maintenon . eut grand'peine à obtenir qu'il revint à la cour. Le roi l'y reçiil mal , et ne put revenir sur son compte. Il étoit frère de ces deux scélérats de La Bourlie, dont il a été parlé ici. où leur naissance et leur fortune a été expliquée. Guiscard étoit bon homme, honnête homme, doux et d'un commerce agréable et fort honorable. Avec ses biens, son cordon bleu, ses amis, car il en avoit, l'alliance de sa fille, il se pouvoit passer de la cour et me-ner une vie agréable: mais il avoit de l'honneur et de l'ambition. Sa disgrâce et plus encore la cause de sa disgrâce troubloit tout son reios et tous les agréments de l'état où sa fortune l'avoii mis. La mort du roi et le brillant du maréchal de Villeroy dans la régence avoient fait renaître ses espérances. Il se flatta longtemps, je ne sais de quoi ni pourquoi. Voyant enfin qu'on ne songeoit à lui pour rien, il se retira tout à fait en Picardie auprès de Chaulnes, dans une terre qui s'appeloit Magny, à qui i) avji' fait donner le nom de Guiscard, dont Q avoit rendu la demeure fort agréable. La mélancolie l'y gagna de plus en plus. Au bout de dix-huit mois, il eut un peu de goutte légère. Sa fille l'alla voir; il quitta son appartement sans cause de caprice, peut-être pis, et s'alla mettre dans une tour à l'autre bout de la cour. Il y fut quelques jours sans sortir de sa chambre, où il ne se laissa voir qu'à sa fille et aux valets purement nécessaires. Il ne lui paroissoit ni fièvre ni aucun mal. et cependant gardoil son lit. Sa fille, au bout de quelques jours, le pressa de se lever. Il lui répondit que ce n'étoit plus h peine, et lui tint quelques discours ambigus. La conclusion fut que, sans nul accident qui parût, il mourut le soir de ce même jour à soixante-onze ou douze ans. Caumartin, conseiller d'État et intendant des finances, mourut aussi en ce même temps à soixante-cinq ou six ans. C'étoit un grand homme très-bien fait et de fort bonne mine; on voyoit bien encore qu'il avoit été beau: il avoit pris tous les grands airs et les manières du maréchal de Villeroy, et s'étoit fait par là un extérieur également riilicule et rebutant. Il avoit l'écorce de hauteur d'un sot grand seigneur, il en avoit aussi le langage, et le ton d'un courtisan qui se fait parade de l'être; ces façons lui aliénèrent beaucoup de gens. Il étoit fort proche parent et ami intime du chancelier de Pontchartrain : il eut toute sa confiance : tant qu'il fut contrôlour général toute la confiance passoit par ses mains. C'est ce qui gâta encore ses façons. Le dedans éioit tout autre que le dehors: c'éloit un très-bon homme, doux, sociable, serviable, et qui s'en faisoit un plaisir, qui aimoil la règle et l'équité, autant que les besoins et les lois financières le pouvoient permettre; et au fond honnête homme, fort instruit dans son métier de magislratuie et dans celui ce finance, avec beaucoup d'esprit, et d'un esprit ;iccort, gai, agréable. Il savoit infiniment d'histoire, de généalogie , d'anciens événements de i<x cour. Il n'avoit jamais lu que la plume ou un crayon à la main; il avoit infiniment lu. et n'avoit jamais rien oublié de ce qu'il avoit lu. jusqu'à en citer le livre et la pai:e. Son père, aussi conseiller d'État, avoit été l'ami le plus confident et le conseil du cardinal de Retz. Le fils, des sa première jeunesse, s'étoit mis par là dans les compagnies les plus choi-