‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 281 sur 335 · J SUR LES FINANCES · texte numérisé non relu

J SUR LES FINANCES

Les plus importants, comme les princes du sang, les plus avant dans cesaflaires. comme d'Antin, le maréchal d'Estréss, Lassai, Mme la Duchesse, Mme de Verne et d'antres en petit nombre, qui y avoient si gros, et dont les profils jusqu'alors avoient été immenses, avoient, de force ou d'industrie, arrêté celte manifestation tant qu'ils avoif;nt pu, soutenu ce puissant mur, qui s'écrouloit malgré eux, et suspendu le moment si funeste pour eux. Comme ils savoient à peu près le fond de choses, ils voyoient que le moment qu'elles seroient connues tiniroit ces gains prodigieux et meltroit à néant les papiers dont ils s'étoient farcis à toutes mains et pur prolit, sans y avoir mis un sou du leur pour les acquérir. C'est ce qui engagea M. le duc d'Orléans à leur cacher le jour de cette manifestation , pour éviter d'être importuné d'eux pour différerce qui ne pouvoit plus l'être, et pour, en les surprenant, leur oter le temps de se préparer à former des difficultés et des réponses aux opérations que La Houssaye avoit à proposer à leurs dépens. C'est aussi ce qui mit M. le Duc en fureur . et qui causa cette scène étrange entre lui et M. le duc d'Orléans , qui scandalisa et qui effraya tous ceux qui dans ce conseil en furent témoins ; tous deux y firent un mauvais personnage.

M. le duc débuta par une vaine parade de la remise de ses actions, qu'il ne pouvoit plus garder, parce qu'elles étoient sans origine, et il ne fit qu'en manifester l'énorme quantité. Il crut par là imposer et se mettre en liberté de protéger la compagnie de toutes ses forces, parce qu'il y avoit le plus gros intérêt personnellement, ainsi que Mme la Duchesse sa mère. Personne ne l'ignoroit, aussi n'imposa-t-il à personne. Il haïssoit et méprisoit le prince de Conti au dernier point. Il est vrai qu"en cela il étoit du sentiment unanime. Aussi ne put-il pas s'empêcher de relever l'ofi're de la remise du duché de Mercœur , volé à Lassai par un retrait' et un procès indigne, otTre qu'il étoit bien sûr qui ne seroit pas acceptée. Ce prince avoit raison d'avancer que tout le monde savoit bien qu'il n'avoit point d'actions. Mais un peu de jugement l'auroit retenu de faire une protestation qui faisoit souvenir tout le monde qu'il avoit porté le premier et le plus mortel coup à la banque, en se faisant tout à coup rembourser en argent de tout son papier , dont Law ne s'est pu relever depuis. On vit arriver publiquement à l'hôtel de Conti quatre surtouts' chargés d'argent, et le prince de Conti pendu à ses fenêtres pour les voir entrer chez lui.

M. le duc d'Orléans , qui de goût et depuis par nécessité vivoit de ruses et de finesses, crut avoir fait merveilles d'avoir chargé M. le Duc des passe-ports de Law , et d'avoir caché ce qui se devoit traiter dans ce conseil de régence. Il vouloit afl"ubler M. le Duc de la retraite de Law hors du royaume, et le prendre au dépourvu en ce conseil, pour lui ôter les moyens de contredire. Il en fut cruellement la dupe : la matière touchoit à M. le Duc d'un si grand intérêt, qu'il étoit par lui, et par

1 . Action en justice , par laquelle on retirait un héritage qui avaii élé vendu.

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