RETOUR DES CONSEILLERS EXILÉS
Canillac , puis aux autres : tous furent de mon avis , jusqu'à d'Effiat et à M. de Troyes, qui n'osèrent montrer la corde, voyant bien que cela passe/oit tout de suite. Le garde des sceaux même se contenta de f lire le plongeon au lieu d'oinner. Quand ce fut à M. le duc d'Orléans : a Cela passe, dit-il, de toutes les voix. » Puis, se tournant au garde des sceaux : « Monsieur, lui d t-il , demandez les motifs de son arrêt à la chambre des vacations du [arlement de Rouen. » Au lieu de répondre, Argenson fit u.e pirouette sur son siège, puis dit tout bas au duc de La Force, qui me le rendit après : a Monsieur, il n'y a plus moyen de parler ici de rien qui touche à la constitution ; aussi vous promets- je bien qu'on n'y en parlera plus. » Il tint exactement parole, et oncques depuis il n'y en a été parlé, pas même de cette affaire commencée. Mais, assez longtemps après, Pontcarré, premier président du parlement de Rouen, qui étoit de mes amis, m'apprit, à ma grande surprise, qu'ils savoient tous dans leur compagnie qu'ils m'avoient l'obligation d'avoir sauvé leur arrêt; qu'il avoit tenu et qu'il avoit fait mettre dans leurs registres ce que j'avois fait pjur eux au conseil de régence.
M. le duc d'Orléans accorda la liberté de revenir aux deux conseillers du parlement de Paris , mais il ne voulut pas ouïr parler du président Blamont, qui s'étoit distingué en sédition. Il s'en fomentoit beaucoup dans le royaume par le n.oyen de faux sauniers. Ces gens, qui ne songeoient qu'à leur profit dans ce dangereux négoce, grossirent peu à peu. Il y avoit long'emps que ceux qui méditoient des troubles les avoient pratiqués; mais ces espèces de troupes se grossirent et se disciplinèrent à tel point qu'on [ne] put enfin se fermer assez les yeux pour n'y pas apercevoir des troupes qui se rendoieat redoutables par leur valeur et par leur conduite , qui s'attirrient les peuples en ne prenant rien sur eux, qui en éloient favorisés par l'utilité d'acheter d'eux du sel à bon marché, qui s'en irritoient encore plus contre la gabelle et les autres impôts , enfin , que ces faux sauniers . répandus par tout le royaume et marchant souvent en grosses troupes qui battoient tout ce qui s'opposoit à eux, étoient des gens devenus dangereux, qui avoient des chefs avec eux et des conducteurs inconnus , qui , par ces chefs , les faisoient mouvoir, animoient les peuples et leur présentoient une protection toute prête. Le mépris d'eux, qu'on n'avoit pu ôter au régent, se changea enfin en inquiétude trop juste, mais trop tardive, et l'obligea à prendre des mesures pour arrêter un désordre fomenté par des vues fort criminelles. Il y avoit plus de cinq mille de ces faux sauniers qui faisoient le faux saunage haut à la main, en Champagne et en Picardie. Mezières, lieutenant général et gouverneur d'Amiens, fut envoyé contre eux avec des troupes pour les dissiper.
Quoique le duc du Maine n'eût rien moins qu'aucune des qualités du fameux amiral de Coligny, qui, trois jours avant l'affaire de Meaux, fut trouvé, par cel i que la cour envoya chez lui pour examiner ce qu'il s'y passoit, seul et sans armes, dans sa maison de ChâliDon-sur-Loing, taillant ses arbres dans son jardin; M. du Maine, dis-je, prit ce temps précisément pour faire le marché d'une maison que Mme la princesse