‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 33 sur 335 · MEUDON DONNÉ À LA DUCHESSE DE BERRY · texte numérisé non relu

MEUDON DONNÉ À LA DUCHESSE DE BERRY

de Conti avait fait bâtir et de deux ou trois voisines qu'il acheta six cent mille livres avec ce qu'il y fallut ajouter, dont il fil l'hôtel du Maine, au bout de la rue de Bourbon, l'Arsenal n'ayant paru à Mme la duchesse du Maine qu'une maison propre à y aller seulement faire quelques soupers.

Le roi étant fort jeune et avec beaucoup de belles maisons, et Mme la duchesse de Berry, veuve et sans enfants, elle eut envie d'avoir Meudon, et l'obtint de M. le duc d'Orléans en échange du château d'Amboise qu'elle avoit pour habitation par son contrat de mariage. Cette espèce de présent ne laissa pas de faire du bruit; elle en donna le gouverne- ]ment à Rion, et du Mont qui l'avoit, ne laissa pas de conserver les 'mêmes appointements qu'il en avoit.

Chauvelin, avocat général depuis la mort de son frère aîné, acheta la charge de président à Mortier de Le Bailleul qui ne la faisoil point, et qui d'ailleurs la déshonoroit par sa vie et sa conduite, et vendit la sienne à Gilbert de Voisins, maître des requêtes du conseil des finances. Je ne marquerois pas cette bagatelle, si ce même Chauvelin n'étoit devenu depuis le jouet de la fortune, qui, après l'avoir élevé tout à coup au plus haut point, le précipita au plus bas. Gilbert déjà fort estimé . acquit une grande réputation dans la place d'avocat général. L'abbé Bignon eut la bibliothèque du roi qu'avoit l'abbé de Louvois, avec le même brevet de retenue de douze mille livres.

Pezé, parent du maréchal de Te^sé, et fort proche de la feue maréchale de La Molhe , rapidement devenu capitaine aux gardes et gentilhomme de la manche du roi, étoit un homme de beaucoup d'esprit et de talents. Il savoit cheminer, et avoit une grande ambition. Le roi paroissoit avoir pour lui une bonté particulière qu'il savoit grossir et faire valoir. Il sut que Nangis à qui le régiment du roi ne donnoit plus le même crédit, ni les mêmes privances sous un roi enfant, en avoit traité avec le duc de Richelieu, et que le marché s'étoit rompu. Pezé qui comptoitbien faire grand usage de ce régiment quand le roi auroit plus d'âge , employa le duc d'Humières auprès de moi pour en avoir l'agrément. Je l'obtins; mais quand Pezé voulut traiter avec Nangis, il trouva un homme de travers qui se fâcha qu'il en eût demandé l'agrément, avant d'avoir commencé par savoir s'il le vouloit vendre, et n'en voulut jamais ouïr parler, disant qu'il vouloit garder le régiment. Ce procédé parut tout à fait ridicule. Pezé outré, me pria de le représenter à M. le duc d'Orléans; je le fis, mais le régent n'eut pas la force d'imposer, et Nangis ne me l'a jamais pardonné, dont je ne me souciai guère. La suite fera voir que la mauvaise humeur de Nangis ne tendoit qu'à rançonner le régent dans cette affaire.

Tout tournoit à la rupture avec l'Espagne, le duc de Saint-Aignan y étoit devenu odieux au cardinal Albéroni, et y étoit sur un pied fort triste. Il eut ordre de revenir. Comme ce n'étoit pas par sa faute que les affaires s'y brouilloient, j'obtins de M. le duc d"Orléans de le faire entrer en arrivant au conseil de régence, sans que M. de Saint-Aignan y eût songé. Le duc de Berwick, en retournant à son commandement de Guyenne, s'engagea au régent, d'accepter le commandement de l'armée

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qui devait agir contre le roi d'Espagne sur cette frontière en cas de rupture. Il avoit la grandesse et la Toison ; son fils aîné établi avec l'une et l'autre en Espagne , y avoit épousé la sœur du duc de Veraguas non marié et sans enfants-, elle étoit dame du palais de la reine, et lui gentilhomme de la chambre du roi; son père lui avoit cédé les duchés de Liria et de Quiriça dont il avoit eu le don avec la grandesse, après la bataille qu'il gagna contre les Impériaux et les Anglois à Almanza. On fut étonné qu'avec tant de liens qui dévoient l'attacher au roi d'Espagne, il eût accepté un emploi pour lequel il n'étoit pas l'unique, et qui lui attira l'indignation de Leurs Majestés Catholiques, dont, pour toujours, quoi qu'on ait pu faire depuis, elles n'ont jamais pu revenir, et qui nuisit fort pendant assez longtemps au duc de Liria son fils, quoiqu'il servît dans l'armée d'Espagne opposée à celle de son père. M. le duc d'Orléans aussi n'oublia jamais ce service du duc de Berwick. Il estimoit fort Asfeld, et Berwick qui l'eslimoit et l'aimoit beaucoup aussi , le désiroit dans son armée. Le duc d'Orléans en parla à Asfeld, dont la délicatesse fut plus grande. «Monseigneur, réponditil au régent, je suis François, je vous dois tout, je n'attends rien que de vous;» mais prenant sa Toison dans sa main et la lui montrant : a Que voulez-vous que je fasse de ceci que je tiens du roi d'Espagne , avec la permission du roi, si je sers contre l'Espagne, et qui est le plus grand honneur que j'aie pu recevoir? » Il paraphrasa si bien sa répugnance, et l'adoucit de tant d'attachement pour M. le duc d'Orléans, qu'il fut dispensé de servir contre l'Espagne, en promettant d'aller à Bordeaux avant que le maréchal en partît pour l'armée, si la rupture arrivoit, et de s'y tenir pour avoir soin d'amasser et de faire voilurer à l'armée tout ce qui seroit nécessaire , sans néanmoins de sa personne sortir de Bordeaux. Cela fut par la suite exécuté de la sorte. Asfeld y servit très-utilement , et sa délicatesse fut généralement applaudie en France et en Espagne; le régent ne l'en aima pas moins et l'en estima davantage, et le roi d'Espagne lui en sut beaucoup de gré.

Je voyois ces dispositions avec regret, et j'en parlois souvent à M. le duc d'Orléans, qui tàchoit de me persuader que ce n'étoit que des semblants pour amener l'Espagne à entrer enfin dans les propositions de paix qui lui étoient faites , et lui-même se le figura ainsi fort longtemps. Nancré arriva d'Espagne en admiration d'Albéroni : aussi ne valûient-ils pas mieux l'un que l'autre.

Mlle d'Espinoy et Mlle de Melun, sa sœur, qui étoient pauvres obtinrent chacune six mille livres de pension du roi. Meuse en eut quatre mille, et Béthune, fils de la sœur de la feue reine de Pologne, autant: c'étoient deux hommes de grande qualité, aussi fort mal dans leurs afi"aires; et le marquis de La Vèrequi étoit officier général de beaucoup de réputation, en Espagne, dont il avoit quitté le service, à l'occasion de l'affaire du régiment des gardes wallonnes , dont il a été parlé en son temps , eut aussi une pension de dix mille livres. Il avoit été fait lieutenant général en arrivant; il étoit frère du prince de Caimay, lequel étoit grand d'Espagne et chevalier de la Toison d'or, et qui depu s a été mon gendre. Méliaut, depuis conseiller d'État, à mon instante

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