CONSEIL SECRET AU PALAIS-ROYAL
lui donnèrent du courage pour résister à l'enregistrement de la banque royale , d'autant plus qu'elle étoit fort mal reçue du public. Le premier président alla donc rendre compte au régent de la difficulté que sa compagnie apportoit à cet enregistrement. M. le duc d'Orléans méprisa l'un et l'autre, et, à peu de jours de là, fit publier la banque royale, l'établit très-bien, et montra au parlement qu'il savoit se passer de son enregistrement.
Le samedi 17 , le garde des sceaux alla à la Bastille: il y dîna même et y demeura longtemps. Le soir. Menille y fut conduit. Il étoit ami particulier de l'abbé Brigault , et avoit été longtemps gentilhomme servant du feu roi. Son esprit ni sa société n'étoit pas au-dessus de sa charge. On haussoit les épaules de pareils conjurés. CeUamare, avant partir, avoit écrit aux ambassadeurs et autres ministres étrangers, pour les intéresser dans sa détention. Ses lettres leur furent rendues; pas un d'eux ne s'en émut ni ne fit le moindre pas en conséquence, pas même ce boute-feu de Bentivoglio , trop occupé des mines à charger sous les pieds du cardinal de Noailles et de tous ceux qui venoient d'appeler en mèn^e temps.
Le dimanche 25 décembre, jour de Noël, M. le duc d'Orléans me manda de me trouver 1 après-dînée chez lui , sur les quatre heures. M. le Duc, le ducd'Antin, le garde des sceaux. Torcy et l'abbé Dubois s'y trouvèrent. On y discuta plusieurs choses sur Cellamare et son voyage, sur les mesures pour éviter les plaintes des ministres étrangers, qui n'en avoient aucune envie; sur la manière de demander au roi d'Espagne une justice qu'on n'en espéroit point: enfin sur la manière de passer à côté de l'enregistrement du parlement, et d'établir sûrement sans cela la banque royale. Tout cela s'agita avec une tranquillité et une liberté d'esprit de la part du régent, qui ne me laissa pas soupçonner qu'il se pût agir d'autre chose. Ce petit conseil dura assez longtemps. Quand il fut fini, chacun s'en alla. Comme je m'ébranlois pour sortir comme les autres, M. le duc d'Orléans m'appela; cependant les autres sortirent, et je me trouvai seul avec M. le duc d'Orléans et M. le Duc. Nous nous rassîmes. C'étoit dans le petit cabinet d'hiver, au bout de la petite galerie. Après un moment de silence, il me dit de regarder s'il n'étoit demeuré personne dans cette petite galerie, et si la porte du bout, par où on y entroit de Tappartement où il couchoit, étoit fermée. J'y allai voir; elle l'étoit, et personne dans la galerie.
Cela constaté. M. le duc d'Orléans nous dit que nous ne serions pas surpris d'apprendre que M. et Mme du Maine se trouvoient tout de leur long dans l'afTaire de l'ambassadeur d'Espagne , qu'Q en avoit les preuves par écrit, qu'il ne s'agissoit pas de moins dans leur projet que de ce que j'en ai expliqué plus haut. Il ajouta qu'il avoit bien défendu au garde des sceaux, à l'abbé Dubois et à Le Blanc, qui seuls le sa voient, de faire le pius léger semblant de cette connoissance , nous recommanda à tous deux le même secret et la même précaution , et ajouta qu'il avoit voulu, avant de se déterminer à rien, consulter avec M. le Duc et moi seuls le parti qu'il avoit à prendre. Je pensai bien en moi-même que, puisque ces trois autres hommes savoient la chose, il n'étoit pas sans eu