‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 49 sur 335 · CE QUE NOUS CONCLUONS · texte numérisé non relu

CE QUE NOUS CONCLUONS

avoir raisonné avec eux , et peut-être déjà pris son parti avec l'abbé Dubois; qu'il vouloit flatter M. le Duc de la confiance et le mettre de moitié de tout ce qu'il feroit là-dessus; à mon égard , débattre réellement avec moi ce qu'il y avoit à faire pour ne s'en pas tenir à ces trois au res seuls, et parce qu'il avoit toujours accoutumé, comme on l'a toujours vu ici, de me faire part des choses secrètes les plus importantes qui demandoient des partis instants à prendre et qui l'embarrassoient le plus. M. le Duc sur-le-champ alla droit au fait, et dit qu'il falloit les arrêter tous deux et les mettre en lieu dont on ne pût rien craindre. J'appuyai cet avis et les périlleux inconvénients de ne le pas exécuter incessamment, tant pour étourdir et mettre en confusion tout le complot en lui ôtant ses chefs, tels que ces deux-là et Cellamare déjà arrêté et parti, et se parer des coups précipités et de désespoir qu'il y avoit lieu de craindre de gens si appuyés qui se voyoient découverts, et qui, en qu'dque état que fussent leurs mesures , sentoient qu'on en arrêteroit et qu'on [en] découvriroit tous les jours, et que conséquemment ils n'avoient pas un instant à perdre pour exécuter tout ce qui pouvoit être en leur possibilité, et tenter même l'impossible qui réussit quelquefois et qu'il faut toujours hasarder dans des cas désespérés , tels que celui dans lequel ils se rencontroient.

M. le duc d'Orléans trouva que ce seroit en effet tout le meilleur parti, mais il insista sur la qualité de Mme du Maine, moins je pense en effet, que pour faire parler le fils de son frère. Ce doute réussit fort bien par la haine qu'il portoit personnellement à sa tante et à son mari, et qu'il faut avouer que tous deux avoient largement méritée, et par la nature aussi de l'affaire qui alloit à bouleverser l'État, et les renonciations qui délivraient sa branche à son tour de l'aînesse de celle d'Espagne. M. le Duc répondit à l'objection proposée que ce seroit à lui à la faire, mais, que loin de trouver qu'elle dût arrêter, c'étoit une raison de plus pour se hâter d'exécuter; que ce ne seroit pas la première ni peut-être la vingtième fois qu'on eût arrêté des princes du sang; que plus ils étoient grands et naturellement attachés à l'État par leur naissance, plus ils étoient coupables quand ils s'en prévaloient pour le troubler, et qu'il n'y avoit à son sens rien de plus pressé que d'étourdir leurs complices par un coup de cet éclat, et les priver subitement de toutes les machines que la rage et l'esprit du mari et de la femme savoient remuer. Je louai fort la droiture, l'attachement et le grard sens de l'avis de M. le Duc; je rétendis; j'insistai sur le courage et la fermeté que le régent devoil montrer dans une occasion si critique, et où on en vouloit à lui si personnellement, et sur la nécessité d'effrayer parla toute cette pernicieuse cabale, de leur ôter leur grand appui et de nom et d'intrigue et de moyens , et les rendre par ce grand coup pour ainsi dire orphelins , sans chefs et sans point de réunion ni de subordination . avant qu'ils eussent le temps d'aviser aux remèdes , si ce mal leur arrivoit comme ils le dévoient désormais craindre continuellement. M. le duc d'Orléans regarda M. le Duc qui reprit la parole et insista de nouveau sur son avis et le mien. Le régent alors se rendit et n'y eut pas de peine.

Après quelques propos sur cette résolution , on agita où on les gîte-

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