M. ET MADAME DU MAINE ONT LE TEMPS
roit. La Bastille et Vincennes ne parurent pas convenables , il faUoit éviter tentation si prochaine aux partisans qu'ils avoient dans Paris, aux humeurs du parlement, aux manèges qu'y feroit le premier président. On discuta des places, car les arrêter, et les séparer l'un de l'autre, fut résolu tout à la fois; il s'agit d'abord du gîte du duc du Maine. Entre les lieux agités, M. le duc d'Orléans parla de Dourlens. Je saisis ce nom, j'alléguai que Charost et son fils en étoient gouverneurs, qu'ils l'étoient de Caiais, place peu éloignée de l'autre et avoient l'unique lieutenance générale de Picardie, que c'étoient des hommes d'une race fidèle, et personnellement d"une probité, dune vertu, d'un attachement à l'État dont je ne craignois pas de répondre, et Charost de tout temps mon ami particulier. Sur ce propos, il fut convenu d'envoyer le duc du Maine à Dourlens, et de l'y tenir serré, et bien étroitement gardé.
Ensuite on passa au gîte de Mme du Maine. Je représentai que celui-là étoit bien plus délicat à choisir par la qualité, le sexe et l'humeur de celle dont il s'agissoit, propre à tout entreprendre pour se sauver et pour faire rage sans crainte, et par son courage et sa fougue naturelle, et par ne rien craindre pour elle-même par son sexe et sa naissance , au lieu que son mari, si dangereux en dessous, si méprisable à découvert, tomberoit dans le dernier abattement et ne branleroit pas dans sa prison où il treinbleroit de tout son corps dans la frayeur continuelle de l'échafaud. Divers lieux discutés. M. le duc d'Orléans se mit à sourire, à regarder M. le Duc et à lui dire qu'il falloit bien qu'il l'aidât, qu'il se prêtât de son côté, que c'étoil l'affaire de l'État et guère moins la sienne que celle de lui régent, et tout de suite lui proposa le château de Dijon. M. le Duc trouva la proposition étrange, convint qu'il falloit mettre Mme du Maine en lieu extrêmement sûr. mais que de le faire geôlier de sa tante, cela ne se pouvoit accepter. Toutefois il le dit aussi en souriant, et, par sa contenance, donna lieu au régent d'insister. M. le Duc se défendit, je ne disois mot, et je regardois de tous mes yeux. A la fin M le Duc me demanda s'il n'avoit pas raison. Je me mis à sourire aussi et je répondis que je ne pouvois nier qu'il n'eût raison ni moins encore que M. le duc d'Orléans ne l'eût et plus grande et meilleure. J'avois fort pensé et pesé pendant la petite dispute , et je trouvai un grand avantage pour M. le duc d Orléans de rendre M. le Duc son compersonnier ' dans le fait de la prison de Mme du Maine , e. par conséquent du duc du Maine aussi, et elle en lieu plus sûr et plus sans espérance de fuite et de ressource qu'aucun , dans le milieu du gouvernement de M. le Duc , et dans une place de son entière dépendance ; je ne dissimulerai pas, non plus, un peu de nature, et de trouver la rocambole plaisante après tous les élans du procès, tant de la succession de M. le Prince que pour la qualité de prince du sang et pour l'habilité de succéder à la couronne, devoir cette femme qui avoit tant osé assurer qu'elle renverseroit l'État et mettroit le feu partout pour conserver ces avantages si étrangement acquis, de la voir, dis-je, rager entre quatre
'4. Vieux mol eaiplo)é plusieurs fois pai* Saial-Simou dans le sens d'associé.