COMMOTION DE LA DÉCOUVERTE
là , marmottoit tout bas des prières avec des signes de croix. Jamais il ne nomma personne , ni Mme la duchesse du Maine , ni ses enfants , ni pas un de ses domestiques, ni qui que ce soit. A Dourlens il faisoit ou montroit faire de longues prières, se prosternoit souvent, étoil petit el dépendant de Favancourt c>.mme un très-jeune écolier devant son maître , avoit trois valets avec lui avec qui il s'amusoit , quelques livres . point de quoi écrire ; il en demanda fort rarement , et donnoit a lire et à cacheter à Favancourt ce qu'il avoit écrit. Au moindre bruit au plus léger mouvement extraordinaire , il pâlissoit et se croyoit mort. Il sentoit bien ce qu'il avoit mérité , et jugeoit par lui-même de ce qu'il avoit lieu de craindre d'un prince qu'il avoit pourtant dû avoir reconnu plus d'une fois être si prodigieusement différent de lui. Pendant le voyage et à Dourlens il mangea toujours seul.
Mme la duchesse du Maine, conduite par le cadet La Billarderie, aussi lieutenant des gardes du corps , trouva en lui de la complaisance. Elle en abusa et M. le duc d'Orléans le souffrit avec cette débonuaireté si accoutumée. On eût dit, pendant la route, que c'étoit une tille de France qu'une haine sans cause et sans droit traitoit avec la dernière indignité. L'héroïne de roman, farcie des pièces de théâtre qu'elle jouoit elle-même à Sceaux depuis plus de vingt ans, ne parloit que leur langage, où les plus fortes épithètes ne suffisoient pas à son gré à la prétendue justice de ses plaintes. Elles redoublèrent en éclats les plus violents quand, à la troisième journée , elle apprit enfin qu'on la couduisoit à Dijon. Ses projets connus et renversés, l'insolence qu'elle disoit éprouver d'être arrêtée , tous les insupportables accompagnements de sa captivité dont elle n'avoit cessé de se plaindre en furie, ne furent rien en comparaison de se voir mener dans la forteresse de la capitale du gouvernement de M. le Duc , où il étoit parfaitement le maître ; elle vomit contre lui tout ce que la rage soutenue d'esprit peut imaginer de plus injurieux ; elle oublia qu'elle étoit sœur de M. son père ; elle n'épargna pas leur origine commune, et triompha de bien dire sur l'enfant de treize mois.. Elle fit la malade, changea de voiture, s'arrêta à Auxerre et partout où elle put, dans l'espérance que Mme la Princesse pourroit obtenir un changement de lieu, peut-être dans celle de faire peur de ses transports. En effet, Mme sa mère importuna tant M. le duc d'Orléans , qu'on lui envoya trois femmes de chambre et que Mme de Chambonnas, sa dame d'honneur, obtint la permission de s'aller enfermer avec elle . puis son médecin et une autre fille à elle ; mais ce fut dans le château de Dijon, sur lequel tout changement fut refusé. Ces égards étoient du bien perdu. M. le duc d'Orléans ne pouvoit l'ignorer, mais telle étoit sa déplorable foiblesse.
Plusieurs gens, mais de peu, furent successivement arrêtés et mis à la Bastille et à Vincennes. La commotion de la prison de M. et de Mme du Maine fut grande; elle allongea bien des visages de gens que le lit de justice des Tuileries avoit déjà bien abattus. Le premier président et d'Effiat, qui de concert avoient ourdi tant de trames et tenu si longtemps le régent dans leurs filets; le maréchal de Villeroy, qui en lui parlant se liguroit toujours de parler à M. le duc de Chartres, du temps