‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 79 sur 335 · SUR LE DUC ET LA DUCHESSE DU MAINE · texte numérisé non relu

SUR LE DUC ET LA DUCHESSE DU MAINE

réuniroit. Il se proposoit donc de meltre entre ses seules mains la vie ei toute la fortune du duc du Maine et de ses enfants et celle de ses complices, pour s'acquérir sur eux l'obligation de leur avoir lui seul rendu le tout, et à ses plus importants croupiers, pour s'en faire une prolectioji sûre contre le cri public et contre les [irinces du sang, et s'acquérir le parlement, au moins l'arrêter et le rendre neutre et sans mouvement par le crédit du duc et de la duchesse du Maine sur le premier président, qui s'y trouvoit en son particulier tout de son long, et sur les principaux moteurs de la compagnie.

Je ne répondrois pas aussi que , sans s'être commis à confier le fond du sac à M. le duc d'Orléans, il n'ait profité de son incroyable foiblesse, de son insensibilité aux plus cruelles injures encore plus incroyable, de son penchant à ne rien pousser et à des meszo-termiîie déplorables , pour lui persuader cette politique à l'égard de tous ceux qui avoient trempé dans le complot; et que, profitant des sueurs que l'opiniâtre impétuosité de M. le Duc avoit données au régent lorsqu'il lui força la main au dernier lit de justice sur la destitution du duc du Maine, sur l'éducation du roi, sur un établissement pour M. le comte de Charolois , sur une augmentation d'une pension de cent cinquante mille livres pour soi-même , il n'ait fait comprendre au régent la nécessité indispensable d'une barrière contre la hauteur et l'avidité des princes du sang, et que cette barrière ne se pouYoit trouver que dans la conservation du duc du Maine , de ses rangs , de ses établissements , et de ses complices les plus considérables. Je ne doute pas non plus qu'il n'ait fait peur à son maître des maréchaux de Villeroy, dont Tallard seroit inséparable, Villars et Huxeiles, du premier président et de nombre d'autres qui venant à être publiquement convaincus, feroient avec le duc du Maine un groupe formidable dont le régent seroit d'autant plus embarrassé par le nombre , les établissements, la parentelle et le poids dans le monde, que, criminels par les lois , il resteroit vrai toutefois qu'ils ne l'étoient directement que contre le régent, subsidiairement contre l'État, mais pour le sauver du prétendu mauvais gouvernement, point du tout contre la personne du roi, dont la conservation contre les périls du poison deviendroit leur prétendue apologie , et produiroit tût ou tard de funestes effets. Il n'en falloit pas tant pour étourdir un prince au fond timide , ennemi des grands coups, parfaitement insensible aux plus cruelles et aux plus dangereuses injures, bon et doux par nature, choisissant toujours le plus aisé comme tel, par foiblesse, dans les affaires grandes ou épineuses, et par incapacité de les suivre et d'en soutenir le poids , enfin livré et abandonné à l'abbé Duboi.s, auquel il ne pouvoit plus résister sur quoi que ce fût.

Mais cette politique , si bonne et si fort dans le vrai pour la fortune où (endoit l'abbé Dubois , n'étoit ni bonne ni dans le vrai pour son maître. Plus M. du Maine et ses plus considérables complices lui auroient une obligation signalée de la vie , des honneurs , des établissements , plus cette obligation à ne jamais l'oublier seroit aux dépens de M. le duc d'Orléans. Quelques marques de clémence et de misère, quand elle est gratuitement poussée à l'extrême, que ce prince eût données, jamais de grands coupables ne pardonnent à ceux contre qui ils ont commis de

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