‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 80 sur 335 · LA MÊME POLITIQUE TRÈS-DANGEREUSE · texte numérisé non relu

LA MÊME POLITIQUE TRÈS-DANGEREUSE

grands crimes, et il étoit tout naturel qu'ils fussent persuadés et que l'abbé Dubois leur fît délicatement entendre qu'il les avoit habilement arrachés des mains de son maître, sans quoi ils étoient perdus. Le coup double et prodigieux que le régent venoit si nouvellement de frapper au dernier lit de justice sur le parlement et sur le duc du Maioe, n'avoit causé ni trouble ni rumeur, mais une frayeur extrême, un silence de tremblement , une soumission entière. Cet exemple devoit donc l'encourager, puisque c'étoit aux mêmes gens qu'il avoit affaire et prévenus de plus du crime d'Ëtat. C'est ce que je lui avois représenté plus d'une fois , et que le pardon , ni le semblant de manquer de preuves quand on en a, ne réconcilient jamais ceux qui ont manqué un grand coup à celui contre qui il étoit préparé ; que le péril couru, plus il est grand , plus il irrite ; qu'un tel bienfait reçu redouble la haine et la rage de qui s'est vu dans la main et à la merci de qui les pouvoit exterminer, leur fait mépriser une générosité qu'ils imputent à la foiblesse. qui les excite à prendre mieux leurs mesures . ou s'ils ne le peuvent pendant le reste de la régence, à renverser le régent auprès du roi majeur, avec d'autant plus de hardie-se qu'alors il n'y a plus de crime : qu'il n'est point de régence dont le gouvernement ne puisse être attaqué, ni de vie et de mœurs telles que celles de M. le duc d'Orléans à couvert sous l'abri de son rang.

Je m'étendis un peu avec leréaent sur les points de son gouvernement, qu'on pourroit rendre très-répréhensibles aux yeux d'un jeune roi majeur, avec le secours d'une bonne et secrète cabale, en quoi le duc du Maine étoit un grand et dangereux ouvrier . en quoi les maréchaux de Villeroy. Villars, Huxelles. parleurs emplois dans la régence, comme témoins de près . et d'autres joints à eux . aideroienile duc du Maine : Law et sabanque : l'alliance d'Angleterre jusqu'àl'ensorceliement , pour la fortune de l'abbé Dubois . conséquemment avecl'empereur . les deux plusgrands et plus naturels ennemis de la France: la rupture pour eux seuls, et malgré la Hollande . entraînée de force contre l'Espagne . après tant de sang et de trésors répandus pour la conserver, et avec qui la plus étroite union étoit si naturelle et si utile: la facilité de fasciner les yeux d'un jeune roi et de lui tourner tou*e cette conduite à intérêt particulier contre celui de l'Ëtat, pour monter sur le trône sans obstacle . s'il fût mésarrivé au roi ou s'il lui mé-arrivoit encore sans enfant mâle, et de là revenir aux anciennes horreurs pour lui faire craindre pour sa vie , tant que son précédent régent ne seroit pas mis eu lieu de sûreté. Je ne trouvai que foiblesse ou dissimulation.

Cela ne m'arrêta pas. Je lui demandai quel retour il trouvoit dans le maréchal de Villeroy pour l'avoir traité avec une distinction qui ne différoit pas du respect, sans jamais aucun refus ni aucun délai à toutes ses demandes qui étoient continuelles pour faire montre de son crédit et de sa protection , souvent en choses considérables: pour avoir accru son autorité à Lyon fort au delà de raison et d'usage, au point qu'il y étoit uniquement et absolument le maître de tout : enfin pour l'avoir admis fort dangereusement au secret de la poste , et à la lecture que Torcy lui venoit faire de? extraits, et encore en d'autres confidences. Je lui de-

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