JE NE TROUVE QUE DÉFAITES
Ces propos, que je renouvelois de temps en temps, jetoient M. le duc d'Orléans dans un trouble extrême. Il sentoit tout le poids de mes raisons : mais il étoit enchaîné par les prestiges de 1 abbé Dubois. Tantôt u s'excusoii sur le défaut de preuves , et je lui remettois ce qu'il en avoit dit à M. le Duc et à moi , que M. et Mme du Maine étoient des plus avant dans la conspiration , comme je l'ai rapporté en son temps. Une autre fois, il alléguoit le danger d'entreprendre un homme si grandement établi, et je lui démontrois qu'après le grand pas de l'avoir fait arrêter lui et Mme du Maine , et confinés en deux prisons éloignées . le danger du retour seroit bien plus grand, mortellemenl oil'ensés qu'ils seroient. et que de plus ils se le dévoient montrer comme innocents. Enfin , retranché sur l'embarras de leurs enfants, aussi grandement établis que le père . dont ils avoient les survivances . et le gouvernement de Guyenne de plus , qui sûrement ne trempoient point dans le complot nu père , et qu3 par conséquent on ne pou voit dépouiller ; je lui demandai où il avoit vu ou lu qu'on eût jamais laissé aux fils des criminels d'État, convaincus et punis comme tels, des établissements dont ils pussent abuser; qu'il prît garde qu'une telle condamnation emportoit confiscation des biens patrimoniaux, quoique les enfants ne fussent pas coupables, à plus forte raison l'extinction des titres, honneurs, etc., et la privation des gouvernements et des charges dans le père , et des survivances dans ses fils, lesquels, bien que non coupables, perdoient par la condamnation du père la succession entière du patrimoine , qui, sans cela, leur étoit de tout droit acquis, à plus forte raison des grâces dont le père étoit justement dépouillé; qu'il étoit du plus évident danger de les leur laisser, et sur lesquelles ils ne pouvoient avoir un droit en rien comparable au droit qu'ils avoient aux biens de leur père, qui étoit leur patrimoine , duquel toutefois ils ne laissoient pas d'être de tout droit totalement privés par la confiscation inséparable de la condamnation ; qu'à la vérité on n'y touchoit jamais au bien et aux reprises de la mère , qui demeuroient après elle aux enfants ; mais ici , la mère se trouvant aussi coupalile que le père , la condamnation emportoit confiscation de tout le bien maternel comme du bien paternel.
A cette réponse , M. le duc d'Orieans n'eut point de réplique , baissa la tête et demeura quelque temps rêveur, puis me dit : a Mais Mme du Maine, vous ne sauriez nier qu'elle ne soit princesse du sang? — Non, certes , lui répondis-je ; mais vous ne me prouverez pas aussi qu'elle la soit davantage que les deux ducs d'Alençon , père et fils ' , que le connétii])le de Bourbon , que M. le Prince , propre grand-père de Mme du
Maine : » Que prétciuluit M. de; Saint-Siuion? Il vouloit que l'on fit le procùs à M. le duc du Mainr ; que l'on fit tombuisa lôte et que l'on donnât à lui, Sainl- Simon, la grande luiiilvise de rarlillerie. »
i . Les deux ducs d'Alençon, dont il est ici question, sont Jean V et son fils René. Le premier fui arrêté en 4 456, et condamné à mort en 14 58 ; la peine fut commuée en 14G1 eu uiie prison i)erpéluelle. Arrêté de nouveau en 1472, Jean V d'Alençon fui jeté par Louis XI dans un cachot, où il resta jusqu'à sa Kiort'i47G). Son fds René fui arrêté en <4S2 et condamné à demander pardon au rci et à recevoir garnison royale dans ses châteaux.