‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 81 sur 335 · POUR M. LE DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

POUR M. LE DUC D'ORLÉANS

mandai quel retour il trouvoit Jans le maréchal d'Huxelles pour avoir comblé ses désirs en lui confiant le secret et l'administration des afl'aires étrangères, et de son ami, le premier président, en l'accablant d'ar^'enl et outre cela de pensions. Enfin je vins au duc du Maine, et je lui demandai quel los ' il en avoit reçu . pour ne l'avoir pas destitué à la mort du roi, comme tout le monde, tous les seigneurs, le parlement même s'y attendoit et le désiroit alors avec un empressement qu'il ne pouvoit ignorer : « Mais, me répondit-il d'une voix basse, honteuse etfoible, c'est mon beau-frère. — Comment votre beau-frère ! repris-je avec feu : est-ce donc un titre à lui pour vous étrangler comme il y a tâché et butté toute sa vie? Avez-vous oublié la honte et le désespoir de Monsieur . le vôtre alors à vous-même . la fureur et les larmes publiques de Madame d'un mariage si étrangement disproportionné ? Avez-vous oublié que l'intérêt de ce beau-frère vous a éloigné du commandement des armées, dont Monsieur mourut de colère et de dépit après la prise qu'il en avoit eue avec le roi le jour même? Avez-vous oublié jusqu'à quel point il intéressa Mme de Maintenon à votre perte , lors de votre affaire d'Espagne , malgré tous les efforts de Mme la duchesse de Bourgogne auprès d'elle en votre faveur , et de combien près vous frisâtes les derniers malheurs? Avez-vous oublié les horreurs dont ce cher bsau-frère vous affubla à la mort de Mgr le Dauphin et de Mme la Dauphine , du petit prince leur fils , et de M. le duc de Berry ensuite ; qu'il en persuada le roi par Mme de Maintenon, et qu'ils l'ont toujours été, la cour, Paris , les provinces , les pays étrangers ; l'art et le soin de répandre cette opinion jusqu'à en rendre le doute ridicule, et le soin vigilant de la renouveler de temps en temps et de lui donner une couleur nouvelle ? Enfin avez-vous oublié le testament et le codicille du roi , la dispute si forte de M. du Maine en plein parlement contre vous, et si impudemment soutenue en faveur du codicille , et ce que vous seriez devenu si l'une de ces deux pièces que personne n'ignore que le roi fit malgré lui , avoit subsisté, bien pis si toutes deux avoient été exécutées? Tous ces crimes à votre égard sont antérieurs à votre régence , sans que vous ayez jamais donné le moindre ombrage à M. du Maine, que celui qu'il a voulu prendre de votre naissance et de votre droit. Vous avez cru par la conduite que vous avez si longtemps soutenue et tant que vous l'avez pu à son égard, aux dépens des princes du sang et de toute justice, regagner ce bâtard brûlant de la soif de régner. Il vous en a payé dans le temps même qu'il jouissoit de votre plus grand déni de justice par la requête au parlement de cette prétendue noblesse, et par son appel aux états généraux ou au roi majeur, avec la criminelle audace de vous attaquer vous-même sur l'incompétence et le défaut de pouvoir d'un régent. Enfin vous voyez ce qu'il vient de brasser, et par tant d'expériences anciennes et nouvelles ce que vous devez attendre de lui , si vous le laissez en état de continuer \ »

^ . Vieux mol S}nonyme de louange, et par suite de renom. 2. Si l'on en croit les Mémoires du marquis d'Argenson (éd. (825, p. MH), Saint-Simon aurait pressé le duc d'Orléans de mettre en jugement le dnc du

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