À PUNIR À LA FOIS
citer à force de boulets rouges. Je lui laissai prendre haleine et voulus voir quel effet la batterie auroit produit. Il rn'avuit laissé tout dire sans aucune interruption, et je lui voyois l'âme fort en peine. Nous fûmes quelques moments en silence. Il le rompit le premier pour me répondre que ce que je lui avois représenté étoit bel et bon sur M. et Mme du Maine , mais que je ne prenois pas garde à ce qui étoit avec eux de personnages engagés peut-être dans la ,mème affaire et sous les mêmes preuves, et à faire un si grand coup de filet, que le filet en pourroit rompre.
Ma réplique fut prompte. Je l'assurai qu'il ne devoit pas avoir assez mauvaise opinion de mon jugement de n'avoir pas pensé à une partie si principale de cette affaire, dont j'avois bien compté de l'entretenir, après avoir achevé sur M. et Mme du Maine; que pour venir à cette autre partie, je le suppliois de se représenter toutes les conspirations qu'il avoit lues , dont il n'y avoit aucune qui n'eût son chef, et des complices principaux et distingués par la force qu'ils y pouvoient ajouter, outre le nombre des autres , dont les personnes étoient de peu ou rien ; qu'en cela on dépendoit des preuves; qu'il n'étoit pas permis de retrancher ni de grossir ; que plus le nombre des complices considérables seroit grand , plus le crime du chef le seroit. et le danger de l'État aussi , plus la punition très-sévère deviendroit indispensable ; plus la clémence et la justice devroient marcher de front; plus le crime des personnages que le chef de la conspiration auroit débauchés de leur devoir devoit à plomb retomber sur sa tête ; plus la bonté du régent auroit de quoi se satisfaire , en montrant ne chercher que la sîlreté présente et future du royaume, et de la succession à la couronne, par la punition du chef et du criminel de trois grands crimes, comme du plus grand coupable, du plus dangereux ou du seul dangereux, de celui qui feroit exemple à la postérité, et en pardonnant généreusement aux personnages qu'il auroit entraînés, qui, ensemble et par eux-mêmes, n'étoient point à craindre, et par la timidité qu'il en avoit éprouvée, et par les qualités de leur esprit, et par l'impuissance de leurs établissements qui ne sont plus que des noms , sans force et sans autorité dangereuse ; qu'il prît bien garde que passer les yeux clos à côté d'un tel complot . précédé de tant d'autres par le même, étoit la plus insigne preuve de crainte et de foiblesse, et le plus puissant convi à recommencer avec plus de succès; que voir le crime d'une façon publique , telle que de mettre en prison le duc et la duchesse du Maine, et leur pardonner après sans plus d'examen , revient au premier; mais qu'articuler les preuves juridiquement , ne punir que le chef et pardonner aux autres , si ce n'est à quelques gens obscur^ trop signalés, c'est courage, c'est justice , c'est exemple , c'est sûreté, c'est générosité, c'est clémence, c'est rendre à jamais les personnages pardonnes hors de mesure d'oser remuer , et quelque malveillants qu'ils puissent être , hors d'état de toute sorte d'opposition , et par crainte et par honneur, en un mot c'est savoir discerner, laisser les boucheries aux Christiern' et aux Cromwell, ne vouloir que l'indispensable à
< . Allusion aux cruautés de Christiern II ou Christian II, roi de Suède et de