‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 2)Chapitre 94 sur 335 · RION CONSEILLÉ PAR LAUZUN · texte numérisé non relu

RION CONSEILLÉ PAR LAUZUN

ce qui s etoit passé , s'en affligea avec elle et de tout l'éclat quïl n'avoit pu éviter. M. le duc d'Orléans se hâta d'annoncer à Mme sa fille le départ du cardinal , dont lui-même se trouva fort soulagé. Mais en sortant de la chambre, il fut étonné de trouver le curé collé tout près de la porte, et encore plus de la déclaration qu'il lui fit que c'étoit là le poste qu'il aToit pris et dont rien ne le feroit sortir, parce qu'il ne vouloit pas être trompé sur les sacrements. En effet , il y demeura ferme quatre jours , et les nuits de même , excepté de courts intervalles pour la nourriture et quelque repos qu'il alloit prendre chez lui, fort près du Luxembourg, et laissoit en son poste deux prêtres jusqu'à son retour; enfin, le danger passé . il leva le siège.

Mme la duchesse de Berry . bien accouchée d'une fille , n'eut plus qu'à se rétablir, mais dans un emportement égal contre le curé et contre le cardinal de Noailles auxquels elle ne l'a jamais pardonné, et fut de plus en plus ensorcelée des deux amants qui se moquoient d'elle . et qui ne lui étoient attachés que pour leur fortune et leur intérêt . qui restèrent encore du temps enfermés avec elle sans voir M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans qu'à peine et des moments. Madame de même, mais qui, excepté les premiers jours, n'y alloit presque point'.

Mme la duchesse de Berry ne se vouloit pas montrer à qui que ce fût en couche, ni se contraindre là-dessus pour personne. Personne aussi, à commencer par Mme de Saint-Simon, n'eut d'empressement à la voir, parce que personne n'ignoroit ce qui tenoit la porte close. Mme de Saint- Simon la vit pourtant des instants, mais c'étoit toujours Mme la duchesse de Berry qui lui mandoit d'entrer, sans que Mme de Saint-Simon lui en eût fait rien dire, ni qu'elle s'y fût présentée: elle y demeuroit des moments, prenoit pour bon ce que Mme la duchesse de Berry lui disoit de sa santé, et se retiroit au plus vite.

Rion , comme on l'a dit . cadet de Gascogne qui n'avoit rien , quoiqne de bonne maison, étoit petit-fils d'une sœur du duc deLauzun, dont les aventures avec Mademoiselle, qui voulut l'épouser, ne sont ignorées de personne. Cette parité de son neveu et de lui leur mit en tête le même mariage. Cette pensée délectoit l'oncle qui se croyoit revivre en la personne de son neveu , et qui le conduisoit dans cette trame. L'empire absolu qu'il avoit usurpé sur cette impérieuse princesse, à qui, de propos délibéré, il faisoit chaque jour essuyer des caprices qui lui ûtoient jusqu'à la moindre liberté , et des humeurs brutales qui la faisoient pleurer tous les jours et plus d'une fois, le danger qu'elle avoit couru dans sa couche, l'horreur de l'éclat où elle s'étoit vue entre les derniers sacrements . et la rupture entière avec ce dont elle étoit affolée, la peur du diable qui la mettoit hors d'eUe-même au moindre coup de tonnerre , uu' elle n'avoit jamais craint jusqu'alors, enhardirent l'oncle et le neveu. C'étoit l'oncle qui avoit conseillé à son neveu de traiter sa princesse comme il avoit lui-même traité Mademoiselle. Sa maxime trtoit que les Bourbons vouloient être rudoyés et menés le bâton haut, sans

4 . Voy. la Correspondance de Mme la duchesse d^ Orléans, lettres du 33 mai 4749, 48 juin, 47, 4 8, 19 et 22 juillet de la même oirnée.

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