CANILLAC ET BRANCAS AU CONSEIL DES PARTIES
quoi on ne poiivoit se conserver sur eux aucun empire. Rion , maître du cœur de la Mouchy , qui l'étoit de l'esprit de leur princesse, lui fut d'un merveilleux usage à son dessein. Tous deux y trouvoient leur compte. Ils avoient tremblé de l'éclat qui venoit d'arriver sur eux, dont l'occasion pouvoit revenir encore et les perdre. La peur du diable et les réflexions pouvoient à la fin produire le même effet , au lieu que Rion n'avoit plus rien à craindre et n'avoit [qu'à] jouir de la plus incompréhensible fortune en réussissant à épouser , et la Mouchy à se tout promettre d'une union où elle auroit tant de part et tous deux sûrs de se posséder l'un l'autre, sans appréhender rien pour leurs secrets plaisirs. Je m'en tiens ici à cette préparation de scène, qui commença au plus tard à l'époque de cette maladie et de l'éclat dont on vient de parler. Il n'est pas temps encore d'en dire davantage.
Mme la duchesse de Berry, infiniment peinée de la façon dont tout le monde , jusqu'au peuple , avoit pris sa maladie et ce qu'il s'y étoit passé , crut regagner quelque chose en faisant rouvrir au public les portes du jardin de Luxembourg, qu'elle avoit fait fermer il y avoit longtemps. On en fut bien aise : on en profita ; mais ce fut tout. Elle se voua au blanc pour six mois. Ce vœu fit un peu rire le monde. Il survint quelques piques avec le marquis de La Rochefoucauld , qui remit sa place de capitaine des gardes , que Mme la duchesse de Berry donna au comte d'Uzès, car, pourvu qu'elle eût des noms, elle n'en cherchoit pas davantage.
Canillac et le marquis de Brancas , qui avoient des expectatives de conseiller d'État, obtinrent, en attendant les places, d'en faire les fonctions avec les appointements.
Le prince Clément fut élu évêque de Munster, au lieu de son frère, mort à Rome, et aussitôt après, de Paderborn. Le pape donna au cardinal Albano, son neveu, la charge de camerlingue', [vacante] parla mort du cardinal Spinola.
Le duc d'Albret, qui avoit épousé une fille de feu M. et Mme de Barbezieux, malgré toute la famille, et plaidé fortement là-dessus au parlement, puis au conseil de régence, refit son mariage suivant l'arrêt de ce conseil. Il épousa donc une seconde fois sa femme chez Caumartin, conseiller d'État, dont le frère, évêque de Vannes, leur donna à minuit la bénédiction nuptiale dans la chapelle de la maison. Si on savoit et si on se soucioit en l'autre monde de ce qui se passe en celui-ci, je pense que M. de Turenne et M. de Louvois seroient tous deux bien étonnés.
i. Le camerlingue était autrefois le président de la chambre apostolique, et en celle qualité il élait à proprement parler le représentant de la puissance temporelle de l'Eglise. Les clercs de la chambre apostolique qui formaient son conseil se partageaient les attributions réparties aujourd'hui entie les différenls ministères. Si le camerlingue a perdu de son pouvoir en temps ordinaire, il a conservé le privilège d'exercer l'autorilé temporelle pendant les premiers jours qui suivent la mort du pape. Durant le conclave, il ne fait plus que partager le pouvoir avec ce que l'on nomme les chi fs d'ordre, c'est-à-dire un cardinal-évèque , un cardinal-prêtre el un cardinal-diacre, délégués comme représentants du sacré collège.
Saint-Simon xi. 8