CHAPITRE Xin
Forces d'Espagne en Sardaigne. — Disposition de la Sicile. — Le roi Jacques fait proposer au mi d'Espagne un projet pour gapner l'escadre angloise et tendant à son rélablissement. — Le cardinal Acquaviva l'appuie eu Espagne. — Albéroni fait étaler les forces d'Espagne aux Ilollandois. — Albéroni continue ses déclamations contre le traité et contre le réiient ; accuse Monleléon, qu'il hait, de lâcheté, de paresse; lui fait d'autres reproches; en fait d'assez justes à l'Angleterre et au régent. — Le roi d'Espagne veut demander compte aux états généraux du royaume de la conduite du régent ; ne se Ce point aux protcsUUions du roi de Sicile. — Divers faux raisonnements. — Malignité insultante et la plus partiale des ministres anglois pour l'empereur sur la Sardaigne et sur les garnisons. — Monleléon de plus en plus mal en Espagne. — Friponnerie angloise de l'alihë Duhois sur les garnisons. — Maligne et insultante partialité des ministres angluis pour l'em-
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pereur sur la Sicile. — Fausseté insigne d'Albéroni à l'égard de la Sardaigne, ainsi qu'il avoil fait sur les garnisons. — Les Impériaux inquiets sur la bonne loi des ministres ani;lois, ivès-mal à propos. — Efforts de Cadogan et de Beretti pour entraîner et pour détourner les Hollandois d'entrer dans le traité. — Tous deux avouent que le régent seul en peut emp:irter la balance. — Beretti appliqué à décrier Monleléon en Espagne. — Ouverture et plainte, avis et réflexions du grand-duc, confiés par Corsini à Monteléon pour le roi d'Espagne. — Foible supériurité impériale sur les États de Toscane. — Roideur des Anglois sur la Sardaigne, et leur fausseté sur les garnisons espagnoles. — Mouvements de Beretti et de Cellamare. — Fourberie d'Albéroni. — Sa fausseté sur la Sardaigne. — Fureur d'Albéroni contre Monleléon ; aime les flatteurs ; écarte la vérité. — Cbimères, discours, étalages d'Albéroni. — Friponnerie d'Albéroni sur les garnisons. — Il fait le marquis de Lede général de l'armée, et se moque de Pio et l'amuse.
Ce prince [Philippe V] , de son côté , très-éloigné d'accepter les conoitions de la paix qu'on lui proposoit, se prèparoit à l'exécution d'une entreprise dont, en mai 1718, l'objet étoit encore ignoré de toute l'Europe. On commençoit véritablement à soupçonner qu'elle pouvoit regarder la Sicile. Les forces espagnoles étoient grandes; il y avoiten Sardaigne un corps de dix-sept mille hommes effectifs , dont trois mille cinq cents hommes étoient cavalerie ou dragons , outre ce qui devoit être embarqué sur la flotte qu'on attendoit d'Espagne. Les troupes du duc de Savoie en Sicile se réduisoient à huit mille hommes , composés en partie de gens du pays mal affectionnés à leur prince, et disposés à se soulever dès que les vaisseaux d'Espagne paroîtroient à la côte. On supposoit alors qu'ils y arriveroient facilement longtemps auparavant que la flotte qu'on prèparoit en Angleterre pût venir au secours du roi de Sicile.
Cette disposition prochaine de nouvelles guerres rendit l'espérance au roi Jacques. Il ne pouvoit se flatter d'aucun secours tant que l'Europe demeureroit tranquille. L'union de la France avec la Grande-Bretagne assuroit l'état de la maison d'Hanovre. Ce prince ne voyoit donc de ressource pour lui que de la part de l'Espagne, car il étoit évident que l'empereur et le roi d'Angleterre demeureroient unis inviolablement , moins pour satisfaire à leurs engagements réciproques, faible barrière pour arrêter le roi Georges, que parla raison de leurs intérêts communs. Le roi d'Espagne étant sur le point d'attaquer l'empereur, il étoit comme impossible que l'Angleterre armant , ne prît et ne voulût prendre part à la guerre. Ainsi le roi Jacques , attendant désormais son salut de l'Espr.gne, s'empressa de lui rendre service autant qu'il dépendoit de son pouvoir, borné dans une sphère très-limitée. Un Anglois, officier de marine, dont ce prince prétendoit connoîlre parfaitement le courage et la fidélité, lui proposoit d'aller par son ordre à Madrid communiquer au cardinal Albéroni un projet dont le succès presque sûr seroit également avantageux aux deux rois. Commok étoit le nom de cet officier.
Son plan étoit d'avoir des pouvoirs et du roi son maître et du roi d'Espagne, pour traiter secrètement, soit avec l'amiral Bing commandant l'escadre angloise, soit avec d'autres officiers de cette escadre. Il