FRAYEUR DU PAPE
l'immunité ecclésiastique et l'autorité du saint-siége; et parconséqueni il ne comprenoit pas pourquoi le P. Daubenton n'avoit pas usé de l'ample faculté qui lui avoit été donnée d'absoudre de tous ces cas. Sa Sainteté se plaignoit en second lieu qu'il ne l'eût pas informée de ce ^u'il avoit réglé avec Sa Majesté Catholique, pu sujet des satisfactions (Jues à la chambre apostolique. Le pape ne pouvoit croire qu'il se fût avancé à donner l'absolution sans cette condition, à laquelle la faculté d'absoudre étoit littéralement limitée. Ces plaintes, au reste, ne ciminuoient en rien son affection pour ce jésuite. Il crut même lui donner une preuve distinguée de sa confiance, en s'adressant uniquement à lui , pour avoir ces éclaircissements sans les demander à son nonce à Madrid , à qui il ne voulut pas en écrire , pour mieux observer le secret que le roi d'Espagne avoit demandé. Sa Sainteté exigea cependant du confesseur de communiquer à ce ministre ce qui s'étoit passé, et de plus, d'envoyer à Rome un témoignage authentique du concordat que le confesseur devoit avoir fait avec le roi d'Espagne, soit avant, soit après l'absolution donnée selon les facultés qu'il en avoit reçues. Cette cour, si sûre du roi d'Espagne, craignoit seulement son premier ministre, nonobstant la dignité de cardinal qui devoit l'attacher plus particulièrement aux intérêts du saint-siége.
L'opinion publique étoit que le pape craignoit moins encore les entreprises qu'Albéroni méditoit, que Sa Sainteté ne craignoit le ressentiment de l'empereur , persuadé ou faisant semblant de croire que le projet du roi d'Espagne étoit concerté avec elle. Le pape désiroit donc, comme une grâce principale, que Sa Majesté Catholique lui fît quelque honneur a la cour de Vienne de la paix qu'on disoit prête à se conclure entre ces deux princes; et le nonce Aldovrandi eut ordre de représenter au roi d'Espagne que ce seroit faire à Sa Sainteté un plaisir, qui ne coûteroit guère à Sa Majesté Catholique , que de répondre à la lettre que Sa Sainteté lui avoit écrite de sa main, et de marquer dans cette réponse que les remontrances paternelles du chef de l'Église avoient engagé ce prince à faciliter la conclusion de la paix avec l'empereur, dans la vue de ne point mettre d'obstacle aux progrès des armes chrétiennes en Hongrie. Une telle réponse, que le devoir et la bienséance seuls sembloient exiger, étoit cependant si désirée de Sa Sainteté qu'elle déclara que, dans son esprit, elle tiendroit lieu de la satisfaction qu'elle avoit jusqu'alors inutilement demandée pour le manquement , disoit-elle , de l'année précédente , dont le souvenir demeureroit toujours profondément gravé dans sa mémoire.
Les arrêts opposés du conseil et du parlement, qui faisoient alors du bruit, firent croire à ceux qui, comme le nonce Bentivoglio, désiroient le désordre, qu'ils éloient au moment de voir leurs souhaits réussir. Cellamare , qui travailloit alors dans cette vue, ne manqua pas d'avertir le roi son maître que, s'il y avoit en France des flambeaux pour allumer le feu, l'afTaire de la monnoie pourroit exciter un incendie funeste au royaume. Il est ordinaire à ceux qui sont occupés d'une affaire principale de croire qu'elle occupe également tous les esprits. Celkmare étoit doue persuadé que généralement toute la nation françoise songeoit uni-