FOIBLESSE DU ROI D'ESPAGNE
témérairement la nation dans une guerre dont on ne pénétroit pas encore l'objet ni l'utilité. L'ambassadeur de Sicile à Madrid ne fut pas le seul qui avertit son maître de prendre garde aux desseins du roi d'Espagne. Le nonce, qui les ignoroit, avertit aussi le pape de prendre ses précautions, parce qu'il pourroit arriver que le débarquement des troupes d'Espagne se feroil en quelque endroit de l'Étal ecclésiastique. II l'écrivit, peut-être pour servir Albéroni, en intimidant le saint-père, comme un moyen sûr de vaincre le refus des bulles de Séville. Le nonce dépeignoit donc la nation espagnole comme également irritée de ce refus. Il représenta qu'il étoit essentiel dans ces circonstances d'apporter toutes les précautions nécessaires pour prévenir le mal qui pourroit arriver; qu'il falloit user d'une extrême vigilance, d'autant plus que le pape ne pouvoit espérer de personne de recevoir des avis sûrs et certains; que le duc de Parme, qui auroit pu lui en donner, ignoroit luimême les desseins du roi d'Espagne; et qu'enfin Sa Majesté Catholique, irritée vraisemblablement par les instigations de son ministre, venoit de mettre en séquestre les revenus des églises de Séville et de Malaga, et d'établir un économe pour les percevoir à l'avenir et les régir. Une telle résolution devint dans la suite un des chefs principaux des plaintes et des poursuites que le pape fil contre le cardinal Albéroni. En effet c'étoit à lui seul qu'il pouvoit attribuer un séquestre, qu'il regardoit comme une violence faite aux privilèges et immunités ecclésiastiques, étant bien assuré que les intentions du roi d'Espagne éloient très-éloignées des voies que son ministre lui faisoit prendre.
Ce prince avoii donré une preuve singulière de ses sentiments à l'égard des biens d'Église , car ayant des scrupules de conscience qu'il ne pouvoit surmonter sur l'usage qu'il avoit été forcé de faire des revenus de quelques églises vacantes de son royaume, pendant les temps malheureux de la dernière guerre, il avoit fait demander secrètement au pape l'absolution de l'excommunication qu'il croyoit avoir encourue pour avoir appliqué aux besoins de l'État les revenus de ces églises pendant ces conjonctures fâcheuses. La cour de Rome ne s'éloil pas rendue difficile, et tout pouvoir d'absoudre ce prince avoit été envoyé au P. Daubenton son confesseur. Le pape avoit, de plus, remercié par une lettre particulière, et loué ce religieux, en des termes capables de lui faire espérer les plus hautes récompenses du zèle qu'il avoit fait paroître en cette occasion. Il y avoit donc lieu de croire qu'un roi si pieux, dont la conscience étoit si timorée qu'il avoit demandé secrètement l'absolution d'une résolution prise et exécutée dans une nécessité pressante et pour sauver son État, ne se porteroit jamais de lui-même à toucher de nouveau , et sans nul besoin , aux biens et aux revenus de l'Église. Avant que le pape sût le séquestre des revenus de Séville et de Malaga, il voulut s'informer de deux circonstances seulement, pour la sûreté de la conscience du roi d'Espagne. Sa Sainteté demanda au P. Daub nton premièrement, quelles raisons il avoit eues de restreindre l'absolution dont le pouvoir lui avoit été envoyé de Rome, et de la réduire au seul cas de l'appropriation des revenus vacants. Le papie prétendoit qu'il y avoit bien d'autres cas où le roi d'Espagne n'avoit pas moins offens^