‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 143 sur 298 · A L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

A L'ANGLETERRE

L'envoyé du czar réitéra ses instances, et lui dit qu'en lain son maître s'étoit proposé de mettre l'équilibre dans l'Europe, si Son Altesse Royale renversoit par les conditions dont elle convenoit les dispositions que le czar avoit faites pour empêcher que la paix générale ne fût troublée par l'ambition des princes dont la puissance n'étoit déjà que trop augmentée. Le régent répondit qu'il n'avoit pas signé la quadruple alliance, que la ligue qu'il avoit faite avec l'Angleterre ne l'empêchoit en aucune manière de s'unir avec le czar, et de concourir aux bonnes intentions de ce prince. Son Altesse Royale ajoata qu'elle souhaiteroit de le voir dès ce moment réuni parfaitement avec les rois de Suède et de Prusse , la triple alliance entre eux signée, et ces princes déjà prêts à entrer en action : discours qui ne coûtoient rien à tenir, mais si peu conformes aux dispositions où se trouvoit alors le régent , qu'il reprocha au maréchal de Tessé d'avoir formé les entrevues secrètes entre le prince de Cellamare et le ministre moscovite; et ces reproches, dont le comte de Provane fut bientôt instruit, parvinrent bientôt à la connoissance du roi de Sicile. Toutefois l'attention que Provane apportoit à découvrir ce [qui] se passoit dans une conjoncture si critique et si délicate pour son maître, ses liaisons avec les ministres étrangers résidant lors à Paris, ses soins, ses peines , ses intrigues , ses amis , tous les moyens enfin qu'il employoit pour pénétrer la vérité et la situation des affaires, étoient moyens inutiles pour lui apprendre certainement et l'objet véritable de l'armement d'Espagne et l'état du traité d'alliance entre la France et l'Angleterre. Il ignoroil encore l'un et l'autre le 15 juillet. Il inclinoit à croire avec tout Paris que l'alliance étoit signée. Mais le régent l'assuroit si positivement du contraire qu'il se rtduisoit à penser que Son Altesse Royale avoit simplement signé une convention particulière avec Stanhope pour assurer la garantie de la France, en faveur des États que le roi Georges possédoit en Allemagne , clause omise dans le traité fait avec ce prince deux ans auparavant. L'expédition de deux courriers extraordinaires dépêchés en même temps, l'un à Londres par Stanhope, l'autre à Vienne par Kœnigsek, confirmoit le mouvement qui paroissoit dans les atlaires, mais dont la qualité ne se démèloit pas encore; Celkmare crut que le régent attendroit, pour signer l'alliance, le retour du courrier dépêché à Vienne. On disoit qu'elle l'avoit été après un souper que le régent avoit donné à Stanhope à Saint-Cloud, mais on en doutoit, et les politiques assuroient que le régent mesureroit un peu plus ses pas, surtout après l'éclat que le maréchal d'Huxelles avoit fait en refusant de signer. Le bruit que fit ce refus cessa bientôt et ne produisit nul effet. Les deux ministres anglois eurent la satisfaction de voir le régent, excité par leurs plaintes, prendre feu et ordonner au maréchal d'Huxelles de signer ou de se démettre de son emploi , et le maréchal signer. Ils obtinrent aussi des ordres précis à Chàteauneuf de se conformer à ce que les ministres d'Angleterre feroienl à la Haye, et jugeroient à propos qu'il fl lui-même auprès tles Étals généraux. Ainsi les ministres d'Espagne se Jlnlloient inutilement de quelque résolution favorable et de quelque secours du côté de la Hollande. Ils iulerpréloienl à leur avantage les délais que cette republique apportoit à s'expliquer. Le soin qu'elle avoit de gagner

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