‹ Mémoires complets et authentiques, sur le sièvle de Louis XIV et la Régence; (volume 3)Chapitre 175 sur 298 · CHAPITRE XXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXn

^'ai pris tout ce qui est d'afTaireg étrangères de ce que M. de Torcy m'a comtiiuniciué. — Matériaux indiqués sur la suite de l'affaire de la coiisti- 'iition, irès-curieux par eux-mêmes et par leur exacte vérité. — Reliifion enr la vérité des choses que je rapporte. — Réflexions sur ce qui vient d'rtre rapporté dos affaires étrangères. — Albéroni et Duliois. — État de la France cl de l'Espagne avant et après les traités d'Utrecbl. — Fortune d'Alliéroni. — Caractère du roi et de la reine d'Espagne. — Gouverneuient d'Albéroni. — Toun pinceau de M. te duc d'Orléans et de l'abbé Dul.ois, des degrés de sa fortune. — Perspective de l'exllnction de la maison d'Autriche, m.aveau motif A la France de conserver la paix et d'en profiler. — CoiisidcnUion sur l'Anglnerre, son intérêt et ses objets à l'égard de la France, et de la France au sien. — Folle ambition de l'abbé Duboi» de se

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faire cardinal, dès ses premiers commencements. — Artifices de Dubois pour se rendre seul maître du secret de la né;;ocialion d'Angleterre, et son perfide manège à ne la traiter que pour son intérêt personnel, aux dépens rie tout autre. — Dubois vendu à l'Angleterre et à lempcreur pour une pension secrète de quarante mille livres sterling et un chapeau, aux dépens comme éternels de la France et de l'Espagne. — Avantages que l'Angleterre en lire pour sa marine et son commerce, et le roi d'Angleterre pour s'assurer de ses parlements.

On a vu en plusieurs endroits de ces Mémoires que j'y ai toujours parlé sur les affaires étrangères d'après Torcy. Il les avoit administrées avec son père et son beau-père , puis seul après eux jusqu'à la mort du roi : ensuite il en avoit conservé le fil par le secret de la poste dont il étoit demeuré directeur, puis devenu surintendant. Quelque part qu'il plût au régent de m'y donner dans son cabinet depuis que le conseil de régence n'étoit plus devenu qu'une forme à qui tout étoit dérobé en ce genre jusqu'à conclusion résolue , ma mémoire n'auroit pu m'en fournir la suite et les dates parmi tant de faits croisés , avec l'exactitude et la précision nécessaire si je n'avois eu d'autres secours. Torcy s'étoit fait à mesure un extrait de toutes les lettres qu'il continua jusqu'à la fin d'août 1718, et c'est un dommage irréparable, et que je lui ai bien reproché depuis, de ne l'avoir pas continué tant qu'il a eu les postes, que nous verrons que le cardinal Dubois lui arracha en 1721. On y verroit jusque-là dans ces trois années bien des choses curieuses qui demeureront ensevelies, et tout le manège et l'intrigue de la chute d'Albéroni et du double mariage d'Espagne. Torcy m'a prêté ses extraits; c'est d'où j'ai puisé le détail du récit que j'ai donné depuis la mort du roi, de la suite et du détail des affaires étrangères. Je les ai abrégées et n'ai rapporté que le nécessaire. Mais ce qui s'est passé en 1718 m'a paru si curieux et si important que j'ai cru devoir non pas abréger ni extraire, mais m'astreindra à copier fidèlement tout et n'en pas omettre un mot; j'ai seulement laissé tout ce qui regarde la constitution, comme j'avois fait dans les extraits que j'ai abrégés sur les années précédentes, parce que je me suis fait une règle ainsi que je l'ai dit plusieurs fois , de ne point traiter cette matière ; mais j'ai conservé la copie exacte et entière de tous les extraits des lettres que M. de Torcy m'a prêtés et qu'il a faits, dans lesquels on pourra justifier tout ce que je rapporte des affaires étrangères , et voir , de plus , ce qui regarde la suite de l'affaire de la constitution, de laquelle je n'ai rien dit, et où on verra des horreurs à faire dresser les cheveux à la tête de la part du nonce Bentivoglio , des cardinaux de Rohan et de Bissy, et des principaux athlètes de cette déplorable bulle, de tout ordre et de toute espèce, avec une suite, une exactitude, une précision qui ôtent tout moyen de s'inscrire en faux contre la moindre circonstance de tant de faits secrets et profonds et presque tous plus scélérats et plus abominables les uns que les autres, et le parfait contradictoire en plein en droiture, candeur, douceur, vérité, et trop de patience et de mesure dans le cardinal de Noailles et les principaux qui ont figuré de ce côté avec lui et sous lui.

Quoique la netteté, le coulant, la noblesse et la correction du style

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